HOTES
{dj pag. 222.) Si ^ pour chacune de nos sensations^ pour cbacune de nosâdées sensibles , pour chacune de nos Tolitions en tant que celles*ci produisent les mouvemens du corps ^ il y a un mouvement dans le cerveau y comme cela paraît vraisemblable ^ sans être pourtant démontré en rigueur } s'il j a dans le cerveau autant de mouvemens divers et distincts^ qu'il y a d'actions ou de modifications de cette espèce dans Tame : oa pourrait demander si ce ne sont pas ces mouvemens du cerveau qui constituent eux-mêmes ces modifications de l'ame? D'où il résulterait que toutes nos volitions et toutes nos idées , de quelque nature qu'elles soient^ ne seraient que des mouvemens^ ou des modifications du cerveau ; car il n'y a point entre elles des diflférences assez considérables^ pour qu'on pût attribuer les unes au cerveau , et les autres a une substance tout-à-fait immatérielle ; d'autant plus qu'elles dérivent les unes des autres : et il s'ensuivrait encore que le cerveau lui-même constituerait la substance de l'ame. C'est la doctrine de M. Broussais : mais encore une fois^ ces mouvemens du cerveau ne sont pas rigoureusement démontrés^ et en tous cas^ la doctrine de M. Broussais parait inadmissible.
(6j pag. 223.) Sous le nom de sensibilité^ on pourrait comprendre^ comme semble le faire ici M. Laromiguière ^ et comme je l'ai fait moi-même^ toutes les propriétés passives de l'ame. Alors il faudrait concevoir trois espèces de sensibilités pour le moins : 1^ la sensibilité physique^ propriété en vertu de laquelle l'ame a des sensations, ou reçoit
les impressions des objets extérieurs : 2^ la sensibilité morale^ par laquelle elle éprouve certains sentimens^ comme^ par exemple^ le sentiment agréable , ou de plaisir^ qu'on ressent à la vue ou au récit d^une action vertueuse ou héroïque; ou le sentiment d'indignation^ le sentiment pénible que fait naitre en nous une action souverainement injuste : 3^ enfin ^ la sensibilité intellectuelle, qui est la cause conditionnelle de toutes nos idées. Elle se soudivise, aussi bien que la sensibi^té physique et la sensibilité morale, en plusieurs sens,. pju manières de sentir, ou propriétés; et ces propriétés intellectuelles, sont, par exemple, la conception, le jugement, la mémoire, l'imagination.
M. Laromiguière, qui ue donne dans ce traité que le tableau des propriétés actives de l'ame, ou de ses facultés, ne présente donc l'ame que sous une de ses faces.
(c, pag. 224. ) Ne serait-il pas plus simple de considérer Famé, ou le cerveau, comme une substance d'une nature particulière qui n'est ni purement matérielle ni purement spirituelle ; ou comme une substance mixte , résultant de Funion de l'esprit et de la matière? On ne conçoit guère cette union , il est vrai ; mais conçoit-on mieux Faction réciproque de deux substances dont Fune serait purement matérielle et mobile, l'autre purement spirituelle et non susceptible de résistance et de mouvement? Il paraît d'ailleurs ( c'est l'opinion de M. Laromiguière) que Famé, ou la partie spirituelle de Famé , ne peut sentir (et Fon pourrait en inférer qu'elle ne peut penser), que par son union avec le corps. Or, en admettant la nécessité de cette union dans les opérations de l'entendement ou dans l'exercice de la sensibilité, ne doit-on pas admettre aussi que Famé est répandue dans tout le cerveau, et que, par conséquent, le cerveau est une substance mixte, étendue, mobile, impénétrable et intelligente?
C'est ainsi qu'en effet plusieurs philosophes tachent de
se reprisenfxT rùnicm du corps et de rame ^ sans songer qu'une substance spirituelle n'est point une chose ithaffi^ naUe, quoique parfaitement intelligible. De la vient qu'ils trouvent de la contradiction ^ soit dans l'union , soit dans l'action réciproque de ces deux 'Substances^ qui agiraient l'une sur l'autre au contact sans cependant pouvoir se tou* dier^ et dtmt le mélange, tel qu'ils se le représentent par l'ima^nation, formerait en eOèt une substance mixte divisible et indivisible.
