‹ Essais philosophiquesChapitre 18 sur 54 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

coup antérieure à l'idée ou a la conscience que nous avons actuell^nent de notre volonté^ en tant qu'elle est distincte du mouvement volontaire et qu'elle le produit. H nous reste à examiner ce dernier fait.

Plus nous deyenons capables de réfléchir et de délibérer^ plus les actes ^ ou les déterminations de notre volonté se détachent^ sç séparent^ s'éloignent pouf* ainsi dire ^ et par la se distinguent de nos mouvemens volontaires : en sorte que la même raison qui nous rend plus capables de remarquer cette distinction ^ la rend aussi plus facile à remarquer. Il n'est donc pas surprenant que Thomme^ dont les organes sont entièrement développés , et qui fait un fréquent usage de ses facultés intellectuelles y aperçoive cette distinction , qui néanmoins échappe au plus grand nombre. Mais il est hors de toute vraisemblance y que l'enfant qui vient de naître puisse la remarquer ou en avoir conscience ; non seulement parce que rien ne sépare les déterminations de sa volonté de ses mouvemens volontaires , qui ne sont point libres ^ mais spontapés ^ et pour ainsi dire convubifs; mais encore parce qu'il ne tourne point son attention sur ses propres facultés.

L'attention^ qui est elle-même une manière de vouloir^ et conséquemment la volonté^ qui, sans contredit^ est une puissance causatrice^ se. trouve impliquée , dit M. Cousin ^ dans tout fait de conscience. Cela est certain ; car il est impossible que rhomme ait conscience ni de lui-même, ni de quoi que ce puisse être sans le secours de l'attention. Mais de là même je conclus qu'il ne suffit pas pour que l'homme ait conscience de son activité ^ que sa volonté ou son attention soit excitée par quelque chose autre que lui , ni même qu'il veuille , ou qu'il soit attentif de son plein gré; mais qu'il faut encore qu'il |K)rte son attention sur cette activité elle-même. Or ce n'est point par là qu'il commencera l'exercice de ses facultés.

Qtt'îl vienne à éprôuvet' une sensation quelconque^ qu'il soit modifié par une CàUse étrangère , il n'y a point de doute que^ même dans ce cas^ son activité^ ou son. attention ne soit mise en jeu par la surprise que lui occasionnera ce premier, ou ce nouveau phénomène. Mais , d'une part , il ne pourra pas y en pareille circonstance , ne pas être attentif, ne pas vouloir considérer ou contempler cette modification de son être : son attention sera forcée , ne sera pas libre; il voudra, mais malgré lui; et Une pareille action ne pourra pas faire naître en lui l'idée d^une action volontaire et libre. D'une autre part, ce ne sera pas sur sa volonté, sur son attention elle-même , mais seulement sur le changement qu'il subit qu'il fixera son attention : or cela ne suffira pas pour lui faire connaître qu'il jouit d'une activité propre, qu'il peut se modifier lui-même, qu'il est un agent libre , qu'il est lui-même cause lorsqu'il est atte^ntif ou qu'il se modifie ; et s'il a conscience de quelqu'une de ses manières d'êti-e, ce sera de sa passivité et non de son activité.

D'ailleurs l'attention , ou l'action de l'ame sur elle-même, ne pourrait pas directement lui suggérer l'idée de causé , parce que, comme je l'ai déjk dit, cette action ne fait qu^une seule et même chose avec la modification qu'elle produit. r

C'est, selon moi, dans l'action volontaire de son propre corps sur les corps étrangers, et presque immédiatement après avoir acquis les idées de matière et de cause en général, que l'enfant trouvera la première idée de cause libre. Mais, lorsqu'il aura acquis cette connaissance, ou cette idée, il sera encore bien loin de faire attention et de soupçonder, que ses mouvemens volontaires sont eux-^mêmes des effets nécessaires , et qu'il y a en lui deui êtres , deux choses quelconques, dont l'une veut, tandis que l'autre ne fait qu'obéir à la volonté deja pt'emièrej j'en ai dit la raison. Il ne pourra parvenir à cette t^onnaisSance douteuse

que par induction ^ lorsqu'il sera déjà familiarisé avec les idées de cause et d'efiet; qu'il aura appris de l'expérience qu'il n'y appoint de phénomène sans cause ^ et que tout phénomène suppose Faction d'une substance sur une autre. Bien qu'il soit lui-même cause en tant que son esprit agit sur son corps ^ et qu'il semble que la moindre réflexion doive suffire pour le lui apprendre^ il passera peut-être les trois quarts de sa vie avant de le savoir^ peut-être mourra-t-il sans l'avoir jamais observé. Toujours est* il ^ que s'il existe une distinction réelle entre la détermination de la volonté et le mouvement du corps qui l'accompagne^ il est impossible qu'un enfant le remarque^ tant que ces deux choses se trouvent confondues; d'autant que cela supposerait le plus haut degré de discernement et la plus profonde méditation.

