TOME III
finale^ tandis que TaûlFe n'eu aura pad^ et sHera par conséquent relfet du hasard.
Il n'importe pas d'ailleurs que les choses qui arrivent par hasard soient ou ne soicfkit pas des phénomènes proprement dits : car ce n'est point comme tels qu'on les considère^ quand on dit qu'dles sont des effets du hasard. Il eet est de même de celles qui ont une cause finale^ et qui sont plus souvent des résultats y ou des rapports entre diverses manières d'être^ que des phénomènes dépendant directement de causes efficientes.
J'aperçois sur le tapis d'un bi;llard que de» joueui's viêB^ nent de quitter^ trois billes dont la position est telle qué^ sans se toucher^ elles forment un triangle équilatéral. Je ne cherche point ici la cause efficiente qui a pu amener chaque bille à la place où elle se trouve^ je ne considère que le rapport de situation qu'elles ont entre elles. Or ce rapport peut avoir préexisté en idée dans l'entendement^ dans l'intelligence d'un des joueurs^ ou de toute autre personne y ou même de plusieurs persoiuaies qui se seraient entendues pour le produire : ou bien il pourra nr'être que le résultat non prémédité^ non calculé j^ de la foi^ee et de la direction que chaque UUe aura reçue par la main d'un joueur, qui l'aura poussée sans intention j ou dans toute autre intention que celle de produire le résultat dont U s'agit, ou le rapport de situation que- ces billes ont entre elles.
Dans le premier cas^ ce rapport aurait une cause finale ^ dans le second , il serait l'effet du hasu*d.
)Vf aintenant^ y a-t-il un moyen certain de reconnaître si un événement^ un rapport^ un résultat^ aune cause finale^ une cause intelligente ou s'il n'est dû qu'au hasard ? Il n'y en a pas d'autre, ce me semble, que le calcul des probabilités } et nous ne pouvons dire avec certitude qu'une chose est produite par une cause finale, une cause volontaire et
intentionnelle^ que lorsqu'il y a^ en quelque sorte ^ Tinfîni à parier contre un qu'il en est ainsi. Dans les autres cas j nous ne pouvons que conjecturer et douter.
Figurez- vous que, vous trouvant dans quelque endroit écarté, vous remarquiez sur la terre un grand nombre de petites pierres ou de cailloux arrangés de telle façon, qu'il en résulte les quatre lettres suivantes, et que ces lettres soient elles-mêmes disposées de manière qu'elles forment ce mot Dieu : ne vous paraitra-t-il pas infiniment probable, que la disposition ou Tarrangement de ces pierres a une cause intelligente, une cause finale, et que ce résultat n'est point un jeu du hasard?
Que serait-ce donc , si , au lieu d'un mot , il y en avait plusieurs, et que ces mots, par leur arrangement, eussent un sens quelconque, comme ceux-ci, par exemple, que Dieu soit loué !
Encore ne pourrait-on voir dans cet arrangement de mots, de lettres et de cailloux, qu'une cause finale directe et prochaine : car il n'y aurait aucune raison de croire, que celui qui l'a fait s'est proposé un but ultérieur, une autre fin , que le plaisir même de disposer de cette manière les petits cailloux dont cette phrase et ces lettres sont formées.
Mais je suppose enfin , qu'au lieu de cette phrase , il s'en trouve une, par exemple, qui fasse connaître le lieu oh s'est réfugié un assassin poursuivi par des gendarmes^ et que ceux-ci, d'après cette indication, s'étant rendus dans ce lieu , y découvrent effectivement le meurtrier qu'ils recherchent. Je demande s'il sera possible d'attribuer au hasard le rapport qui existe entre le fait qu'énonce et indique cette phrase , dWepart , et , de l'autre, la disposition des mots qui forment cette phrase et lui donne un sens, celle des lettres dont chaque mot se compose , et l'arrangement des cailloux qui composent ces mêmes lettres ?
Nous avons donc^ en certains cas, une entière et parfaite certitude y sans qu'il nous soit même possible de douter le moins du monde y que les résultats que nous apercevons dépendent de causes intelligentes} et, en général, nous en sommes d'autant plus convaincus, que le but final est plus éloigné du fait primitif, et que par conséquent Tidée de ce but, ou la cause finale, est plus indirecte, et par là plus distincte de ce même fait.
Il y a aussi des résultats , ou des choses dans lesquelles on remarque de l'ordre et de la régularité , qui , sans dépendre uniquement du hasard, quoique diverses circonstances fortuites aient pu jusqu'à un certain point concourir à leur production, n'ont pourtant aucune cause finale, du moins apparente , mais dépendent uniquement ou principalement , de la nature même des choses , ou des propriétés de la matière ; en sorte que celle-ci abandonnée à ses propres forces, semble les produire immédiatement par elle-même : telles sont , par exemple , les formes régulières des cristaux.
Il existe beaucoup d'autres corps réguliers, dont la forme pourrait être attribuée , ou à la nature , ou à Tart ; et alors, pour que je sois certain qu'elle leur a été donnée par l'art, c'est-à-dire par un être intelligent, et que par conséquent elle a une cause finale, ilfaut que j'y reconnaisse évidemment un autre but, que la régularité ou l'existence même de cette forme.
Maintenant , il est à remarquer que parmi les choses qui ont évidemment une cause finale, soit prochaine et immédiate , soit indirecte et plus ou moins éloignée ; il en est un grand nombre qui ne sont point dues à l'intelligence de rhomme, non plus qu'à celle d'aucun être vivant qui nous soit connu.
Or c'est par là qu'on peut démontrer l'existence de Dieu , ou d'un artiste surnaturel qui^ s'il n'a pas créé la
matière^ a du moins mis en œuTre ses propriétés^ pour produire certains phénomènes , certains résultats ^ qu'il est impossible d'attribuer seulement aux propriétés de la matière et à un concours de circonstances fortuites.
Quant à la toute-puissance et à la suprême intelligence de cet artiste universel et divin ^ nous pouvons^ en quelque sorte ^ les déduire, par une simple règle de proportion^ de la connaissance que nous avons des choses qu'on lui attribue , et du rapport qui existe en général entre le mérite d'un ouvrier et son ouvrage.
Quels sont donc les résultats et les phénomènes naturels qui y ayant évidemment une cause finale, nous révèlent par là l'existence de Dieu ?
Peut-on voir un pareil résultat dans le système du monde, c'est-à-dire dans celui des corps célestes, et particulièrement dans notre système solaire? La marche constante des astres, l'ordre qui règne dans' l'univers, comme on le dit ordinairement , les lois qui le régissent et d'autres faits de même nature, démontrent - ils l'existence d'une cause finale , d'une cause intelligente ?
Une première question m'embarrasse j c'est de sa^voîr ce qu'on entend par l'ordre qui règne dans l'univers.
Considéré en grand, le monde est une machine aussi simple qu'elle est immense , puisqu'elle ne se compose que dé masses isolées , qui ne font que tourner les unes autour des autres. Or je ferai d'abord remarquer que ces masses, qui sont ce qu'on appelle les astres , sont très-inégalement dis-: tribuées dans le ciel , c'est-à-dire dans le vide , où elles semblent véritablement avoir été jetées au hasard.