Mais il est une autre manière de concevoir cette influence et cette union. Peut-être n est-elle pas aussi simple, et, certainement , n'est pas non plus sans difficulté ; mais elle ne présente du moins rien de contradictoire. Pour me faire mieux comprendre, j'aurai recours à une comparaison. Par Hi, je le sais bien, je n'expliquerai point une chose qui de sa nature est inexplicable; mais je fixerai les idées du lecteur, ce que ne fait point M. Laromîguière.
Figurons-nous d'abord une sphère matérielle en mouvement ; le centre mathématique de ce corps n'étant rien de réel , il est évident qu'il ne sera par lui-même susceptible d'aucun mouvement réel , et cependant il parait clair qu'il changera de lieu comme la sphère, et se mouvra ou s'arrêtera avec elle : et il n'est pas moins évident qu'il sera dans un lieu déterminé, sans néanmoins avoir aucune étendue, sans occuper le moindre espace. Maintenant, plaçons dans ce centre un être doué de sensibilité et dlntelligence : cet être, quel qu'il soit, se trouvera, de toute manière, dans un lieu déterminé, et se mouvra avec la sphère; mais il est certain , d'après l'observation qui précède , que de là, il ne résultera pas nécessairement que cet être est étendu , et qu'il a la propriété de se mouvoir ou d'être mu, à la manière d'un corps matériel ; et comme les opérations et les facultés intellectuelles ne sont pas non plus nécessairement liées dans notre esprit aux idées d étendue et de
mouvement^ encore moins a celle d^impénétrabilité ; nous poorrons admettre^ sans contradiction^ que cet être n'est en efiët ni étendu^ ni mobile^ ni^ à plus forte raison^ matériel et divisible. Enfin ^ de même qu'il existe une action attractive réciproque^ à distance^ entre toutes les molécules de la matière^ soit en mouvement^ soit en repos (du moins est-ce là une opinion assez généralement reçue) ; il pourrait exister aussi une action^ une influence réciproque quelconque entre rintelligence pure que nous considérons^ et toutes les molécules du corps qui l'enveloppe^ sans qu'il y eût en cela rien de contradictoire ou d'absurde. D'après quoi^ Ton concevra assez bien y que cet être intelligent n'aura pas besoin d'être matériel et divisible y ni même étendu et mobile, pour agir sur chacune des parties du corps qui lui appartient; pour y être, non par lui-même, mais par Texercice de sa puissance, répandu dans toute sa masse, et exister ainsi tout entier dans chacune de ses parties.
((/^ pag. 224.) Les mots action et mouvement sont, Tun comme l'autre, empruntés de la matière, et peuvent également s'appliquer à l'ame par comparaison. Supposez une substance matérielle douée de deux propriétés , l'une active , l'autre passive; qu'en vertu de la première, désignée sous le nom d'activité^ elle ait la faculté d'agir ou de se mouvoir par elle-même; qu'en vertu de la seconde, à laquelle nous donnerons le nom de mobilité , elle ait la propriété de se mouvoir par l'influence d'une cause extérieure, propriété dont jouissent en eflet tous les corps. Or Vactivité de lame, c'est la volonté libre; la mobilité de l'ame, c'est la sensibilité, physique, intellectuelle et morale. L'action de l'ame, qui résulte de son activité, c'est la volition, c'est un acte volontaire quelconque, tel que l'attention ou la réflexion ; et le mouvement de l'ame , qui résulte de sa mobilité, c'est la sensation, l'idée, le sentiment.
Nous ferons observer, pour mieux faire sentir la difië-
rence qui se trouve entre V activité et la mobilité de l'âme y qu'un sentiment yif ^ une idée inattendue^ un mouvement communiqué à Tame par une cause quelconque autre que sa propre volonté ^ est presque toujours suivi de quelque mouvement du corps > et qu'en général^ les âmes mobiles^ celles chez lesquelles les idées se forment et se reproduisent avec beaucoup de facilité ^ sans réflexion et comme malgré elles y sont ordinairement logées dans dès corps très-mobiles eux-mêmes. Tandis qu'au contraire y le repos du corps accompagne presque toujours V action de l'ame^ à moins que cette action n'ait elle-même pour but de mouvoir le corps; et en général^ les âmes peu mobiles^ mais actives^ c'est-à-dire^ portées naturellement à la réflexion^ à la méditation^ appartiennent a des corps plus ou moins paresseux.