Un tort assez général parmi les philosophes d'une certaine école y c'est de supposer que l'enfant qui vient de naître , que le foetus , que l'embryon même ne diffère de l'homme fait que par son ignorance^ et que s'il pense moins^ c'est uniquement parce qu'il manque de matériaux pour penser : tandis que ce qui le distingue principalement ^t essentiellement de l'adulte ^ de l'homme, du philosophe^ c'est l'imperfection de ses organes , qui ne sont point suffisamment développés pour qu*il puisse réfléchir et penser. Quelques-uns vont plus loin : distingués eux-mêmes des autres hommes par leur sagacité et les efibrts d'attention dont ils sont capables ; après avoir découvert quelque fait, très-simple en apparence ^ et qui néanmoins avait échappé à tous les philosophes des siècles précédens , ils soutiennent que l'idée de ce fait est innée ^ ou du moins que tout homme l'acquiert, même avant que de naître, par l'exercice de ses facultés; sans songer le moins du monde, qu'ils ne l'ont eux-mêmes acquise qu'au bout de vingt ans d'étude et à la sueur de leur front.

DE l'origine de l'idÉE DE CAUSE.

SI

er

L'idée de cause peut naître dès que Tesprît est en relation avec la matière, ou qu'il y a action réciproque entre l'un et l'autre. Mais je n'accorde pas à Maine de Biran, que nous ayons conscience de l'action de notre volonté sur les parties de notre corps , ni même de celle de notre corps sur des corps étrangers y avant d'avoir conscience de l'action de ceux-ci sur nous-mêmes.

K Je fais effort pour mouvoir mon bras, et je le meus. »

Remarquez qu'il n'y a point d'efibrt senti , lorsque nos mouvemens sont brusques et irréfléchis; d'abord parce que, dans ce cas, l'attention n'est pas appelée pour constater le fait, et en secpnd lieu, parce que, dans ces sortes de mouvemens, la puissaiice, comme disent les mécaniciens, non seulement égale, mais surpasse la résistance, qui par là devient insensible, ou du moins, ne peut être sentie comme telle. Ainsi il ne sufEt pas à un enfant de remuer le bras pour avoir le sentiment de l'effort.

Ce sera tout autre chose si ses membres sont retenus par des liens , ou s'il veut pousser un obstacle invincible, en un mot s'il s'agit sur un corps étranger qui s'oppose efficacement au mouvement de son corps ou de son bras. Par cette résistance il aura bientôt, sinon à l'instant même, le sentiment ou la conscience de l'effort; elle lui apprendra qu'il y a en lui tendance au mouvement , qu'il veut, et qu'il est matériel ; mais toutefois sans lui faire connaître la distinction qui existe entre sa volonté et sa matérialité , qui se manifestent ensemble, et ne se sont point encore manifestées l'une sans l'autre, du moins de manière à ce qu'il ait pu le remarquer.

Ce sentiment de Tefiort lui donnera-t-il immédiatement l'idée de cause? Il semble que non ^ puisque dans le cas dont il s'agit; il ne produit rien par cet effort et que sa volonté n'est point efficace. Il éprouve^ à la vérité ^ une sensation musculaire : mais peut-on supposer qu'il l'attribue à sa volonté comme à sa cause? n'estai pas plus vraisemblable^ pour ne pas dire évident ^ qu'il l'attribuera au corps qui lui résiste 3 et que c'est par là qu'il acquerra Tidée de ma-^ tière^ et celle de corps étranger^ ou de quelque chose qui n'est pas lui?

Mais qu'est-ce que lui^ non en tant qu'il sent^ mîds en tant qu'il veut^ ou qu'il fait eSbrt pour se mouvoir? c'est quelque dbpse qui a une tehdance au mouvement , qui conséquemment est matériel : et qu'est-ce que la matière? c'est quelque chose qui résiste à sa voloj^té; ou à ses mouvemens volontaires^ ou à son étre^ mu ou tendant à se mouvoir ^ volontairement , ou de lui-même : car ces choses sont pour lui tellement confondues ;» qu'il est impossible qu'il les distingue a priori^ et sans connaissances préliminaires.

Il est donc également impossible qu'il ait connaissance de lui-même^ comme être voulant^ ou tendant à se mouvoir, sans avoir d'abord > ou en même temps ^ Tidée d'un être qui n'est pas lui , et qui agit sur lui > qui le modifie par cette action, qui le fait sentir. Or dans cette action lui est évidemment donnée l'idée de cause «

Cette action;^ ou cette résistance des corps , il ne l'éprouvera sans doute, il ne la sentira,, cm n'en sentira l'effet^ qu'autant qu'il fera effort pour la vaincre.. Mais cet efibrt ne sera lui-même senti que par cette résistance , qu'il sentira d'abord. Il ne faudrait donc pas conclure , de ce que la résistance des corps n'est sentie qu'à la condition que nous faisons effort pour les remuer, que l'idée d'effort volontaire précède dans notre esprit l'idée de matière 3 ni que

la première idée de caose nous est donnée dans le senti* ment de cet efibrt.

