‹ Essais philosophiquesChapitre 20 sur 54 · RÉCAPITULATION · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION

1. Unie substance n'est qu'trn^ collection ^ nn assemblage de propriétés diverses^ les unes essentielles^ les autres accidentelles, qui peut exister séparément et indépendamment de toute autre collection de propriétés.

G^est une erreur de croire qu'il j a dans toute substance quelque chose qui diffère entièrement de ces propriétés, dont il est, dit -oh , le sujet , le soutien, et qui , même dans les corps , ne tombe point soûls les sens ^ n'est point imoffinable.

2. Uessencé d'une chose, je veux dire d'un être réel, ou d'une substance , n'est rien que VensemUe de ses propriétés essentielles y oU de celles qui entrent nécessairement dans ridée que nous ayons de cette diose.

3* L'eâsence absolue d'une substance est la propriété es* sentielle sans laquelle elle ne pourrait ni se ôôncevclir, ni être , et qu'elle ne pourrait perdre , sans perdre aussi son existence absolue , sans être anéantie.

L'essence absolue ne diffère donc point du fond de la substance , ne diffère point de la substance considérée en elle-même et indépendamment de tout ce qu'il y a de variable en elle.

4. L'essence relative d'une chose est l'ensemble de toutes les propriétés qui la font être ce qu'elle est, ou qui constituent sa nature particulière; qui, par conséquent, sont essentielles à son égard , et qu'elle ne pourrait perdre ^ sans perdre aussi son existence relative , sans changer de nature.

5. Les propriétés qu'une chose peut perdre sans changer de nature^ ou d'essence ^ on sans cesser d'être ce qu'elle est^ ne sont qnacetdentelU^ a son égard.

6. ïj'impénétralntité constitue le fond de la substance , ou Tessence absolue , de chaque corps en particulier. Ce qui constitue son essence relative , c'est Tensemble de toutes les propriétés qui le caractérisent ^ ou le distinguent dea autres corps ^ et qui d'ailleurs supposent toutes l'impénétrabilité.

7. L^impénétrabilité seule constitue ^ et la substance^ et l'essence absolue, et l'essence relative de la matière, ou des corps en général : en perdant cette propriété , non seulement ils cesseraient d'exister comme substances maté^ rielles , mais cesseraient tout-à-fait d'exister, ou seraient anéantis.

8. Toutes lés propriétés des corps autres que l'impéné* trabilité, nesontqu'accidentellesdanslamatière en général.

9. U étendue n'est point une propriété des corps : elle n'est, comme la durée ^ qu'une condition de leur existence. Le corps est étendu et matériel, ou impénétrable; Vespace est étendu sans être matériel : ainsi ce n'est point l'étendue, mais Timpénétrabilité qui distingue le corps de l'espace.

10. Quoique les propriétés des corps soient innombrables, elles dérivent toutes, en dernière analyse, de celles de leurs élémens, ou des atomes de la matière, lesquelles se réduisent néanmoins à Fimpénétrabillté , ou l'étendue impénétrable^ modifiée par le volume et la figure. On peut y ajouter, si l'on veut , Vinertie^ qui n'est au fait qu'une pro* priété négative; la mobilité j ou la propriété d'être mu, qui n'en est qu'une suite, ou une conséquence; et l'action attractive que les molécules de la matière exercent, ou que l'on suppose qu'elles peuvent exercer les unes envers les autres, action qui n'est peut-être que V effet du choc ou de . l'impulsion de quelque fluide e^ mouvement.

11. Les corps ^ en agissant sur nos sens^ soit directement^ soit par l'intermédiaire de fluides subtils^ y produisent des impressions^ ou sensations^ qu'on attribue d'ordinaire et mal à propos à des qualités particulières y différentes de celles des atomes que nous venons de mentionner ou de celles des corps qui en dérivent; en imaginant que ces qualités ont de la ressemblance ou de la conformité avec ces sensations. Mais il ny a rien^ par exemple , dans le sucre et le sel^ qui soit conforme ou qui ressemble aux sensations que ces corps produisent sur la langue 3 de même qu'il n y a rien dans la pointe d'une aiguille qui ait de la conformité avec la douleur qu'elle nous cause en nous piquant. Il en est de même des sensations de couleur, d'odeur, de son, de chaud et de froid.

12. Quant aux idées que nous nous formons de l'impénétrabilité , du volume et de la figure des atomes , ainsi que de la solidité, de la fluidité, de la porosité, de l'élasticité^ et des autres propriétés des corps , que les sens ne nous font pas connaître directement 3 il serait assez dif&cile de décider si elles ont ou non de la conformité, ou de la ressemblance avec ces propriétés. Tout ce que nous pouvons assurer, c'est que les choses sont les unes par rapport aux autres, ce que sont entre elles les idées que nous en avons: s'il en était autrement , nous ne pourrions réaliser aucun résultat de la combinaison de nos idées.