S'il parait y avoir des exceptions à cette règle y c'est qu'il y a des âmes tout à la fois très-mobiles et très-actives^ d'autres presqu'entièrement dépourvues et de mobilité et d'activité^ et que la plupart jouissent de ces deux qualités en diverses proportions.
(e^ pag. 224.) On pourrait soutenir peut-être^ que ce n'est jamais qu'à la suite d'une action du cerveau^ ou àe tout autre organe^ soit intérieur^ soit extérieur^ que l'ame agit ou réagit y soit sur le cerveau y soit sur les autres organes : qu'ainsi l'action de Famé n'est qu'un mouvement communiqué , et que y quand l'action ou le mouvement se dirige du dedans au dehors y ce mouvement vient de plus loin. D'où il résulterait que Vàctivité ne serait au fond que la moiniitéy que la sensibilité même.
Loin d'adopter avec confiance cette manière de voir^ je veux tâcher d'établir, au contraire, une opinion diamétralement opposée , savoir, que l'ame ne peut sentir qu'autant qu'elle agit , et que l'action , ou l'acte de la volonté précède tout sentiment et toute idée.
Noas ignorons absolumait qtielle esfièce de modification l'activité de l'ame peut faire sabir aux organe9 des sens et aux iier&9 pour les rendre propres à recevoir^ et à transmettre jusqu'au cerveau^ les impressions des objets extérieurs. Mais il me parait indubitable ^ (|ue cette activité est continuellement en jeu, tant que nous sommes éveillés ; sans cela^ me semble^^t-il, nos sens seraient comme paraly* ses; nous ne pourrions ni rien entendre , ni rien voir^ méoie confusément.
Lorsque nous voulons bien voir un objet ^ nous dirigeons nos yeux vers lui} nous le considérons, nous te re« gardons aUentivement ^ et Tactivité de Tame se porte ^ sinon exclusivement, du moins plus spécialement, sur lé se^$ et l'organe de la vue, que sur les autres organes, qui, par la^ deviennent mpins capables de sentir. (Je n'emploie ici ce mot que par extension.) Mais dans les circonstances ordinaires y et même lorsque nous portons ailleurs notre atten* tion ; en jetant les yeux alternativement sur tous les objets qui se présentent devant nous , et sans en regarder aucun avec attention , nous ne laissons pourtant pas que de les regarder tous , très -faiblement à la vérité, soit succe^sivemient , soit simultanément ; et Tame , dans cette circonstance, accordé encore à la vue une portion Je son activité; à moins cependant , ce qui n'a peut-être jamais lieu à U rigueur, que cette activité né se concentre sur un autre ]>oint et ne s'y porte tout entière. Alors , il est très-vraisemblable que nous ne voyons pas , tout en ayant les yeux ouverts, et que les impressions qu'ils reçoivent restent sans effet, et ne parviennent pas jusqu'au cerveau.
Voulez-vous une image sensible de cette action réciproque de l'ame et des organes des sens? imaginez une qorde d'instrument attachée par une de ses extrémités à un point fixé , et supposez que, tirant cette corde avec la main par son extrémité libre, on la fasse vibrer au moyen d'un
arcbet«. A rinstant cette main éprouvera une sensation^ qui sera d'autant plus vive, le frottement de Tardiet restant le même y que la cprde sera phis tendue^ c'est-à-dire ^ que la main elle-même agira plus fortement sur elle. Mais^ qu'elle cesse d'agir pour tendre la corde ^ le frottement de l'archet ne produira plus de vibration apréciable^ et conaéquemment plus de sensation. La sensation est donc ici subordonnée à raçtion.