L'efibrt suppose toujours une résistance réciproque entre deux substances j or cette récipix>cité ne peut exister entre Tesprit et la matière ^ et comme sans matière il n'y a point de résistance y reffi)rt est donc une action réciproque entre deux substances matérielles.

Point d 'efibrt , il est yrai^ sans résistance continue; con« séquemment point d'effort sans une tendance au mouve-* ment , sans une vitesse virtuelle qu'un obstacle empêche de devenir efiective. Mais cette tendance au mouvement n'est elle-même qu'une suite d'impulsions instantanées que la matière peut recevoir immédiatement de la matière comme de l'esprit ; et quoique cette vitesse virtuelle y tou^ homme y tout animal ait le pouvoir de l'imprimer à la matière , ce qui fait la part de lame dans les actions volontaires^ Tefibrt lui - même est évidemment une action continue de la matière sur la matière. Cet efibrt pourrait se manifester sans que la volonté y prît part y comme cela arrive dans l'action d'un ressort tendu. Mais il ne peut point y avoir d'efibrt là où il n'y a point de matière^ ni même là où il n'y a qu'une substance matérielle : et ainsi il n'y a point d'efibrt dans l'action y quelle qu'elle soit de l'ame sur le corps ; il ne peut y en avoir que dans l'action de celui-ci sur d'autres cprps y ou dans celle de ses parties les unes sur les autres.

Si donc l'efibrt y pour autant qu'il nous appartient y a une partie de sa cause efficiente dans l'ame y ou dans la volonté^ il a du moins sa cause conditionnelle dans la matière : et si l'efibrt lui-même a sa cause efficiente dans l'ame et sa cause conditionnelle hors de l'ame y en tous cas Vidée de cet effort n'a dans l'ame que sa cause conditionnelle y et a sa cause efficiente hors de l'ame y à savoir dans la résistance des choses matérielles : d'où je conclus en premier lieu que

ridée d^effort volontaire , et par suite celle de cause libre et immatérielle ne sauraient être innées.

- Il n'est pas moins certain ^ quoique la volonté pure ^ ou dégagée de la matière ^ soit cause ^ en ce qu'elle produit du mouvement dans le corps , que Tidée ou la conscience de cette cause libre ^ en tant que nous l'affranchissons de toute matérialité^ ne précède point dans notre esprit l'idée de notre volonté ^ en tant qu'elle né fait qu'un pour nous avec nos actions corporelles; ne précède point l'idée que nous avons de l'action volontaire de notre corps sur des corps étrangers.

Reste à savoir si cette idée de nos actions corporelles sur les autres corps n'est pas elle-même postérieure^ comme je a^ois qu'elle Test ^ à celle de l'action des corps étrangers sur le nôtre ^ ou pour mieux dire y sur nous.

A cet égard, il suffira de se rappeler i^ que nos effi)rts^ nos mouvemens ne sont pas libres d'abord ; qu'ils ne sont que spontanés et convulsifsj ^i^^ queTenfant nouveau-né ne produit réellement aucun effet hors de lui, hors de son être considéré dans son entier, aucun du moins qu'il puisse apeï*cevoir ; tandis qu'il devra se trouver et se sentir luimême modifié par l'action des objets extérieurs ; et 3° que s'il a conscience de ses efforts , ce sentiment sera très-faible, pour ne pas dire nul, par cela même qu ik ne seront point libres ou réfléchis , et aussi parce que toute son attention se portera malgré lui sur celles de ses modifications qui ne dépendront pas de lui.

D'où il suit, que le premier efiet qu'il remarquera , qu'il connaîtra comme tel, sera une modification de lui-même indépendante de sa volonté; et que la première cause dont il aura idée, sera l'action mécanique d'un corps étranger sur lui, sur son propre corps,, ou des parties du sien les unes sur les autres.

Sa première idée sera donc celle de matière; et remar-

qaez bien que cette idée y quelque vague qu'elle puisse être dans un enfant y ne différera point y quant à son essence y de celle qu'en ont tous les hommes y même les plus grands philosophes^ pour qui la matière, dépouillée de ses acddens, n*est et ne sera jamais que quelque chose qui leur résiste.

Par cette résistance efficace que les corps opposeront à ses mouvemens, à ses efforts , il apprendra qu'il était en mouvement, et qu'il tend actuellement à se mouvoir; et 4ès qu'il aura quelque idée de mouvement y il aura aussi l'idée d'étendue, qui en est inséparable.