Ces masses , du moins les planètes et les comètes , les seules que nous puissions mesurer, sont de grosseur très-
diverse et il n y a aucun rapport €atra lent ^ossèur et les distances qui les séparent du soleil. Les orbites qu'elles décrivent ne sont point des cercles parfaits y mais des ellipses plus ou moins allongées , dont le soleil n occupe même pas le centre. Elles ont toutes des mouvemens divers^ et la vitesse de chacune d'elles est plus ou moins variable; mais, quoique, en général ,v leur mouvement soit d'autant plus rapide qu'elles sont plus rapprochées du soleil , comme si par là elles voulaient cchappei* à l'ardeur de ses rayons, il n'y a entre leur vitesse et leur distance de cet astre, surtout à l'égard des comètes, aucune proportion capable d'établir une compensation entre les deux inconvéniens d'en être ou trop rapprochées ou trop éloignées. La rotation des planètes sur leurs axes n'est ptas non plus en rapport^ ni avec leur grosseur, ni avec leur éloignemient du soleil. Enfin leur inclinaison sur l'écliptique présente encore des différences telles que le hasard seul semble les avoir produites. La terre n'accomplit pas sa révolution en 12 mois de 30 jours chacun, mais en 365 jours et une iraction. Pendant ce temps , la lune fait un peu plus de 12 révolutions autour de la terre , et sa marche est telle , qu'elle ne se trouve qu'une fois en 29 jours à peu près , en opposition avec le soleil , en sorte qu'il est impossible qu'elle ait été destinée j comme beaucoup de gens le aboient , à nous éclairer pendant la nuit.
Rien donc dans le système du mond^ ne paraît avoir été soumis à. un calcul rigoureux; rien ne semble être le résultat d'une combinaison <]uelconqtte et d'un dessein prémédité.
Dira-t>on que Tordre de l'univers consiste e^ ce que toutes ses parties , c'est-à -dire tous les corps célestes sont dans un parfait équilibre; que les planètes, sans jamais s'arrêter, jamais ne se rencontrent , ni ne se choquent, ja* mais ne sortent de leurs orbites; que chacune d'elles ac-
complît toujours sa résolution dans le même temps ^ et autres choses semblables ?
Maïs il >est impossible d'établir sur aueun de ces faits ^ supposé qu'ils fussent tous yrais à la rigueur^ un calcul de probabilité tendant a prouy-er l'existence d'une cause finale: car oa conçoit qu'ils peuvent dériver, et ils dérivent en ef^ fet tout naturellement et nécessairement des propriétés, de la .matière et de laloi de la gravitation , ou de la pesanteur universelle, d'après laquelle tous ces grands corps s^atti* vent réciproquement en raison direct^e de leurs masses, et en raison inverse du carré des distances qui séparent leurs centres -de gravité .
Quant à cette loi elle-même , ^elle semble d'abord fournir une preuve , c'est-à-dire un certain nombre de chances en faveur de l'^stence d'une cause finale ou intentionnelle ; car si >les corps «s'attiraient dans une proportion différente , par exeiDiple, avec une force égale à toute distance, les autres circonstances restant les mêmes, l'univers ne saurait subsister.
Mais cette loi pourrait-elle en efiet être différente ou autre qu'elle n'est? C'est du moins ce qui n'est pas vraisemblable. L'attraction n^est, suivant toute apparence, que l'effet d'une impulsion. OPour la concevoir et l'expliquer, on a supposé que l'espace était traversé en tous sens par un fluide subtil capable de pénétrer tous les corps , et d'agir ainsi, par le choc, sur toutes leurs particules intérieures. Or^ en admettant que les choses se passent ainsi , on peut prouver, par le calcul le plus simple^ que les corps, en vertu de Faction impulsive de ce fluide invisible, doiven^t en effet s'attirer en raison directe des masses, et inverse du carré des distances j ce qui rendcette hypothèse très-vraisemblable.
Jues lois de la nature ne sont d'ailleurs que les rapports existant entre les propriétés qui distinguent ou constituent
les étires et les difierentes cîrconstanœs dans lesquelles elles s'exercent. L'ordre physique de l'univers n'est qu'une suite nécessaire des lois de la matière^ qui elles-mêmes dérivent nécessairement de ses propriétés. Chacun des grands corps qui roulent dans l'espace , sollicité d'une part par des forces extérieures^ et de Tautre, si je puis ainsi dire, par sa propre inertie ^ demeure dans un état d'équilibre stable ^ quoique d'ailleurs toujours en mouvement ^ parce que dans la grande machine universelle y il n'y a ni frottement ni résistance ; ou si quelque cause accidentelle le fait momentanément sortir de cet état d'équilibre y il y revient de luimême y comme un pendule (|ue l'on a écarté de sa verticale. Si l'univers entier se trouvait bouleversé par quelque cause physique extraordinaire y l'équilibre s'y rétablirait bientôt. Tout serait changé , il est vrai; mais rien n'indi* que que le monde ^ tel qu'il existe actuellement^ et qui pourrait bien n'être pas le meilleur des mondes possibles^ perdrait quelque chose à ce changement; et^ en tous cas^ l'ordre^ momentanément troublé , n'y serait point détruit. Les parties dont il se compose pourraient être en eflet disposées de mille et mille manières différentes, sans qu'on y remarquât le moindre désordre; et ainsi, l'ordre ^ ou l'équilibre, qui existe dans le système du monde, ne prouve en aucune façon qu'il soit le résultat d'une combinaison ou d'un calcul.
En ne considérant, comme nous venons de le faire, chacun des grands corps qui se meuvent dans l'espace que comme un point physique, et seulement dans ses rapports avec les autres corps autour desquels il tourne ou qui tournent autour de lui; l'univers entier, ou du moins la partie de l'univers qui est visible pour nous , n'est qu'une machine dont les mouvemens s'expliquent fort bien d'après les seules lois de la mécanique ^ ou , pour parler d'upe manière plus générale, d'après les propriétés de la matière.
Mais gardons-nous bien pourtant de conclure delà^ que TunÎTers n'a^ ou ne peut point avoir de cause finale. Une horloge est aussi fondée sur les lois de la mécanique^ sur les propriétés de la matière j mais la matière abandonnée à elle-même^ ou bien une main inhabile rassemblant des rouages au hasard^ produira-t-elle jamais une horloge ou quelque chose de semblable? Chaque phénomène en particulier peut également s'expliquer d'après les propriétés générales des corps y sans qu'il soit pour cela nécessaire d'avoir recours à une intelligence y à une volonté suprême; parce que^ comme nous l'avons déjà dit^ soit qu'un phéno* mène ait une cause finale ou qu'il n'en ait point ^ il doit toujours avoir une cause efficiente. Mais je ne pourrai m'empédier de lui attribuer une cause finale^. si je lui reconnais un but^ une destination^ une fin quelconque. Si parmi un nombre de machines en mouvement, qui, sans aucun doute, ont toutes également une cause efficiente, il y en a de fort simples dont je n'aperçoive point l'usage ou Tutifité , je pourrai supposer à la rigueur qu'elles ont été construites par des enfans ou des hommes sans intelUgence , qui ne se sont proposé aucun but déterminé et ont eux-mêmes agi comme des machines. Mais si j'en remarque de plus ou moins compliquées ; si je leur reconnais un but, une fin , telle que celle, par exemple, de marquer les heures 3 si j'observe en outre que les parties dont elles se composent, quoique ayant chacune une fonction particulière , concourent toutes à ce but final , à cette propriété de • marquer les heures 3 j'en conclurai d'abord que celle-ci n'est point indépendante de la machine que je considère, et de là je tirerai la conséquence, que ce mécanisme est l'ouvrage d'un être doué d'intelligence.