13. Comme nous n'apercevons jamais que ce qui se passe en nous , c'est-a-dire que nos sensations et nos idées ; on demande si les causes efficientes , ou productrices de nos sensations , que nous appelons corps , existent réellement hors de nous, hors de nos sens ou de notre entendement, en un mot, s'il y a des corps matériels^ ou un monde extérieur a notre pensée. Pour résoudre cette question ^ autant qu'elle peut l'être , si vous ne vous fiez pas au témoignage de vos sens ; supposez qu'il n'existe aucun corps

dans le monde, ou, pour mieux dire, que le monde n'existe pas, que vous-même vous n'ayez point de corps, qu'il n'y ait qu'un seul être immatériel , qu'il n'y ait que vous, que votre esprit, dans l'univers, et voyez si les conséquences dans lesquelles vous serez entraîné ne seront pas évidemment absurdes, impossibles, ou tout au moins extrêmement improbables.

14. Quant a l'existence de l'ame, ou d'une substance immatérielle à laquelle on attribue la faculté de penser; bien qu'elle ne présente en elle-même aucune difficulté, elle doit être prouvée par le raisonnement , ne pouvant pas l'être par l'observation.

15. On prouve la distinction réelle de l'ame et du corps , soit par des probabilités très-nombreuses et très-fortes; soit par des démonstrations métaphysiques. Mais , à mon avis, celles-ci ne sont pas à l'abri d'objections, elles ne sont pas absolument rigoureuses , et , conséquemment ^ ne sont pas, à proprement parler, des démonstrations : on ne doit donc aussi les considérer que comme des probabilités.

16. Par exemple, de ce que nous avons la faculté de passer du repos au mouvement , ou, d'une direction a une autre, sans y être sollicités, du moins en apparence, par aucun autre corps ; et de ce que Texpérience nous apprend que la matière brute , sous la forme concrète et de masse pondérable, ne peut pas en faire autant; on en a conclu, mais on ne pouvait pas légitimement conclure, qu'il y a en nous un être immatériel qui nous sollicite et met notre corps en mouvement ou le fait changer de directioo.

17. La conscience àumoi^ le souvenir et la réminiscence des idées , et d'autres phénomènes de l'ame , supposent , dit-on, nécessairement, Y identité de la substance qui pense; et le corps n'est pas une substance identique , puisqu'il subit des changemens continuels. Mais , pour concevoir ces

fih^oinèties ^ est-il nécessaire d'admettre une identifié par*» faite* et absolue ? Si ^ par exemple , c'est aa cerveau qa'on attribue la faculté de penser y et qu'on puisse démontrer qu'il éprouve quelques changemens pendant la durée de la vie 3 ne suffirà-t-il pas que ces changemens ne soient que progressifs et insensibles ^ pour que les phénomènes dont il s'agit puissent s'accomplir?

' 18. Ces phénomènes et certaines opérations de l'âme supposent encore, dit-on, Vunitéj ou la simplicité de la sub* stance intelligente. Mais c'est ce qu'on n'a pu prouver qu'en s'appuyant sur des principes erronés. L'ame est une en ce sens, que les modifications , ou changemeiis qu'elle éprouve tombent sur sa substance tout entière, et n'ajSectent. point séparément chacune de ses parties, si elle est composée. C'est ainsi qu'en formant un cube avec une houle de cire, t>n ne modifie que la forme extérieure de ce corps ,. sans changer la figure de ses atomes. Mais la simplicité de l'ame, bien loin d'être une conséquence nécessaire de ses opéra*tions et de ses idées , semblerait au contraire inconciliable avec ses phénomènes, avec ses modifications; et la raison nous dit que ce qui est simple ne peut subir aucun changement, est nécessairement immuable.

19. Les propriétés de la substance pensante sont actives ou passives. Les premières se réduisent toutes, en dernière analyse , à l'attention ; et même cette faculté , qui n'est qu'une manière de vouloir^ est souvent excitée .par une cause extérieure, ou étrangère, et alors n'est pas libre, n'est pas active 3 c'est-à-dire que, dans ce cas, l'ame n'agit pas par elle-même. Ses propriétés passives sont de trois espèces , la sensibilité physique^ la sensibilité morale j et la sensibilité intellectuelle ^ qu'on nomme plus généralement V entendement ^ et qui comprend la conception, \e jugement ^ V imagination, la mémoire, etc.

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