De toute manière , il me paraît hors de doute que ses premières idées seront celles de mouvement , d'étendue , de résistance , ou de matière , d'action mécanique et de cause nécessaire. Ces idées et surtout la dernière, d'abord très-obscures , très-confuses , à peine ébauchées , se distin- 'gueront, s'éclairciront de plus en plus, autant qu'elles en sont susceptibles, par l'observation comparée des phénomènes, qui se présenteront en foule devant ses yeux ou à son esprit, et s'expliqueront en quelque sorte les uns par les autres. .

Il ne tardera pas non plus à savoir , et il l'apprendra par des degrés insensibles, qu'il a le pouvoir de remuer les corps étrangers , et qu'ainsi il est lui-même cause : mais que ces corps sont inertes ou passifs , tandis qu'il est actif, puisqu'il peut se mouvoir de lui-même : que néanmoins, malgré cette différence, il n'agit pas autrement sur eux qu'ils n'agissent sur lui 3 qu'ils peuvent , s'ils sont en mouvement, le renverser, et, s'ils sont immobiles, l'arrêter dans son mouvement : il remarquera aussi, ou, sans peutêtre le remarquer, il s'accoutumera à ce fait singulier, qu'un corps brut, malgré sa passivité, une fois mis en mouvement, continue de se mouvoir, quoiqu'il ne soit plus poussé par aucun autre : d'après ces données, il com-

ridée d*effî)rt volontaire , et par suite celle de cause libre et immatérielle ne sauraient être innées.

- Il n'est pas moins certain y quoique la volonté pure ^ ou dégagée de la matière; soit cause ^ en ce qu'elle produit du mouvement dans le corps , que Tidée ou la conscience de cette cause libre , en tant que nous l'affranchissons de toute matérialité; ne précède point dans notre esprit l'idée de notre volonté ; en tant qu'elle né fait qu'un pour nous avec nos actions corporelles; ne précède point l'idée que nous avons de l'actign volontaire de notre corps sur des corps étrangers.

Reste à savoir si cette idée de nos actions corporelles sur les autres corps n'est pas elle-même postérieure ^ comme je crois qu'elle Test ; à celle de l'action des corps étrangers sur le nôtre ; ou pour mieux dire ; sur nous.

A cet égard , il suffira de se rappeler i ^ que nos efïbrts ; nos mouvemens ne sont pas libres d'abord ; qu'ils ne sont que spontanés et convulsifsj ^i^^ que Tenfant nouveau-né ne produit réellement aucun effet hors de lui, hors de son être considéré dans son entier ; aucun du moins qu'il puisse apercevoir ; tandis qu'il devra se trouver et se sentir luimême modifié par l'action des objets extérieurs 3 et 3° que s'il a conscience de ses efforts , ce sentiment sera très-faible ; pour ne pas dire nul; par cela même qu^ils ne seront point libres ou réfléchis ; et aussi parce que toute son attention se portera malgré lui sur celles de ses modifications qui ne dépendront pas de lui.

D'où il suit; que le premier effet qu'il remarquera ; qu'il connaîtra comme tel; sera une modification de lui-même indépendante de sa volonté; et que la première cause dont il aura idée, sera l'action mécanique d'un corps étranger sur lui; sur son propre corps,; ou des parties du sien les unes sur les autres.

Sa première idée sera donc celle de matière; et remAr-

qaez bien que cette idée , quelque vague qu'elle puisse être dans un enfant ^ ne différera point y quant à son essence f de celle qu'en ont tous les hommes ^ même les plus grands philosopheis^ pour qui la matière, dépouillée de ses accidens, n*est et ne sera jamais que quelque chose qui leur résiste.

Par cette résistance efficace que les corps opposeront à ses mouvemens, à ses efforts, il apprendra qu'il était en mouvement, et qu'il tend actuellement à se mouvoir; et 4ès qu'il aura quelque idée de mouvement , il aura aussi l'idée d'étendue , qui en est inséparable.

De toute manière, il me paraît hors de doute que ses premières idées seront celles de mouvement , d'étendue , de résistance , ou de matière , d'action mécanique et de cause nécessaire. Ces idées et surtout la dernière , d'abord très-obscures , très-confuses , à peine ébauchées , se distin- 'gueront, s'éclairciront de plus en plus, autant qu'elles en sont susceptibles , par l'observation comparée des phénomènes, qui se présenteront en foule devant ses yeux ou à son esprit, et s'expliqueront en quelque sorte les uns par les autres. .