Il ne faudrait donc pas inférer , de ce que la machine du monde , je veux dire , de ce que son mécanisme peut s'expliquer par les seules causes efficientes, et de ce que nous
fi'aperceTons pas la destination ^erai^e , le bat final de cette machine immense^ <{u-eUe nena aucun. Si ce but ne BOUS est pas connu ^ c'est, probablement, que nous vie connaîssons ni les limites , ni le centre, ni peut-être le véritable mëcamsme de Tuniv^ers; c'est que nous n'en pouvons saisir l'ensemble , ni quant a son étendue , ni quant à sa durée. Le monde est comme une horloge dont nous Terrions seulement d'un coup d -œil rapide, une trèsr^petile partie, «t dont l'aiguille et le cadran nous seraient jentièrement caches.
Il est très-yraisemblable que les phénomènes généraux , dont Teosemble constitue la manière d'être de 1 univers^ tant imD|iatériel quesensible, concourent tous vers un même but , qui se rapporte à Dieu , comme celui d'ane horloge , qui est d'indiquer les parties du jour, se rapporte à Thomme, à l'ouTrier même qui a construit cette machine pour son usage. Toutefois, nous ne pouTons juger de ^ceci que par induction ; car la destination dernière et le pr^oiier principe des choses ne nous sont pas plus connus , que l'organisation de l'univers, Tesse^pce de la matière et celle de Dieu : nous ne pouTOusconnaîtrequeles causes secondaires des phénomènes 'et ^la ca^e finale prochaine de chaque chose en particulier, c est-à^dire la destination prochaine «ou immédiate qui lui a été évidemment donnée. Mais cela suffit pour nous faire voir qu'il existe une cause première inteUigente; et si on ne la découvre pas dans le spectacle du ciel, qu'on la cherche^ et op la trouvera dans la nature organique, et surtout dans Thomme, qui n'a qu'à s'observer lui-même pour se convaincre qu'il n'est point l'ouvrage du hasard. S'il se trouve des athées chez les astronomes, il ne saurait y eu avoir parmi les physiologis^^*
En e&t, sans même parler de rhamme moral, dans lequel certaines propriétés , telles , par exemple, que le sens du juste et derinjiiiste^oous]:^ vêlent si clairement une cause finale et intelligente j si nous considérons d'abord Tune ou l'autre des parties du corps humain^ nous serons forcés de reconnaître qu'elle a une destination quelconque, au moins immédiate, et nous ne pourrons pas nous empêcher de croire, que cette destination lui a été donnée par un être intelligent. Si cela n est que plus ou moins probable a regard de quelques-unes , relatiTement à d'autres , cela paraît de la dernière évidence. L'œil, par exemple, est dans ce 'Cas, et pour vous en convaincre, je n'aurai qu'un petit nombre d'observations à faire.
Il y a dans la vision , outre le sens même de la Tue, qui est un attribut de l'ame , trois choses à considérer , la lumière, l'œil, et la rétine, qui est une espèce de gelée formée par l'épanouissement du nerf optique, dont elle n'est ainsi que le prolongement ou l'extrémité.
C'est elle qui constitue l'organe de la vue propreni^it dit.
L'œil, séparé delà rétine, qui en est indépendante quant à son existence , n'est qu'un instrument d'optique insensible à l'action de la lumière 3 ou , si on le regarde comme faisant partie de l'organe , il n'en est pas du moins la partie essentielle.
La lumière est un fluide d'une ténuité comme infinie, et animé d'un mouvement, soit de translation, soit de vibration, d'une inconcevable rapidité.
On ne voit rien, soit dans la manière d'être, soit dans la manière d'agir du fluide lumineux , qui ne puisse dépendre uniquement des propriétés et des lois générales de la matière. On pourrait en dire autant de la rétine, et peutêtre même de l'œil , ou du moins de chacune de ses parties prises séparément. Mais nous ne voulons considérer que les rapports qui existent entre ces choses.
. Nous apercerons un premier rapport entre la rétine et la lumière : chacune d'elles serait inutile^ serait sans objet y si l'autre n'existait pas. A quoi servirait la lumière^ qui joue un si grand rôle dans l'univers^ sans Torgane et le sens de la vue? et qui pourra croire que^ dans le cas même où la nature serait plongée dans les ténèbres ^ l'homme et les animaux n'en seraient pas moins doués de cet organe délicat ^ de cet organe si sensible^ qui les exposerait inutilement aux plus grands dangers? Car ou ne peut pas dire que si la lumière n'était pas^ par cela même^ par cela seul^ Torgane qu'elle affecte ne serait pas non plus^ ces choses étant absolument indépendantes l'une de Tautre.
Il est de plus à remarquer, que le nerf optique serait lui-même sans objet y malgré l'existence de la lumière^ s'il n'était pas^ comme il l'est ^ divisé à son extrémité en une infinité de fibrilles qui forment ce réseau^ cette espèce de membrane qu'on nomme la rétine. Il est donc impossible^ en considérant cette manière d'être et le rapport de con- Tenance qui se trouve entre elle et la lumière ^ de ne pas y apercevoir un but^ une intention et^ conséquemment^ une cause intelligente.
Nous Yoyops un autre rapport dans la situation respective de la rétine et de l'œil. De toutes les parties du corps y cette membrane est la seule qui soit sensible à l'impression de la lumière} mais sans l'œil proprement dit ^ les objets ne s^ peindraient point revêtus des formes et des couleurs qui les distinguent : ils y seraient tous confondus dans un espace sans limites. Or^ comme on peut concevoir une infinité de distances ^ ou de positions différentes , entre Tœil et la rétine , et qu'il n'en est qu'une seule qui leur soit favorable; il est donc infiniment probable qu'elle n'est point l'effet du hasard.
Toutefois ces preuves paraîtront bien faibles comparées à celle que nous pouvons tirer du rapport double et très-
complexe qui se trouve entre l'œil et la lumière d'une part^ entre Tœil et la rétine de l'autre ; lequel diffère entièrement du ri^port de situation dont nous venons de parler,
II existe , comme nous l'avons dit précédemment , certain rapport de convenance et de nature entre la lumière , qui éclaire les objets et les rend visibles^ et l'organe de la vue^ ou sa partie essentielle, qui est la rétine. Mais ce rapport ne serait point complet , serait même très-imparfait , et n'aurait aucun but d'utilité, sans l'interposition de l'œil, qui paraît avoir été destiné à étabKr ou compléter ce rapport. Or cette importante fonction nécessite un si grand nombre de conditions réunies , qu'il est absolument impossible de les attribuer au hasard ; et rien ne serait plus absurde que de soutenir , que le sens de la vue , l'organe qui s'y rapporte, Tœilet la lumière, qui sont indispensables à l'existence des êtres vivans , seraient comme s'ils n'étaient pas, ou que ces êtres n'en pourraient point jouir, si un heureux et inconcevable hasard, si un concours de circonstances fortuites n'avaient réuni toutes les conditions requises pour que ces choses atteignissent le but vers lequel elles semblent tendre.