Toutefois il faut obserrer, premièremeqt , que quand raction.d'un objet extérieur sur nos sens est très-intense^ par exemple^ quand un son aigu nous touche l'oreille , qu'une lumière éclatante frappe nos yeux , notre an^e parait affectée contre son gré 3 en sorte que si , dans ce cas , l'on suppose qu'elle n'éprouve une sensation que parce qu'elle agissait d'une manière quelconque , soit sur ellemême^ soit sur le cerveau, soit sur les ok*ganes des sens, il parait certain du moins qu'elle agissait à son insu et nécessah'ement. En second lieu ^ bien qu'il soit très-vrai que l'ame ne peut être afTectéç d'une manière sensible par une impression faible que sous la condition d'y porter son attention, d y concentrer sa sensibilité^ et par conséquent d'exercer une action quelconque 1 soit sur elle-même^ soit sur le cerveau j on ne voit pas comment elle pourra donner une attention particulière ouexclusiTea Timpression reçu^, si cette impression n'est pas d'abord sentie, si elle ne commence pas par l'affecter d'une manière quelconque? En efiet, pourquoi l'ame agirait-elle , si elle n'y était pas dé^^* teitninée^ soit par cette impression , soit par quelques idées prëékistantes que cette impression réveille? Or, si l'attention, ou plus généralement 9 si l'action de l'ame est déterminée par quelque choses si elle a une cause, elle est nécessaire ; elle n'est pas libre ; elle n'est pas une action proprement dite, existant par elle-même j elle n'est qu'une action transmise.
Il n'est donc pas aussi facile qu'on le croirait au premier coup d'œil ^ de décider si l'ame est réellement active , ou si elle n'est que mobile; si^ lorsqu'une action est du dedans au dehors , elle en est le point de départ ^ ou si elle ne fait que la transmettre; en un mot^ si elle agit^ ou si elle ne fait que réagir.
(/^ P^S* 225. ) Le sentiment est un phénomène qui se passe actuellement dans l'ame ; c'est un effet : comme teljl doit ayoir une cau^e ; mais il ne peut avoir di origine. En cela le sentiment ne diffère point de tout autre eflet. Il en est de même de la sensation et die l'idée.
{9> P^S- 225.) Il y a lieu de croire que M. Laromiguière emploie indifféremment ici^ comme il le fait ailleurs^ les mots sentiment et sensibilité ; et qu'il a voulu dire que la sensibilité ne dérive d'aucune autre propriété connue. Mais comment M. Laromiguière ^ qui un peu plus loin fait une distinction si juste entre la cause et l'^rt^m^^ confond-il^ au moins dans les termes ^ le phénomène^ qui dépend toujours d'une cause ^ avec la propriété^ qui seule peut avoir tme origine?
( A^ pag. 226.) Il n'est sans doute pas permis de dire que les matériaux des idées sont les causes des idées. Mais^ d'abord, les idées , qui ne sont que des phénomènes, ont-elles des matériaux ; et puis les sentimens , comme le prétend M. Laromiguière, sont-ils ces matériaux? a-t-il prouvé, ou prouvera-t-il ultérieurement une pareille assertion? fera-t41 voir que d'un même sentiment on peut tirer des idées toutes différentes, comme d'un même bloc de marbre on peut faire naître une Vénus ou un reptile? Parviendrat-il à démontrer du moins qu'une idée n'est qu'une modification du sentiment, ou de la sensation qui l'a précédée, et nous dira-t-il en quoi consiste cette modification? C'est ce que nous verrons un peu plus tard. £n attendant, je ferai observer que les idées sont des effets , aussi bien que
les sentimens ; d'après quoi je m'écrierai à mon tour : des efiets matériaux d'autres effets! les vibrations d'un corps sonore matériaux du son! Je ne comprends pas cela.
(t^ pag. 227.) On ne trouvera pas plus la cause de là sensibilité^ que V origine ou le principe du sentiment.
(A-^ pag. 228. ) Prtnctjp^ et cau^e sont, dites-vous, deux idées relatives; principe, à conséquence, et cause, à effet. Si donc vous ne voyez qu'une cause dans la raison de l'univers, soyez conséquent, et dites que l'univers n'est qu'un phénomène.
L'univers est certainement quelque chose de plus : car, point de phénomène, point d'efïèt, sans propriété; et point de ' propriété , sans substancfe. Il y a donc trois choses à considérer dans l'univers : des substances, des propriétés et des effets.