Il ne tardera pas non plus à savoir , et il l'apprendra par des degrés insensibles, qu'il a le pouvoir de remuer les corps étrangers , et qu'ainsi il est lui-même cause : mais que ces corps sont inertes ou passifs , tandis qu'il est actif, puisqu'il peut se mouvoir de lui-même : que néanmoins, malgré cette différence, il n'agit pas autrement sur eux qu'ils n'agissent sur lui ; qu'ils peuvent , s'ils sont en mouvement, le renverser, et, s'ils sont immobiles, l'arrêter dans son mouvement : il remarquera aussi, ou, sans peutêtre le remarquer, il s'accoutumera à ce fait singulier, qu'un corps brut, malgré sa passivité, une fois mis en mouvement, continue de se mouvoir, quoiqu'il ne soit plus poussé par aucun autre : d'après ces données , il com-

ridée d*effi)rt volontaire , et par suite celle de cause libre et immatérielle ne sauraient être innées.

' Il n'est pas moins certain y quoique la volonté pure ^ ou dégagée de la matière^ soit cause ^ en ce qu'elle produit du mouvement dans le corps , que Tidée ou la conscience de cette cause libre ^ en tant que nous l'afFranchissons de toute matérialité^ ne précède point dans notre esprit l'idée de notre volonté, en tant qu'elle né fait qu'un pour nous avec nos actions corporelles; ne précède point l'idée que nous avons de l'action volontaire de notre corps sur des corps étrangers.

Reste à savoir si cette idée de nos actions corporelles sur les autres corps n'est pas elle-même postérieure, comme je crois qu'elle Test , à celle de l'action des corps étrangers sur le nôtre , ou pour mieux dire , sur nous.

A cet égard, il suffira de se rappeler i^ que nos efïbrts, nos mouvemens ne sont pas libres d'abord ; qu'ils ne sont que spontanés et convulsifsj ^i^^ que l'enfant nouveau-né ne produit réellement aucun effet hors de lui , hors de son être considéré dans son entier, aucun du moins qu'il puisse apercevoir j tandis qu'il devra se trouver et se sentir luimême modifié par l'action des objets extérieurs 3 et 3° que s'il a conscience de ses efforts , ce sentiment sera très-faible, pour ne pas dire nul, par cela même qu^iis ne seront point libres ou réfléchis , et aussi parce que toute son attention se portera malgré lui sur celles de ses modifications qui ne dépendront pas de lui.

D'où il suit, que le premier efiet qu'il remarquera , qu'il connaîtra comme tel, sera une modification de lui-même indépendante de sa volonté; et que la première cause dont il aura idée, sera l'action mécanique d'un corps étranger sur lui, sur son propre corps^ ou des parties du sien les unes sur les autres.

Sa première idée sera donc celle de matière; et remar-

qaez bien que cette idée y quelque vague qu'elle puisse être dans un enfant y ne différera point ^ quant à son essence^ de celle qu'en ont tous les hommes^ même les plus grands philosophes, pour qui la matière, dépouillée de ses acddens, n'est et ne sera jamais que quelque chose qui leur résiste.

Par cette résistance efficace que les corps opposeront à ses mouvemens, à ses efforts, il apprendra qu'il était en mouvement, et qu'il tend actuellement à se mouvoir; et 4ès qu'il aura quelque idée de mouvement , il aura aussi l'idée d'étendue, qui en est inséparable.

De toute manière, il me parait hors de doute que ses premières idées seront celles de mouvement , d'étendue , de résistance , ou de matière, d'action mécanique et de cause nécessaire. Ces idées et surtout la dernière, d'abord très-obscures , très-confuses , à peine ébauchées , se distin- 'gueront, s'éclairciront de plus en plus, autant qu'elles en sont susceptibles, par l'observation comparée des phénomènes, qui se présenteront en foule devant ses yeux ou à son esprit, et s'expliqueront en quelque sorte les uns par les autres. .

Il ne tardera pas non plus à savoir , et il l'apprendra par des degrés insensibles, qu'il a le pouvoir de remuer les corps étrangers , et qu'ainsi il est lui-même cause : mais que ces corps sont inertes ou passifs , tandis qu'il est actif, puisqu'il peut se mouvoir de lui-même : que néanmoins, malgré cette différence, il n'agit pas autrement sur eux qu'ib n'agissent sur lui ; qu'ils peuvent , s'ils sont en mouvement, le renverser, et, s'ils sont immobiles, l'arrêter dans son mouvement : il remarquera aussi, ou, sans peutêtre le remarquer, il s'accoutumera à ce fait singulier, qu'un corps brut, malgré sa passivité, une fois mis en mouvement, continue de se mouvoir, quoiqu'il ne soit plus poussé par aucun autre : d'après ces données, il com-

prendra ^ ou croira comprendre , comment les corps extérieurs peuvent agir les uns sur les autres ^ quoique ni les uns ni les autres ne soient doues d\ine activité propre : il remarquera enfin , que ces corps , même lorsqu'il semble que rien ne s'oppose à leur mouvement, s'arrêtent toujours au bout de quelques instans ; et ce fait mal compris y mal apprécié, donnera naissance à plusieurs erreurs > dont la plus grossière , mais aussi la moins générale et la moins enracinée , parce qu'il ne faut qu'un trait de lumière et la plus légère réflexion pour la faire évanouir, consiste à ré-* garder comme des êtres doués, ainsi que nous, de la faculté de se mouvoir par eux-mêmes, certains corps, tels que les nuages, par exemple, ou les courans d'eau, qui se meuvent d'une manière continue, en divers sens , suivant des degrés de vitesse variables, sans qu'il y ait autour d'eux aucune cause sensible de ces phénomènes.