On ne sait ce qu'on doit le plus admirer , ou de la ténuité et de la vitesse incompréhensible de la lumière; ou de l'extrême sensibilité de la rétine; ou du sens même de la vue, dont la nature est telle que, suivant la manière d'agir du fluide lumineux , ce fluide et les corps qu'il rend visibles nous paraissent de telle ou telle couleur ; ou de la perfection et de la délicatesse du mécanisme de l'oeil ; ou de la savante théorie sur laquelle ce mécanisme est fondé; ou des rapports de situation, de convenance, de nature qui existent entre toutes ces choses , et sans lesquels , nous le disons encore, elles seraient toutes sans objet; ou bien enfin de leur destination immédiate , qui est de nous mettre en relation avec tout ce qui existe hors de nous : car
l'œil > tout petit qu'il est^ embrasse à la fois une infinité d objets difTérehs^ en discernant leurs formes , leurs couleursj leurs mouTemens divers ou leur état de repos, souvent leur grandeur relative, leur éloignement, leurs distances mutuelles : et cet organe , qui n'occupe pour ainsi dire qu'un point dans l'espace , est un théâtre où , quelque-^ fois dans un très-court instant, le spectacle de l'univers entier se trouve représenté.
Si ce mécanisme, qu'on ne peut se lasser d'admirer, et qui paraît être le résultat des plus sublimes conceptions, est l'œuvre du hasard , il faut l'avouer ^ le hasard est un grand maître.
Mais quand oh examine soigneusement toutes ces choses^ je veux dire toutes celles ou qui se rapportent à Tinstru^ ment de la vision , ou qui le constituent , mais surtout leurs rapports mutuels et leurs fonctions 5 il est impossible de n'être pas convaincu qu'elles ont été faites les unes pour les autres, et d'attribuer tant de merveilles à une cause aveu^ gle ou purement matmelle ; et l'on ne peut se refuser d'y feconuaître un dessein^ un but réel, une cause finale, surtout une intelligence infinie et une puissance sans bornes, en Un mot, un être suprême, un créateur, un Dieu.
Que sera-ce donc si Ton examine efTectivement dans tous leurs détails, d'abord Tinstrument ou l'organe entier delà visiôli , dont noua n'avons donné qu'une idée générale; puis ceux qui se rapportent aux autres sens ; enfin toutes les autres parties du corps , telles que l'estomac, le cœur, le cerveai^; et si l'on fait bien attention que chacun de ces organes, tant intérieurs qu'extérieurs, indépendamment d'une destination particulière immédiate , entièrement dif" férente de celle de tous les autres , tend vers un but plus éloigné y qui est le même pour tous , à savoir la conservation de l'individu; et vers un autre plus indirect encore, qui est la reproduction de l'individu , ou la perpétuation
de l'espèce! Qme sera-ce, si nous ccMisidéroQS Tinstiiict,. la raisoB , qui dirigent l'homme et les ammaiix daos toutes leurs actions , et surloat le sens moral , qoi nous révèle une autre fin , savoir , l'existenGe de Thomme en société !
Je ne parle point de la destination , de la fin dernière de celui-ci, que nous ne <y>nnaissons pas mieux que celle de l'univers. Mais pour peu qu'on réfléchisse $ur les preuves que fe viens d'énumérer, et que je laisse à des mains plus habiles le sdin de développer ^ on ne consarvera pas, je pense , le moindre doute sur Texistence d'une cause intelligente et volontaire capable de produire, et qui a réellement produit, certains résultats que Thomme sertit incapable de produire ; d'une cause finale autre et infiniment plus puissante et plus intelligente que rintelligence humaine, et dont l'homme enfin est lui-même une production.
ns LA. GniiLTIOlf .
La création est lé passage de la non existence à Texis* tence, ou du néant a l'être ; c'est l'apparition , la naissance d'un être, ou de quelque chose qui n'existait pâs.
C'est aussi, dans un autre sens^ l'action de créer, c'està-dire l'opération par laquelle la créature est produite.
Le mot d'annihilation ou d'anéantissement a une signification diainétralement opposée à celui de création, dans quelque sens qu'on prenne celui-ci. •
On nomme créateur , l'être qui exerce y ou qui a le pou« voir d'exercer cette action , l'agent à qui ce pouvoir ap^ partienttf
On donné le nom de cause créatrice^ tantôt^ mais improprement y à cet agent , au créateur lui-même , et alors, la cause créatrice est ou peut être antérieure à la créature; tantôt y et avec plus de raison , a l'action quelle qu'elle soit, ou l'opération en yertu de laquelle la créature est produite; et dans ce cas, la cause créatrice et la naissance, ou l'apparition de la créature sont nécessairement simultanées , sans quoi > il y aurait , au moins pour un instant , création sans créature, ce qui est contradictoire.
N'oublions pas la distinction que nous avons faite entre Texistence relative et l'existence absolue des choses : elle est ici de la plus haute importance.
Parmi celles qui n'ont qu'une existence relative, sont toute espèce de phénomènes , de résultats et de rapports ; et leur cause créatrice n'est rien de plus que leurs causes efficientes et leurs causes finales. La création et l'annihilation de ces existences sont très-fréquentes, et nous les concevons ou nous croyons du moins le concevoir parfaitement.
Les choses qui ont une existence absolue sont les substances , dont les modifications actuelles constituent ce que nous appelons phénomènes; ce sont, dis- je , les substances considérées en elles-mêmes et indépendamment de toutes modifications et de toutes manières d'être acddentelies.
Or on donne plus particulièrement le nom de création à celle de ces substances ; et ainsi la création proprement dite est celle des existences absolues.
Il faut en dire autant de l'annihilation.
Une chose n'est donc , a proprement parler , créée ou anéantie, que lorsqu'elle passe, non d'une manière d'être à une autre , de façon que la première cesse d'exister et que la seconde reçoit une existence qu'elle n'avait pas; mais du néant à l'existence absolue, ou de cette existence au néant : il y a création , lorsqu'une chose , qui n'existait
d'abord en aucune façon y commence à exister d'une manière quelconque^ et annihilation lorsqu'une chose qui existait^ n'importe de quelle manière^ cesse tout- à-fait d'exister^ est réellement anéantie , et dans sa forme et dans sa substance.
Gomme, d'une part, nous n'avons jamais vu, ni création ni annihilation de ce genre, et que, de l'autre, ces choses sont tout-à-fait au-dessus de nos conceptions; on ne doit les regarder comme possibles, ou réelles, que sur des preuves , des démonstrations très-rigoureuses.
En tant que l'homme n'est qu'un ensemble ou une suite non interrompue de phénomènes , tant physiologiques que psjcologiques, il ne suppose que des causes efficientes , qui ont, si je puis m'exprimer ainsi, créé ces phénomènes 3 et chacun d'eux a sa cause à part.
Mais nous avons vu que ces phénomènes avaient entre eux certains rapports de convenance qu'on ne pouvait pas attribuer aux propriétés de la matière; et que les fonctions très-diverses des difierentes parties dont l'homme se compose , non seulement avaient chacune un but d'utilité qui annonçait qu'elles leur avaient été assignées intentionnellement ; mais encore qu'elles concouraient toutes vers un but commun ; ce qui devait nous faire envisager l'homme comme un résultat qui implique nécessairement une cause finale; en sorte que l'honmie doit évidemment son existence à un être intelligent , qui l'a créé dans une intention et pour une fin quelconque.