Les substances n'ont point d'origine, point de principe; elles ne sont point des émanations ou des transformations d'un être préexistant, c'est-à-dire de Dieu; elles ne peuvent qu'avoir été créées ou exister de toute éternité, et dans ce dernier cas, elles n'auraient ni cause, ni ori^^gine, et trouveraient en elles-mêmes la raison de leur existence.
Les propriétés, à l'exception de celles qui constituent elles-mêmes les substances , et qu'on nomme propriétés essentielles , dérivent de celles-ci et les unes des autres : elles ont ainsi un principe, une origine. Elles sont les conditions indispensables des transformations que les substances peuvent subir.
Enfin, ce qu'on appelle phénomènes , ne sont autre chose que ces modifications elles-mêmes ; et on les nomme efïèts, en tant qu'on les considère comme ayant une cause productrice ou efficiente.
Aussi peut-on distinguer ti'ois espèces de causes au lieu d'une, sans parler des causes finales, savoir : cause créa- TOME iix. 18
^ce^ causes conditionnelles > et causes eflScientes ^ ou productrices.
Or y bien qu'il n'y ait pas moins que l'infini entre une cause créatrice et une cause efficiente^ ou , si 1 on veut ^ entre la création , la réalisation d'une substance qui n'existait pas y et la production d'un effet, c'est-à-dire, d^un simple changement dans une matière préexistante : c'est , (d'une part p en confondant les idées de ces choses , et d'une 9utre^ en considérant l'univers^ quant au £6od de sa substance^ comme un efiet^ comme un simple phénomène ^ qui suppose nécessairement une cause productrice ou efficiente^ que l'on croit démontrer que l'univers a été créé.
Quoi qu'il en soit.^ ou le monde a toujours existé^ et toujours existé tel qu'il est (sauf les* modifications insensibles qu'il éprouve à chaque instant , et dont nons faisons abstraction) ^ auquel cas , il n'aurait ni principe^ s^i cause^ dans quelque sens qu'on prenne ce mat.
Ou, existimt de toute éternité, il se trouvait pi^imitive* ment à l'état de chaos ou de matière informe ; et alors on peut dire, qu'il aurait son prini^ipe dans cette^nm^ière première.; et que le changement auquel il devrait son état actuel aurait eu deux, et même trois causes, savoir^ une cause •conditionnelle, dans, les propriétés .de cette matière première, propriétés en Vertu desquelles elle se serait prêtée à ce changement; une cause efficiente ou productrice, dans une action quelconque de Dieu sur cette matière informe ; et enfin une cause finale , dans la fin ou le but que Dieu se serait proposé en débrouillant le chaps , en arraur géant la matière : et c'est dans cette dernière cause qu'il faudrait placer la raison de l'iinivers.
Ou bien enfin , le monde^ quant au fond même de m substance , a été créé , ou , comme on dit , tiré du néant , ce^^ui n'est ni démontré, zii vraisemblable^ et dans ce cas, il n'aurait ni principe ^ ni cause efficiente j ni cause condi-
tiomelle , qui seules se rapportent y on sont relatives à phénomènes/ ou effets; il n'aurait qu\ine cause erëafnce, et une cause finale^ qui serait encore id ta raison de son existence. Mais ce ne sont .pas là des causes proprement dites et dans le sens que M. Laromiguière lui-même attache à ce mot : par conséquent^ si l'univers avait été créé^' comme il le suppose^ il n'aurait ^ à proprement parler ^ ni principe ni cause.
((j pag. 229.) Sous le nom d'entendement^ Descartes comprend toutes les propriétés intellectuelles^ mais passives de l'amCj telles que la conception^ le jugement^ la mémoire; et c'est ce que nous avons nommé sensibilité intellectuelte. Il donne le nom commun de volonté aux propriétés actives, ou facultés de l'esprit, qui en eflet ne^ sont toutes que différentes manières de vouloir, ou d'agir. Il a donc raison de distinguer, comme il le fait^ l'entende-: ment de la volonté.