Il résulte de tout ce qui précède, que la première idée de cause nous est bien réellement donnée dans l'observation des choses extérieures; dû moins en tant qu'elles agissent sur nos sens.

Entendons-nous bien toutefois. Quand on dit qu'unç idée s'introduit dans l'esprit par la sensation , ou par la voie des sens, par leur intermédiaire, on suppose, quoiqu'on ne l'énonce pas d'une manière explicite et formelle, qu'il existe dans l'ame certaines dispositions, certaines propriétés^ autres que la sensibilité physique , en vertu desquelles elle perçoit cette idée, ce qui est sous-entendu.

Il est certain que la sensibilité ne donne que des sensations , et ne peut donner aucune idée , pas même celle d'un objet matériel. Mais comme une telle idée a sa cause efficiente dans la sensation de lobjet, celle-ci dans l'objet

même en tant qu il agit sur les sens ; il s'ensuit que cette idée a oriffinairement sa cause efficiente hors de Famé , et que par conséquent il est impossible qu'elle soit innée^ bien qu'elle suppose dans 1 ame une propriété innée qui en est la cause conditionnelle.

En est-il autrement d'une idée de rapport? Gomment^ par exemple^ ai-je l'idée de parallélisme?' si je trace deux lignes parallèles sur ce papier , mes sens ne me donneront que leur image; ils ne me donneront^ ni Vidée de ces lignes elles "^ marnes ^ idée qui pourra se reproduire en leur absence^ ou lorsque j'aurai les yeux fermés, ni, a plus forte raison, celle de leur parallélisme, qui n'est point un objet matériel capable d'agir sui* mes sens. Mais , comme ce parallélisme, qui n'est qu'un rapport de situation, existe pourtant hors de moi , puisqu'il suppose nécessairement la co^existence de ces lignes, et que même il serait détruit si la situation de Tune d'elles changeait ; il s^e^k^uit que l'i* dée de ce rapport a sa cause efficiente hors de moi et que je ne puis l'acquérir que par Tintermédiaire des sensi. Ce rapport de situation, ou ce parallélisme agit en quelque sorte sur mon esprit, comme les termes de ce rapport, ou tous autres objets matériels agissent sur mes sens : mais cette action n'est point directe , elle ne peut avoir lieu que par le ministère des sens, et sans eux je n'aurais point connaissance de ce rapport, je n'en aurais point l'idée. Cette idée de rapport suppose bien quelque propriété dans l'ame, telle que l'entendement ). ou la conception, ou la conscience, ou le jugement; suppose bien une propriété quelconque autre que la sensibilité physique : mais cette propriété passive, que met en jeu l'attention du la ré* flexion , n'en est pas la cause efficiente , elle n'en est que la cause conditionnelle , et surtout elle ne constitue pas cette idée elle-même, ce qu il ne faut pas perdre de vue.

N'en est*il pas ainsi du rapport de dépendance qui existe

entre Tefiet et sa cause, et non seulement de ce rapport, mais de tout autre, mais de tout rapport de rapport, mais de toutes nos idées enfin? N'est-il pas vrai, comme je Tai avancé, que toutes nos idées ont originairement leur cause efficiente dans les objets extérieurs , physiques ou moraux, ou dans les rapports qu'ils ont entre eux 3 tout en ayant leur cause conditionnelle dans certaines dispositions ou propriétés passives de l'ame, que la réflexion réveille; et n'est-ce point dans ce sens qu'il faut entendre Locke, lorsqu'il dit, que nos idées n'ont que deux sources, la sensa* tion et la réflexion ?

Au reste je dois faire observer, que nous ne pourrions pas sans comparer les phénomènes entre eux , trouver immédiatement la première idée de cause dans l'action d'un corps extérieur, je ne dis pas seulement sur un autre corps, car cela est de soi-même évident; mais sur aucun de nos sens autre que le toucher, comme je le ferai comprendre en peu de mots.

J'éprouve ,, par supposition, la sensation d'odeur de rose. Si je n'avais pas appris d'ailleurs qu'il existe des corps, qu'il existe quelque chose hors de moi , et si , en conséquence, il m'était impossible de juger par analogie ou par induction^ que la cause de cette sensation est l'attribut de quelque substance matérielle; il est indubitable que cette sensation et sa cause productrice ne seraient pour moi qu'une seule et même chose, et que cette chose serait tout entière en moi. Donc la sensation-odeur ne me donnera par elle-même, ni les idées d'effet et de cause, ni même celles de corps et d'extériorité.