Nous avons dit aussi, que, suivant toute apparence, quoique cela ne soit pas également démontré , il en était de même du monde, ou de l'univers, considéré. comme une grande machine, soumise d'ailleurs aux lois de la mécanique.
Mais il est évident, qu'il ne s'agit ici que de l'existence X'elative de ces choses, et non de leur existence absolue,
TOMfi lll. 13
c'est-a-dire de celle des substances dont elles se composent. Tout ce que nous pouvons conclure de nos raisonnemens^ c'est que Dieu a créé rhomme et l'univers à peu près comme Thomme a créé une horloge^ une montre^ ou telle autre machine ^ tel autre résultat de la combinaison de ses idées : et il est clair ^ qu'il ne s'agit point encore ici d'une création proprement dite. ,
Il resterait donc toujours à démontrer^ si l'on. voulait soutenir que Dieu a réellement créé la matière ^ ou la sub* stance même dont Tunivers se compose ; qu'il fut un-temps où elle n'existait sous aucune forme ni en aucune façon , et que Dieu^ par un acte de sa volonté^ l'a réellement fait naître de rien ; car si elle avait existé formellement ou hors de ]ui ou en lui , et qu'il n'eût fait que la rendre sensible d'insensible qu'elle était ^ il ne l'aurait point produite ou engendrée par une création proprement dite«
Une pareille création , étant incompréhensible en diemême^ et jamais ne s'étant opérée sous nos jeux, n'est point vraisemblable. Néanmoins la plupart des hommes^ et surtout le vulgaire des hommes^ la regardent aujourd'hui comme un fait assuré^ et il leur semble qu'ils n'ont pas beaucoup de peine à la concevoir. Mais ils n'y croient, sans doute ^ que d'après la lecture des livres saints , bien ou mal interprétés , ou sur Tautorité et la foi d'autrui ; et ils ne s'imaginent la comprendre, que parce qu'ils en jugent d'après la création des phénomènes^ c'est-à-dire des modifications, ou transformations de matières préexistantes ; d'autant plus que ces transformations sont telles assez souvent , qu'une substance , changeant complètement de nature , est comme anéanti^ sous une forme et créée sous une autre; et quelquefois aussi sont telles, que, dans certains cas, un corps, d'invisible et intangible qu'il était, devient visible , palpable , et semble en effet naître de rien, comme, par exemple, la glace qui se forme en hiver sur
les Titres d'un appartement; et, dans d'autres cas, au con« traire, semble être anéantie en cessant d'afiecter nos sens, comme il arrive dans la vaporisation des liquides et de quelques solides.
Nous concevons très-bien que Dieu peut ce que lliomme ne peut pas ; mais nous ne concevons pas qu'il puisse l'im^r possible, ou ce qui nous paraît tel. Quant à la nature de son ititdiigence, nous n'en pouvons juger que par la nôtre. Or rhonune, par un acte de sa volonté , ne crée rien, que cet aete lui-même, qui n'est qu'une modification de l'esprit, et certains mouvemens corporëb, qui ne sont que des modifications de la matière. Par là, nous comprenons assez bien que Dieu, existant partout, peut aussi, par des actes de sa volonté, donner à la matière toutes les formes imaginables , et nous voyons clairement , par la considération des causes finales , qu'en effet il lui a donné certaines formes , qu al maintient par son action ; qu'ainsi la matière, indépendante de Dieu quanta son existence, ne Test point quant à sa forme, du moins quant à certaines formes, purement accidentelles , et que , sous ce rapport , elle en dé<pend entièrement, sans qu'il y ait d'ailleurs en cela aucune espèce de réciprocité. Mais c'est là tout ce que nous pou*vons comprendre conune possible , et la création proprement dite est pour nous une absurdité. Il n'y a donc point, ^ à proprement parler, de causes créatrices, il n'y a que des causes efficientes ; il n'y a rien de produit , que des phénomènes , des transformations de substances ; mais il n'y a jamais eu. de substance créée.
Les philosophes anciens croyai^it à l'éternité de la ma<tière, et rejetaient comme absurde la création proprement dite. Quelques-uns, tels qu'Ocdlus de Lucanie, en concluaient que l'univers était lui-même étemel. Platon veut qu'il 9it été créé , mais de toute éternité 3 ce qui se conçoit 4îffieilement, et pourtant n'est pas impossible; car, si Dieu
a eu le pouvoir de créer le inonde , sinon dans sa substance^ ce que n'admettait point Platon^ du moins dans sa forme ^ il a pu de toute éternité exercer cette puissance.
Plusieurs philosophes modernes , surtout parmi les théologiens y ont donné des preuves en faveur de la création du monde , moins peut-être parce qu'elle leur paraissait vraisemblable^ que pour concilier^ en quelque sorte^ la raison avec la foi. Reste à savoir si ces preuves sont rigoureuses. Nous en examinerons quelques-unes , en commençant par celles qui n'appartiennent point à la théologie^ et sont purement philosophiques.
Hemsterhuis , pour démontrer que la matière a été créée^ part d'un fait ^ qui peut être vrai , mais qui n'en est pas moins conjectural^ et qu'il a eu le tort d'établir en principe sans en démontrer l'exactitude^ comme si ce fait, évident par lui-même y était incontestable aux yeux de tous« les hommes. Les philosophes s'appuient fréquemment sur de tels principes^ et de là vient souvent que leurs systèmes n'ont qu'une vogue passagère. La saine philosophie rejette ces prétendus axiomes y auxquels le plus grand nombre des hommes ajoutent peu de foi.
Celui d'Hemsterhuis est que : Tout être qui n'existe pas nécessairement, c'est-à-dire dont la non-existence n'impliquerait point contradiction dans notre esprit ; ou bien encore, tout être dont la forme n'est point déterminée , ou que nous concevons comme pouvant avoir une autre forme , d'autres propriétés , que celles dont il est actuellement revêtu, a nécessairement été créé; non seulement quant à son existence relative , à ses propriétés accidentel* les 3 mais encore quant à sa substance elle-même ; bien qu'elle soit étemeUe de sa nature , ce qui parait vouloir dire ^
qu'elle ne paisse être anéantie par aucune force naturelle.
Il admet aussi en principe cette hypothèse de Démocrite et des physiciens modernes , que la matière est divisée en atomes diversement figurés.
Adoptons-la comme lui^ et demandons-nous dans quel sens il faut entendre que ces atomes pourraient être conçus sous une autre forme que celle qu'ils ont. Cette question ne sera peut-être pas sans difficulté.
Dans les corps la figure extérieure n'est qu'une manière d'être purement accidentelle y qui peut changer et varier à rinfini , et dont le changement , non seulement n'entraîne point la corruption du sujet , mais n'altère en aucune façon son essence relative. Daùs les atomes^ au contraire^ supposé qu'ils existent tels que nous les concevons^ la figure .constitue seule leurs différences caractéristiques et leur nature même : elle ne pourrait changer sans que l'essence de ces atomes ne fut entièrement altérée , et cette propriété essentielle , et en quelque manière absolue , est immuable comme l'impénétrabilité elle-même.