M. Laromiguière, comme on le verra dans un instant, fait la même distinction : et cependant on voit ici, que l'entendement, selon liii, comprend toutes nos facultés, en propriétés intellectuelles maïs actives, facultés que supposent les opérations , les actes Kbres ou volontaires de l'esprit. Aussi cette distinction entre ce qu'il appelle entendement ^ et ce qu'il lui platt de nommer exclusivement w-' lontéj parait* elle chimérique : du moins n'est -elle pasessentielle, comme iji semble le reconnaître lui-même,
(m y pag. 230.) Toutes choses égales d'ailleurs, la sen-< sation , si j^e pois m'exprimer ainsi , est proportionnée dan t sa force, h la volonté,' à l'action, au travail de l'esprit. Mais deux individus ent, par supposition , reçu un nombre égal de sensations, et la faculté de penser ou d'agir est la même dans l'un et dans l'autre ; cependant , l'un est un sot, on passe pour tel, quoique ses fecuhés soient toujours e» exercice; et l'autre est un homme de beaucoup d'es-
prit y chez qui les idées Tiennent en foule ^ quoiqu'il ne faisse presque aucun eSbrt pour cela. A quoi tient cette difi^rence? IS 'est-ce pas à la sensibilité intellectuelle^ ou plus généralement à la mobilité de 1-ame? On aurait tort sans doute de prétendre , que les hommes ne diffèrent entre eux que par la sensibilité^ surtout par la sensibilité physique : mais different^ils uniquement par l'activité ^ par le degré d'attention dont ils sont capables ? Me trotnpei'ais^je en avançant que lame des crétins manque, non seuleoient d'activité y mais encore de mobilité , et principalen&ent de sensibilité intellectuelle , tandis que Fesprit dç certains hommes atteints de folie ont trop de mobilité y sans avoir plus d'activité ? serais -je enfin bien éloigné de la vérité , si je disais, que le succès dans les sciences tient .^rtout à l'activité ^e ïamey tandis, que de sa mobilité dépend plus particulièrement le succès dans les besiux-arts ?
(n^ pag. 233.) Elle n'en a même qu'une., c'est V activité, c'est l'attention, ou pour mieux. dire, rii0e9i^^i;t7é. L'attention, la comparaison , le raisonneipent , sont , ai Ton Veut^ trois manières d'agir, ou de mettre l'activité en jeu : mais ces trois manières d'agir, ces trois opérations de l'esprit, ne. différent pas assez entre elles;, pom*:constitu0r oia pour supposer trois facultés dis^nctes. S'il est vrai^ comime lé dit M. Laromiguière, que la comparaison ne soit qu'une att^ention double , une attention portée sur deux idées a la fois , et le raisonnement une attention portée sur deux propositions qui en renferment ifqplicitement une troisième qu'on nomme conséquence ; quelle difierence y a-t-ilen eâfet entre l'attention propremient dite , et la comparaison ou le raisonnement? Aurai|-on bonne grâce de soutenir que nous avons deux Êicultés distinctes , l'uiie de regarder un objet 9 l'autre d'en regarder deux? Pour comparer et raisonner, il ne suffit pas, du reste, d'être attentif} il faut saisir les rapports qui existent entre le$ idées qui fixent
notre attention ; il faut tirer les conséquences que renferment les propositions que Ton considère ^ il faut apercevoir ces conséquences comme ces rapports ^ il faut juger. Mais le jugement en lui-^méme est une propriété toute passive, et si Ton ne considère que ce qu'il y a d'actif soit dans la comparaison et le raisonnement, soit dans l'action de réfléchir, dans celle d'imaginer, dans celle de rappeler des idée^ acquises, soit enfin dans toute autre opération de Tesprit, ou manière de penser, s'il j en a d'autres; on verra que cela se réduit toujours!, en dernière analyse, à l'attention.
(Oj pag. 233.) La mémoire n'est, je crois, rien de tout cela. Parmi tant de définitions diverses , s'il y en avait une bonne, elle frapperait sans doute par sa clarté, et tout le monde s'entendrait pour l'adopter, en rejetant toutes les autres.
La mémoire n'est , selon moi , qu'une modification de la sensibilité intellectuelle , ou de l'entendement , en prenant ce mot dans le sens passif que lui donne Descartes : c'est une propriété de l'ame en vertu de laquelle les idées acquises peuvent se reproduire.
Ainsi la mémoire n'est point une disposition au rappel des sensations.