Si c'est un objet visible qui m'affecte, les choses ne se passeront pas tout-à-faît de la même manière. Pourvu que

cet objet / par une clarté trop vive ^ ne me hlesse point la Tue, qu'il ne me tottche pas^ je ne croirai pas éprouver une sensation} cette sensation, que je ne considérerai point comme telle, je la rapporterai à sa cause efficiente, au corps qui la produit; c'est ce que je sais par expérience , bien que je n'en connaisse pas la raison 3 et en tous cas , je verrai, je rapporterai cette cause hors de moi; cequi est fondé, peutêtre en partie sur quelque principe métaphysique qui nous est inconnu , mais très-probablement, et en grande partie, sur la théorie de la lumière, sur celle de la vision et sur le mécanisme admirable de l'œil. Quoi qu'il en soit, cette sensation et sa cause productrice seront donc encore ici confondues, elles ne formeront encore pour moi qu'une seule et même chose : mais cette chose, au lieu d'être tout entière en moi , sera tout entière hors de moi ; et ainsi , elle me donnera bien l'idée de quelque chose qui n'est pas moi, mais elle ne me donnera pas encore l'idée de cause.

Qu'arriverait-il si le corps visible était lui-même le corps odorant? Rapporterions-nous la sensation-odeur k ce corps extérieur comme à sa cause? Nullement : mais si cette sensation disparaissait avec le corps visible, pour reparaître ensuite avec lui , et si cela arrivait un certain nombre de fois, sans que le contraire fût jamais arrivé, il est indubitable du moins qu'en apercevant l'une de ces choses , la présence ou l'existence de l'autre , et son apparition prochaine, seraient par nous regardées comme certaines, et que l'idée, de Tune serait invinciblement liée à celle de l'autre.

Supposons toutefois que nous soyons trompés dans notre attente, et que, pour la première fois, nous éprouvions la sensation-odeur sans voir la chose visible, ou lumineuse, comme cela pourra arrivcir si le corps lumineux et le corps odorant ne sont pas le même corps , et que le corps lumineux soit inodore et le corps odorant invisible. L'idée de

cette semation-odeur se liera-t-'elle dans ce cas a Fidëe dé quelque autre chose? Non sans doute ^ d'autant plus que nous n'en connaissons point d'autre y et que celle qui nous est connue ne suffit pas pour nous donner l'idée d'une chose en général} et dans ce cas^ après avoir éprouvé seulement une grande surprise de ce changement inattendu^ nousces^ serons désormais de lier entre elles les idées que jusque-là nous avions crues inséparables.

Mais lorsque nous aurons appris de l'expérience , qu'il existe d'autres sensations que la sensation-odeur, telles, par exemple, que la sensation-chaleur et la sensation contraire; qu'il existe d'autres corps extérieurs que celui que nous avions vu d'abord ; qu'ils sont plus ou moins lumineux , et par là plus ou moins visibles; que, quoique lumineux , ils cessent d'être visibles dans certaines circonstances , comme, par exemple , lorsqu'ils sont trop petits ; et qu'en général une sensation suppose constamment la présence ou l'existence d'un objet extérieur; alors l'idée d'une sensation quelconque rappellera toujours l'idée de quelque autre diose , et toujours , en éprouvant cette sensation , nous croirons , nous serons persuadés qu'il existe en effet quel*que chose hors de nous, quelque objet visible ou invisible sans lequel la sensation qui nous affecte n'existerait point^ et probablement ne pourrait exister.

Je dis exister; car sans doute nous remarquerions facilement qu'une sensation n'est point une chose qui préexistait et qui peut être absente ou disparaître sans cesser d'être; mais une chose qui n'existait point, qui naît^ et puis qui cesse d'exister pour renaître encore : ce qui nous donnerait l'idée de production , ou de création , laquelle nous conduirait à celle de chose productrice , ou créatrice; car, voyant qu'une sensation ne peut naître qu'à cette condition qu'une autre chose existe déjà , nous ne pourrions pas ne pas regarder comme un attribut de cette chose , non la

sensation elle-même ^ mais sa production. De là l'idée du rapport de dépendance qui lie l'effet à sa cause ; idée d'ailleurs assez vague y assez mal déterminée , comme chacun pourra s'en convaincre^ en cherchant à se rendre compte de la manière dont il conçoit cette dépendance.

La constante reproduction des mêmes phénomènes à l'aspect des mêmes agens suffirait donc, ce semble, pour nous suggérer l'idée de cause. Elle est nécessaire, en tous cas y pour rendre plus claire et plus distincte cette idée qui n'a pu être que fort obscure et confuse à son origine ; et elle seule peut nous faire assigner à chaque phénomène sa véritable cause.