Il m'est donc impossible de comprendre comment un atome pourrait changer de forme , et bien moins encore , comment tel atome qui actuellement a , par exemple , une figure ronde ^ ou sphérique ^ pourrait avoir actuellement une figure pyramidale; si ce n'est en supposant ce qui est en question^ c'est-à-dire, si ce n'est sous cette condition , que cet atome n'est pas sphérique de sa nature , qu'il n'existe pas de toute éternité et par lui-même, ce qui veut dire , non par autrui ; et que Dieu , qui lui a donné librement cette forme ronde, aurait pu lui en donne une pyramidale.
Et en tous cas , de ce que j'aurais la possibilité de faire une pareille supposition , de ce que je concevrais qu'un atome sphérique pourrait être ou cubique ou pyramidal ^
pourrais- je conclare^ ayec ce philosophe^ que la matière n'a pas une forme déterminée , et qu'elle n'existe point par elle-même ?
Quoi qu'il en soit ^ voici son raisonnement tel qu'il se trouve dans son livre :
f( On prend souvent une chose étemelle par sa nature^ pour une chose qui existerait par soi-même. Il est vrai qu'une chose qui existerait par soi-même^ serait nécessairement éternelle par sa nature ; mais il ne s'ensuit pas qu'une chose éternelle par sa nature existerait par soimême.
» Ce qui est décômposihle jusqu'à extinction d'essence , ou jusqu'à ce qu'il cesse d'être ce qu'il est^ n'est pas éternel par sa nature. Un arbre consumé par les flammes a cessé d'être arbre; mais la matière^ comme matière^ ne saurait être décomposible jusqu'à extinction d'essence y puisque la dernière particule est toujours encore étendue , figurée et impénétrable par sa nature. Par conséquent ; la matière^ pour ne pas exister^ aurait besoin d'être détruite^ et ainsi elle est éternelle par sa nature.
)) Mais ce qui est éternel par sa nature peut avoir eu un commencement ; et il n'est pas impossible que la matière , en tant que matière , éternelle par sa nature^ ait eu un commencement. Je dis plus : non seulement cela n'est pas impossible, mais je prouverai qu'elle a dû avoir un commencement de toute nécessité.
)) Ce qui existe par soi-même , et dont l'essence est d'exister, existe nécessairement , et nécessairement d'une façon déterminée. Existant nécessairement y il serait contradictoire qu'il n'existât pas , ou qu'il existât d'une façon autrement déterminée.
» Or, supposons pour un moment que les dernières particules de la matière soient des cubes, il n'impliquerait aucune contradiction que ce fussent des sphéroïdes, des
octaèdres y etc. ; par conséquent , la matière n'existe pas nécessairement d une façon déterminée : il n'est pas contradictoire^ quau Veu de cette particule^ il n'existât que de l'étendue : par conséquent^ la matière n'existe pas nécessairement y et Texistence n'entre pas proprement dans son essence ; ainsi y elle n'existe pas par soi-même^ mais par un autre. »
Un philosophe platonicien du moyen âge^ Tophàil y fait sur l'éternité du monde deux suppositions contraires^ et de diacune il tire une conséquence qui semble contradictoire ou en opposition avec l'hypothèse. Il finit par conclure, mais sans raison, que le monde est éternel; que néanmoins il a été créé, quoique de toute éternité, et que, dans tous les cas , la cause créatrice ou efficiente du mondé est immatérielle.
« Le monde est-il étemel ou ne Fest-il pas ? c'est une question qui a ses preuyes également fortes pour et contre. Mais quel que soit le sentiment qu'on suive , on dira :
D Si le monde n'est pas éternel, il a une cause efficiente: cette cause efficiente ne peut tomber sous les sens, être matérielle, autrement elle ferait partie du monde. Elle n'a donc ni l'étendue ni les autres propriétés des corps; el(e ne peut donc agir sur le monde. »
Supposé que cette conséquence soit juste, nous n'en pourrons rien conclure contre la création du monde, soit dans le temps, soit dans l'éternité. En e(!et, si ce qui est immatériel ne peut agir sur ce qui est matériel, il en résultera seulement que Dieu ne peut agir sur le monde actuel^ lement existant , mais non pas qu'il n'a pas pu le créer : car faire naître de rien, tirer du néant une chose qui n'existait pas encore, ce n'est point agir sur elle. Toute cause efficiente consiste, il esterai, dans l'action d'une substance sur une autre; mais la création proprement dite n'est point une cause efficiente proprement dite ; l'une pro-
doit une substance ^ qui n'existait d'abord en aucune manière , l'autre ne produit qu'une simple modification dans une substance préexistante ^ il y a l'infini entre l'une et l'autre ', et c'est par cela même qu'il est impossible de tirer aucune preuve en faveur de la création du monde de ce principe^ qu'il n'y a point d'effet sans cause.
« Si le monde est éternel^ il n'y a jamais eu de repos. Mais tout mouvement suppose une cause motrice hors de lui : donc la cause motrice du monde serait hors de lui ; il y aurait donc quelque chose d'abstrait , d'antérieur au monde y d'incomparable y et d'anomal à toutes les parties qui les composent. » Ce qui semble inconciliable avec son éternité ; supposé toutefois que l'antériorité de la cause efficiente du monde ^ soit une conséquence nécessaire de son extériorité.
Mais y en premier lieu , quoiqu'il soit certain que le mou- Tcment qui commence actuellement dans tel corps particulier a sa cause hors de ce même corps , il n'est pas vrai , ou du moins , il n'est pas démontré y que le passage du repos au mouvement dans un corps en général ait sa cause efficiente hors de la matière en général. En second lieu^ il n'est pas vrai non plus^ que le mouvement actuel d'un corps ^ soit que ce mouvement lui ait été communiqué^ soit qu'il ait existé de toute éternité y suppose une cause motrice y une cause quelconque y ni en lui ni hors de lui y sans laquelle il rentrerait dans l'état de repos ; car le mouvement n'est qu'une simple manière d'être y que les corps conservent en vertu même de leur inertie , et qu'ils ne peuvent perdre que par l'action contraire de forces positives extérieures^ c'est-à-dire par la rencontre d'obstacles matériels qui détruisent leur mouvement.
D'ailleurs^ en admettant même que le mouvement suppose une cause quelconque^ il n'en résulterait pas que cette cause fût antérieure au mouvement^ et à plus forte raison
à la matière. Car^ si le mouyement est un efiet^ il existe conjointement et simultanément avec sa cause , et ne saurait en être séparé. Une cause y quelle qu'elle soit , ne peut être considérée comme telle y que dès l'instant, et en tant qu elle produit réellement un effet : l'effet ne suit donc pas sa cause ^ il existe avec elle. L'éternité du mouvement, de quelque manière qu'on envisage celui-ci , c'est-à-dire , soit qu'il ait une cause ou qu'il n'en ait pas besoin , n'implique donc pas contradiction.
« Toute substance corporelle a une forme, sans laquelle le corps ne peut ni être conçu , ni être. Cette forme a une cause; cette cause est Dieu : c'est par elle que les choses sont, subsistent, durent : sa puissance est infinie, quoique ce qui en dépend soit fini. »
Puisque cette forme a une cause , elle est donc un eflet , selon notre philosophe : or, tout efiet est le passage d'une manière d'être à une autre, et^ puisque la forme est permanente, elle est donc, si Ton peut s'exprimer ainsi, un effet permanent, ou le passage continu d'un état à un autre 5 comme Test, par eiîemple , le mouvement d'un corps pesant que l'on fait glisser avec effort sur une surface raboteuse : sans une force extérieure, et une action continue, ou qui se renouvelle sans cesse, il rentrerait dans le repos; il peut donc être considéré comme passant à chaque instant du repos au mouvement. Or il paraît que l'auteur juge de tous les mouvemens par celui-ci, et de toutes les autres formes, de toutes les autres propriétés des corps par le mouvement; en sorte qu'elles n'existent, suivant lui, que par une cause , que par une force qui s'exerce à tous les instans et sans interruption. C'est donc de toute manière, semble-t-il, sur l'idée fausse qu'il s'est faite du mouvement , qu'il fonde sa preuve de la création du monde.