Elle est peut «être quelque chose de plus qu'une simple disposition au rappel des idées. Toutefois cette définition est la meilleure de toutes.
La mémoire est un produit de l'attention , ou plus généralement de l'action de l'ame , mais en ce sens , qu'elle n'est que la sensibilité intellectuelle modifiée et mise eh jeUj ou ecccttéé par cette action .
Elle n'est point un effet : par conséquent , elle ne peut être une sensation continuée mais affaiblie, une sensation renouvelée, un phénomène.
Elle n'est effectivement ni cause ni faculté; mais elle n'a pas non plus decau^^; elle n'a qu'un principe, une origine y
qui est U sensiliillté même^ dont elle estuneanodificatioo.
£11^ n'est point ce ijui reste </'un^ sensation } d'autant que d'une sensation^ il ne reste rien.
Elle n'est point ce qui reste après une sensation j car^ après une sensation^ il ne pourrait tout aa plus raster qu'une idée^ et la mémoire n'est point uoe idée. £Ue n'est pas surtout^ et uniquement une idée scfnsifale ^ c'est-à-dire l'idée d'une sensation. Elle n'est pas non plus un souvenir^ qui n'est qu'une idéerenouTelée^ et qui lui-même suppose la mémoire^ mais ne la constitue pas; et il n'est pas plus permis de confondre la méniovn avec le souvenir^ que la ^sensibilité arec la sensation.
{p, pag. 233;) Le jugement^ qui est la propriété passive de l'ame par laquelle nous apercevons les rapports qui se trouvent entre les idées ^ entre les choses, se prend aussi ^ tantôt pour la perception d'un rapport^ tan tôt pour le rapport perçu ^ ou pour la proposition qui exprime ce rapport , et quelqueJÊbis pour la comparaison^ qui semble être> du moins dans beaucoup de cas, uijie condition de cette perception de rapport. C'est dans ce sens qu'on dit : Jugez^ pour dire : comparez : comme on dit aussi : vojfezj pour regardez.
(?> P^' 2^)* Lorsqu'un objet s'offre à nos yeux, son image ^e peint sur la réi^ine^ et va produire ensuite une sensation dans Tame, puis ce que nous appelons une idée^ Ovy quoique celle-ci ne soit réellement pas une image, comme semble l'indiquer la synonymie de ces deux termes , on a nommé ainsi, par extension , non seulement les idées sensibles qui ont* leur première cause dans l'organe et le sens de la vue^ c'est^à-dire dans les impressions faites sur cet organe 3 mais encore toutes autres idées , soit sensibles, soit purement intellectuelles. Il serait donc naturel de faire 3ignifier au mot imaginatianj qui dérive de celui dUmagej ou de son synonyme idéej la propriété en vertu de laquelle
Came aequi&rt des idées; quelles que soient d^aiHears la nature des idées et la manière dont elles se forment 3 sauf à distinguer plusieurs espèces d'imaginations.
Quoi qu'il en soit, Timagination , dans quelque sens qu'on prenne ce- mot, est une propriété toute passive ^ très -différente de la réflexion , qui seule est une faculté, et qui a^est que l'attention en tant qu'elle se réfléchit d'une idée sur une autre. Il est certain, à moins qu'on' ne soutienne que lliomrmé peut réfléchir sans le vouloir, même contre sa volonté, et a son insu , que la réflexion , si on la suppose libre, ou du moins volontaire, et Fimagmation ^ qui évidemment est indépendante de notre volonté, et nous domine comme nos passions, sont deux propriétés non seulement distinctes , mais opposées entre elles ; tant parée que l'une est active et l'autre passive, que parce que la quantité ou l'intensité de l'une est ordinairement en raison inverse de celle de l'autre; de manière qu'elles ne sont presque jamais réunies en quantité égale dans un même individu qu'à un médiocre degré : et en efiét, il n'y a que des hommes de génie, et encore d'un certain génie, chefsd'œuvre et dernier effort de la création a notre égard , qui unissent à une brillante et forte imagination, une réflexion profonde, ou pour mieux dire ^ une réflexihilité capable de dominer, ou de contre-balancer cette puissance, qui subjuguerait tous les autres hommes s'ils la possédaient au même degré.
