TOME III
les ahmiaux totra toutes les créatures', et IliomiEie èiitrè tous les animaux ? et comment le saura-t^on ^ ai l'on ne considère pas le sentiment dans ses dausés ?
Je réponds que le mot cau$e n'a pas été prononcé, ainsi l'objection ne porte sur rien.
Objection. N'avez- vous pas parlé à* origine^ de principe^ ^e raison? et, origine, principe j rhison ou cause ^ n'est-ce pas la même chose? ne peut-^on pas dire indifféremment que Dieu est le principe on la cause de toutes les existences? que rélévatioii de3 eaux de la mer a sa raison dans le pas-» sage de la lune au méridien, ou que la préseùce dd la luile au méridien est la cause qui élève les eaux de la mer ? et, pour exprimer que toutes les idées ont leur origine dans Jes sensations ^ ne dit-on pas que les sensations sont les causes productrices des idées? Vous n'aves pas prononcé le mot cause. Qu'importe ^i vou^ av)e& raisonné sut- sbn idée?
Réponse. D'abord, pour répondre à là dernière chose que nous venons d'eàtendre^ que signifie ce langage : les sensations sont le& causes productrices des idéeë? les seti^ cations, causes des idées? les matériaux des idées, causée des idées! le marbre dont on fait une itatue, tûusè de la Vénus ou de rApoUon ! {h)
Origine et cause sont donc deux idées différentes.
Il est vrai que les mots principe et raison peuvent quelquefois se substituer au mot cause ^ comme dans les deux premiers exemples qu'on vieht d'alléguer. Mais qu'êst*-ce que cela prouve ? que ces deux mots ont chacun deux ac^ ceptions, celle qui leur est propk-e> et celle de taûse. Or, c'est dans Tacception qui leur est propre iqile je les ai employés.
J'ai donc été fondé à dire que je li'avais |loint parlé de causer et je n'en ai pas plus montré l'idée que le mot*
Principe et cause sOnt deu!x idées rdetivesj principe, à conséquence \ et cause > à effet
Qa'cm cherche tant qu'on Tcmdra les causes de la sensî* bilité : qu'on croie les avoir aperçues dans rébranlement des nerfs y bu dans le choc des esprits animaux^ ou dans rirritabilité de la fibre , ou dans le fluide électrique , etc. , ces opinions ne manquerons pas de partisans ; elles seront célébrées comme des interprétations de la nature, jusqu'à ce qu'elles aient fait place à de nduyelles opinions , qui seront aussi des interprétations de la nature , en attendant toujours de nouvelles interprétations.
Que, malgré tant de recherches inutiles, on ne désespère pas néanmoins de trouver la cause^ de la sensibilité (t ) et du sentiment 5 cela peut se concevoir ; car enfin cette cause existe : mais qu'on ii'en cherche pas le principe ^ car il n'existe pas. Il 7 a certainement hors de nous quelque chose qui nous fait sentir ; mais en nous , mais pour nous , il n'y a rien , il ne peut y avoir rien d'antérieur au sentiment.
Vous ne direz pas que je porte la distinction des idées jusqu a la subtilité : vous ne me blâmerez pas quand je cherche à mettre quelque précision dans mon langage; vous m'approuverez au contraire, j'en suis sûr, quand vous saurez que la philosophie s'est précipitée dans un abîme d'extravagances , pour avoir confondu le principe avec la cause, ou la cause avec le principe j alors qu'il fallait distinguer et séparer ces deux choses; ou, pour avoir confondu la rai^ son avec le principe , avec V origine ^ alors que la raison était la causé elle-même.
C'est pour n'avoir vu dans la raison de l'univers qu'un principe j au lieu d'y voir une cause ^ que l'école d'Alexandrie rejeta l'idée de la création, et qu'elle s'égara parmi une multitude infinie d'émanations et de transformations.
L'ame du inonde se transformait en génies, en démons y en ions. Les émanations successives descendaient y par une suite de dégradations^ depuis l'intelligence infinie jusqu'à l'intelligence la plus bornée : elles communiquaient les unes avec les autres : elles s'illuminaient : que dis- je? elles s'illuminent^ et cette folie d'illuminations dure encore :
Ce n'est pas tout. Si dans la cause vous ne voyez qu'un principe, soyez conséquens^ et dites : non seulement les intelligences finies sont des émanations de l'intelligence suprême} la matière elle-même sort du sein de la divinité : Dieu est tout 3 tout est Dieuj et il n'y a qu'une substance (^).
Tels sont les déplorables abus où nous entraînent les vices du langage. Jugez combien il importe de se faire des idées exactes^ et d'apprécier la valeur des mots.