Mais, nous ne saurions trop le redire, il n'y a que les eflèts y les phénomènes proprement dits , qui ont une cause
proprement dite, une cause efficiente^ ou productrice. Les formes^ ou les propriété essentielles, constituantes d'un corps , et par conséquent ce corps lui-même peuvent ayoir une cause créatrice, mais jamais de cause efficiente; elles peuvent, dis-je, avoir une cause créatrice; mats admettre en principe qu^elles en ont une , c'est poser en fait ce qui eit en question , et par ce moyen, si Ton s'en contente, il n'est pas difficile de prouver, que les formes constituantes et essentielles de la matière, et conséquemment , que la matière elle-même, ont été créées.
On voit que Tophaïl voulait concilier l'éternité du monde, qu'il ne prouve d'ailleurs en aucune manière, avec sa création ; que, jugeant de la substance elle-même d'après ses modifications, qui ne peuvent avoir lieu sans cause, et confondant ainsi deax choses essentiellement différentes, il croyait que le monde avait été créé, produit par une cause quelconque, et qu'il y a actuellement création; qu'il y a une création continuée, sans laquelle les choses, perdant leurs formes, leurs propriétés essentielles, rentreraient dans le non-être ; à peu près comme un corps qui se ment dans un milieu résistant rentrerait dans l'état de repos, sans une force extérieure qui agit sur lui sans interruption.
S'il n était question que des formes accidentelles, ou de l'existence relative du monde; si on ne le considérait que comme une suite ou un ensemble de phénomènes ou de 'modifications passagères qui se succèdent les unes aux autres; il serait très-vrai de dire que le monde, fdt-il même éternel, aurait été créé; et qu'il n'existe que par une création toujours renouvelée, puisqu'il n'y a point de phénomène sans cause efficiente, productrice ou créatrice; et que, dès l'instant où les causes des phénomènes de la nature cesseraient d'agir, l'univers, sans perdre son existence absolue, sans être anéanti, pei^rait cette existence
relatire^ cette forme qui le constitue ce qall est^ et se réduirait à une matière brute ^ à une étendue impénétrable, sans formes^ sans propriétés accidentelles, sans succession de phénomènes.
Mais Tophaîl dit positivement que celles des propriétés des corps sans lesquelles ils ne peuvent ni être conçus ni exister, et qoi par conséquent constituent leur essence absolue et leur substance même , ont elles-mêmes été créées , et ne subsistent que par une création continuée.
Cette opinion est celle de plusieurs philosophes modernes très-câèhres, et des théologiens en général, qui, au surplus, soutiennent que le monde a été créé dans le temps , et non pas de toute éternité.
Gudworth, pour prouver que le monde a commencé, et que Dieu seul existe de toute éternité , fait un long raisonnement qui se réduit a ceci :
Nous ne pouvons imaginer Tinfini , parce que nous n'en avons jamais eu aucune sensation ; nous ne pouvons pas imaginer une durée infinie : mais puisque Ton peut prouver avec une évidence mathématique, qu'il y a quelque diose dont la durée est infinie, pu sans commencement, il s'ensuit d'abord, que nous, ne pouvons pas nier l'existence d'une chose, par cela seul que nous ne la comprenons pas parfaitement. Quant à l'infinité de la durée successive, non seulement nous n'en avons aucune image sensible, mais même aucune idée intelligible. Donc il n'y a point de durée successive infinie : donc la durée infinie , qui est celle de Dieu , n'est point successive ; et la durée successive , qui est celle des choses, n'est point infijiie : donc le monde n'est pas étemel.
On voit que la proposition fondamentale de ce raisonnement, savoir, que la durée des choses, la durée du monde, est successive, suppose elle-même, non seulement que les phénomènes de la nature et de rintelligence , mais encore.
que les substances mêmes qui forment la base de cet uniyers ^ telles que les élémens des corps ^ les principes de la matière y sont a chaque instant comme anéanties et reproduites^ et n'existent que par une création qui se renouvelle sans cesse ; puisque sans cela leur durée serait permanente et non pas successive. L'existence continue de ces choses est assimilée ou comparée à celle d'un phénomène en apparence continu^ au passage toujours renaissant d'une manière d'être à une autre ; ce qui serait assez exact ^ si cette existence était en effet ^ comme on le suppose ici sans preuve et sans raison^ le passage continu du néant à l'être. Quoi qu'il en soit^ ce que Cudworth pose en principe^ savoir^ que la durée des choses est successive y comme si c'était la un fait incontestable, qui n'eût pas besoin d'être démontré, Fénélon le prouve ainsi qu'il suit :
« Quand même les êtres créés ne changeraient point de modification , il ne laisserait pas d'y avoir, quant au fond de la substance, une mutation continuelle. Voici comment : c'est que la création de l'être qui n'est point par lui-même, n'est pas absolue et permanente j l'être qui est par luimême, ne tire point du néant des êtres qui ensuite subsistent par eux-mêmes hors du néant d'une manière fixé; ils ne peuvent continuer a exister qu'autant que l'être nécessaire les soutient hors du néant; ils n'en sont jamais dehors par eux-mêmes , donc ils n'en sont dehors que par un don actuel de l'être. Le don actuel est libre, et par conséquent révocable ; il peut être plus ou moins long ; il est divisible 3 dès qu'il est divisible, il renferme une succession ; dès qu'on y met une succession , voilà un tissu de création successive : ainsi ce n'est pas une existence fixe et permanente } ce sont des existences bornées et divisibles , qui se renouvellent sans cesse par une création continuée. »
Fénélon, pour prouver que la durée des choses est successive, a besoin d'admettre, vous le voyez, qu'elles ont
été créées ; et Gudworth ne peut prouver leur création y qu'en admettant à son tour que leur .durée est successive : ainsi chacun d'eux suppose ce que lautre met en question^ Cette espèce de cercle vicieux est un vice capital dans leurs raisonnemens^ qui d'ailleurs ne sont pas entachés de ce seul défaut.
Descartes aussi ^ en voulant démontrer l'existence de Dieu par la création proprement dite y fait une pétition de principe, en supposant ce qu'il aurait dû prouver d'abord^ que la matière a été créée, ou, ce qui revient au même, que son existence suppose une cause efficiente, et qu'elle ne peut persévérer dans l'être que par une création continuée, comme si elle n'était qu'un simple phénomène (i).
Mais qu'entend-on par une création continuée?