Mais, quoi qu'il en puisse être, toujours est-il certain que, dans la réalité, la première idée de cause nous est donnée dans l'action des corps , non en tant qu'ils produisent, même sur le toucher, des sensations proprement dites, mais en tant qu'ils résistent k nos mouvemens, à nos eflS>rts.

D£S GÀUSBS FIWALSS.

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Toute action volontaire, lorsqu'elle est réellement telle, c'est-à-dire libre, ou réfléchie, est accompagnée, ou, plus souvent, précédée d'une vue, d'une intention de l'esprit, lequel, en agissant, se propose toujours une fin, un but quelconque, prochain ou éloigné, direct ou indirect. En êSècinant un mouvement quelconque; par exemple, en quittant mon fauteuil pour me promener, soit dans mon appartement ou au dehors^ je puis n'avoir que le bat im-

médiat de satisfaire au désir^ au besoin même que j'éprouve de faire quelque mouvement. Mais je puis aussi ^ ou sortir actuellement de chez moi;» ou former le projet d'en sortir^ soit que j'accomplisse ou non ce dessein^ pour exécuter successivement diverses actions dépendantes les unes des autres, afin d'atteindre certain but plus éloigné, comme de déjouer les manœuvres d'un intrigant et de sauver l'innocence en péril, objet principal et fin dernière de ma pensée.

Lorsque le but que l'esprit se propose en agissant sur le corps est immédiat, le mouvement corporel accompagne ou suit immédiatement , pour l'ordinaire , l'idée qui le représente, c'est*à-dire, qu'à l'instant même où l'esprit se trouve afiecté par l'idée d'un tel mouvement, celui-ci se manifeste ; et dans ce cas , le mouvement du corps , l'acte de la volonté qui le produit et l'idée, ou, comme disent quelques-uns , la perception de l'entendement qui détermine la volonté, ne semblent former qu'une seule et même chose. ^

Mais ces trois choses deviennent très-distinctes , lorsque le but final est indirect et plus ou moins éloigné du premier mouvement, comme dans l'exemple précité, et surtout lorsque la volonté est sollicitée par plusieurs vues où perceptions de l'esprit, soit qu'elles concourent toutes au même but^ ou bien qu'elles soient en opposition les unes avec les autres.

Or, en tant que ces vue3 de l'esprit , ou ces perceptions de l'entendement déterminent, en quelque sorte, les actes de la volonté, on peut les considérer comme des causes, dont ces actes ou ces phénomènes dépendent , si on peut dire qu'ils dépendent de quelque chose. Mais, comme ces perceptions ne produisent ou n'amènent pourtant pas toujours et nécessairement de tels phénomènes, qu'elles ne sont point des motifs qui poussent invinciblement la vo*-

lonté à agir de telle ou telle manière (peut-être parce qu'elle est sollicitée en sens contraire par des motifs inaperçus); elles ne sont point considérées comme des causes proprement dites ^ dés causes efficientes ou productrices^ lesquelles ne demeurent jamais sans eflèts.

On leur a donné le nom de causes finales ^ et ce nom leur convient parfaitement ; mais il est nécessaire d'en bien déterminer la valeur et le sens.

Qu'est-ce donc qu'une cause finale? C'est une vue de l'esprit qui détermine la volonté^ ou d'après laquelle la volonté se détermine à agir de telle ou telle façon : c'est l'idée préexistante de l'objet qu'elle se propose^ ou qu'elle s'est proposé d'atteindre : ou, si Ton veut, c'est l'intelligence, c'est la volonté elle-même, en tant qu.'elle agit pour certaines fins.

Une cause finale ne produit jamais d'autres effets directs, si on peut dire qu'elle produise quelque chose, que des actes volontaires : tout effet ultérieur qui en dérive a , indépendamment de cette cause finale, une cause efficiente; car, à l'exception des actes de la volonté , il n'y a point de phénomène sans cause efficiente ou proprement dite.

Quant aux effets qui semblent dépendre originairement d'un acte volontaire, ou avoir une cause finale, et qui néanmoins n'en ont pas, c'est-à-dire, qui n'ont point préexisté en idée dans quelque intelligence qui aurait eu l'intention de les produire ; on dit qu'ils sont les effets du hasard; ce qui ne les empêche pas d'avoir comme les autres une cause efficiente.

Imaginons qu'un chasseur, un homme armé d'un fusil , apercevant un lièvre courir dans la campagne, le couche en joue et le tue. Supposons qu'en même temps le plomb meurtrier atteigne un crapaud caché sous l'herbe. Il est • évident que la mort du lièvre et celle du reptile auront la même cause efficiente. Mais Tune aura de plus une cause

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