‹ Essais orientauxChapitre 96 sur 109 · LA LÉGENDE D ALEXANDRE CHEZ LES PARSES · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE D ALEXANDRE CHEZ LES PARSES

très probable qu'il avait laissé également , principalement en Perse , c'est-à-dire dans la partie vraiment nationale de riran, un souvenir tout différent, pleinement justifié, d'exécration et de haine. Il s'était donc produit en Iran un double courant et de sens contraire : le courant hellénique ou étranger et le courant national ; les uns sont séduits par leur conquérant , par sa générosité , par la sympathie qu'il marque à leurs mœurs , par les nouveautés de la civilisation grecque ; les autres , en Perse surtout , ne se rappellent que Persépolis brûlée , les massacres qui ont signalé l'entrée du conquérant dans leur province , la perte de leur hégémonie. Les premiers sont tout prêts à accepter la légende d'Alexandre telle qu'elle leur viendra des Grecs et telle que peut-être eux-mêmes avaient dans le temps contribué à la former; les autres en créent une eux-mêmes avec leurs souvenirs et leurs ressentiments , ou , pour être plus exact , il n'y a pas ici à parler de légende , il n'y a que des souvenirs historiques, envenimés, mais fidèles en somme. Peut-être, si les documents historiques étaient plus nombreux , trouverait-on qu'au fond de cette divergence il y a une différence et une lutte de races et que la conquête d'Alexandre fut la délivrance pour les uns et l'écrasement pour les autres. Les historiens persans attribuent souvent la victoire d'Alexandre aux fautes de Dârâ , à sa tyrannie , à la désaffection du peuple ^; la division, en réalité, fut, non entre le peuple et son roi, mais entre le peuple dominant et les peuples dominés , entre le Perse conquérant et les satrapies soumises , et , pour employer les termes mêmes du premier Darius , entre « le peuple de Perse » et « les provinces, w lePârçakâra et les Dahj/îc^; et c'est cette même

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