Est-ce une action continue du créateur sur la créature, action par laquelle il la soutiendrait , comme on dit , hors du néant? D'abord, il n'y a point de création réelle dans l'action , quelle qu'elle puisse être, d'une substance sur une autre substance qui déjà existe, et il y aurait l'infini entre un pareil acte et la création proprement dite. En second lieu , si on ne se laisse pas séduire par de vaines comparaisons dont les termes se confondent dans notre esprit , et qu'on examine la chose en elle-même , on verra qu'on ne peut se former aucune idée intelligible d'une telle action y et que ces mots, soutenir un être hors du néant, l'empê* cher de retomber, de rentrer dans le néant, n'ont véritablement aucun sens.
Une création continuée est-elle une suite de créations
(i) Voyez sur ce sa jet l'art. 1 3 de la 2ae sect. de ma préface à la métaphysique de Descartes ^lequel pourra servir de complément à ce paragraphe.
nouvelles ipn se saccèdent sans mtemiption sensible? Alors^ il en serait de la substance elle-même comme d'un phénomène qui s. quelque durée ^ 6t qui n'est en réalité qu'une suite de phénomènes distincts , ou de modifications de substance^ semblables entre elles ; mais non pas identiquement la même : ce qui est actuellement créé n'ayait jamais existé; ce qui est anéanti a disparu pour toujours : il impliquerai£ donc contradiction que ta même substance fût altematiyement créée et anéantie.
Quant à la création «Ue-même^ j'avoue que je n'en ai pas non plus la moindre idée.
Dieu; pense-t-on^ peui Êiire naître hors de lui quelque chose de rien y on y comme on dit aussi,* tirer la matière du néant j car on ne sait comment se représenter cet acte, vrai ou supposé, de la toute -puissance divine, ni comment exprimer ce qui, sans aucun doute, est incompréhensible à notre intelligence. Mais qu'est-ce qu'une puissance qui , n'opérant sur rien , produit néanmoins , et hors d'elle-même , un être dont la nature ou l'essence est entièrement différente de la sienne propre? Quoique j'entende fort bien ce que signifient ces mots , de substance modifiée T^ar une autre, c'est-à-dire par l'action qu'exerce celle-ci sur la première , je ne conçois pas mieux comment une substance pourrait être créée par une autre, que je ne conçois comment elle pourrait l'être , ou /»ar elle-même^ ou sans l'intervention d'aucune autre ; et si nous n'en jugions pas faussement par des comparaisons insignifiantes dont à notre ins^ nous confondolis les termes ., jious resterions convaincus qu'une substance créée par une autre est une chose, non seulement incompréhensible, mais tout-âfait inintelUgible.
Il suit de là, au moins de deux choses l'une, et elles peuvent être vraies toutes deux, ou que la matière est éternelle, ou que nous ne devons pas absolument et sans au-
tre raison rejeter comme impossible ce qui nous paraît inintelligible 5 et que par conséquent^ supposé que leternité de la matière ne soit ni certaine ni probable , nous pourrions du moins la regarder comme possible , même quand sa durée ne serait que successive, ce que je crois faux , et que nous n'eussions aucune idée intelligible d une éternité successive} ce qui peut être vrai, mais ce qui tient à la difficulté de comprendre Téternité elle-même, ou, plus généralement l'infini. Car il' est à remarquer , que tous les raisonnemens dans lesquels >entre l'idée de l'infini comme principe fondamental ou comme élément, entraînent, ou peuvent entraîner si on les poursuit assez loin,, dans des conséquenses quî, quoique légitimes, sont ou paraissent être contradictoires.
D après cela, supposé même que la matière n'ait qu'une durée successive} il ne serait pas démontré par cela seul que l'infinité d'une pareille durée fût incômpréb^isible , même contradictoire à notre égard, que la matière n'existe pas de toute éternité.
Dieu existant de toute éternité , s'il a eu la puissance, la faculté de créer la matière , it a pu de toute éternité exercer cette puissance. Donc, quoique cela soit incompréhensible, et en quelque sorte inintelligible, il est possible que la matière, eût-elle été créée, existe de toute éternité.
Mais nous avons reconnu, l^' qu'on ne peut pas rigoureusement démontrer que Dieu a réellement créé la matière ; 2^ que nulle création proprement dite ne s'est opéi^e sous nos yeux ; et 3^ qu'une pareille création est tout-a^fait incompréhensible. Donc il est, non seulement possible , mais très-probable que la matière existe de toute éternité, et par €dle-même, c'est-à-dire non par autrui.
Les élémens de la matière sont susceptibles de toutes sortes de mouvemens j mais en eux-mêmes ils sont immuables , ou du moins nous les concevons comme teb : con-
séquemment nous devons aussi .nous représenter leur durée comme permanente. Donc il n'est pas seulement probable^ il paraît certain que la matière existe par elle-même de toute éternité.
Voilà ce que nous devons croire relativement à la création du monde considéré dans son existence absolue, si cette création n'est ni démontrée philosophiquement ^ ni attestée par TÉcriture sainte, dans laquelle il semble en effet , qu'il n'est question que de Texistence relative de rhommeet de l'univers.
Maintenant j a-t-il eu de toute éternité deux substances co-existantes, Dieu et la matière, comme il le paraît et comme je le pense, bien que certains philosophes, je ne sais pourquoi , trouvent qu'il y aurait en cela de la contradiction : ou bien, n'y a-t-il jamais eu qu'une substance tmique, comme le voulaient Spinosa et plusieurs autres^ soit qu'on l'appelât matière ou esprit, ce qui revient au même , le nom ne faisant rien à la chose ; et les phénomènes physiques aussi bien que ceux de l'intelligence, ne sontils tous que des modifications d'une même substance, de la substance divine, de manière que Dieu, l'homme et Tunivers ne seraient au fond qu'une même chose difieremment modifiée ?
Interrogeons M. Cousin. Selon lui (i), comme selon nous, rien ne se fait de rien, le monde n'a pu sortir du néant, il n'y a rien de produit que des phénomènes, il n'y a que des causes efficientes ; d'où il me semble que nous pouvons conclure , que rien n'est créé dans son existence absolue, qu'il n'y à point eu de création de substance, point de création proprement dite. Mais, d'un autre côté, M. Cousin regarde comme absurde ou contradictoire la ' co-existence étemelle de deux substances distinctes , dont
(i) Cours d*lii8t. de la phil. 1828. 6m« leçon.
l'one ne dépendrait point de Fautre quant à son existence même. Donc il n j a qa^one sobstance. Est-ce là la conséquence de la doctrine de M. Cousin? Je le crois; mais luimême anÎTe-t-il à cette conclusion ? tant s*en faut : rien n'est sorti du néant, mais le monde nen a pas moitîs été créé. Gomment concilier des dioses aussi éyidemment contradio* toires? en confondant l'existence absolue ayec Texistence relative^ la substance^ matéridle ou spirituelle^ avec sa forme, ou sa modification, et, par suite, la création proprement dite , ou la cause créatrice , supposée capable de produire un être réel, ayec la cause ^ciente, qui ne peut produire qu'un phénomène, qu'un changement quelconque dans une substance préexistante* M. Cousin, dans ses Fraffmens philosophiques ( p. 181 ) , ayait été plus conséquent en s'exprimant ainsi : « Toutes les idées que nous pouvons nous faire de la création sont empruntées, en dernière analyse, à la conscience de notre causalité personnelle. Or, dans la causation, il y a création ou d'une détermination intérieure, ou d'un mouvement externe^ c'est-à-dire, en un mot, de quelque chose de phénoménal. Partant de là, qui peut nous permettre de concevoir légitimement la création de substance? »