(r, pag. 237). Il me parait résulter de ce passage, qui est, pour moi, un peu obscur, que le désir est, selon M. Laromiguière , une action de l'ame nécessairement déterminée par des causes extérieures, ou la faculté en verta de laquelle elle exerce cette action.
J'ai quelque peine à considérer le désir comme une action , comme une opération de Tame, ou, pour parler lé langage de l'auteur, comme une faculté. D'ailleurs, com-
ment la direeti&n des facultés de l'ame rers un objet, peutelle constituer une /âcu/té? .
J'ai toujours pensé que Je désir pouvait bien influencer ou déterminer la volonté j mais je ne croyais pas que celleci ji'était que le désir dans son principe, et que le désir ^iait une faculté de Tesprit.
. Voici peut-être comme je Taurais défini y avant de lire Touvrage de M. Laromiguière.
. Le désir est un mouvement de l'ame, un sentiment excité par Tattention que nous portons sur un objet ou sur l'idée d'un objet propre a satisfaire un besoin, à flatter quelqu'un de nos goûts }. et ce sentiment n'est, peut-être^ que le besoin lui-même, mieux senti, mieux déterminé par la |k^sence de l'objet qui peut le satisfaire, par l'attention que nous y portons, et la comparaison que nous faisons, comme à notre insu , de sa privation , avec le souvenir ou l'idée de sa jouissance, qui en rend la privation plus douloureuse , et le besoin ou le désir plus vif.
. Envisageant les choses sous un autre point de vue , j'au* rais bien pu dire aussi que le désir n'est dans son principe que V attention même ^ en tant que nous la portons involontairement sur un besoin, sur l'objet qui peut le satisfaire, sur la privation de cet objet, etc.; mais la circonstance dans laquelle on considère ici l'attention ne modifiant pas pour cela cette action ou cette faculté de l'ame, je n'en aurais pas fait une faculté à part; d'autant plus qu'elle parait ici nécessairement excitée et non libre ; mais surtout, je n'y animais pas compris le raisonnement, qui cherclie tous les moyens de nous assurer l'objet que nous désirons ; parce que ces tentatives de l'esprit, outre qu'elles ne sont pas le raisonnement, me semblent indépendantes du désir même. Cherche-t^on toujours d'ailleurs les moyens d'obtenir ce que l'on désire? N'arrive-t-il pas quelquefois, au contraire, que l'on combat ce sentimient, et que l'on dé-
toarne yolontairement don attention de l'objet qui Tayait d'abord excité?
De toute manière, l'attention, mais une attention forcée, plus passive que libre, se trouve toujours mêlée au dégir, si elle n'en fait pas partie intégrante, si elle ne le constitue pas. De là vient que le désir parait être comme un terme moyen entre le sentiment et la volition 3 qu'il semble tenir de l'un et de l'autre, ou pouvoir conduire de l'un à Tautre. Mais de là il résulterait, peut-être, que l'ame, bien qu'elle soit ou se croie, tantôt active, tantôt passive, n'est jamais que sentante; et que V activité iie diffère de la sensibilité j que par la circonstance dans laquelle cette dernière s'exerce. Telle n'est sans doute pas l'opinion de M. .Laix>miguière; mais on pourrait demander si l'ensemble de son système n y conduit pas.
(sj pag. 238.) Choisir j c'est se déterminer en faveur d'une chose qu'on désire plus vivement, ou qui plaît seulement plus qu'une autre, avec laquelle on l'a comparée. Lorsque Tamése détermine, elle peut bien continuer d'être attentive , et de vouloir, de désirer ce qu'elle désirait, ce qu'elle voulait avant ou pendant la comparaison : mais elle cesse de comparer, et c'est en cela, je pense, que consiste la détermination. Se déterminer, c'est donc cesser d'agir, du moins d'une certaine façon. Comment donc la détermination considérée dans cette circonstance peut-elle être une action , et surtout une faculté , une puissance de l'ame ?
La préférence résulte de la comparaison que nous avons faite entre deux choses que nous désirons ou qui nous affectent agréablement. Comment le résultat d'une comparaison peut-il constituer une faculté particulière? je ne puis voir dans la préférence , qu'un jugement résultant d'une comparaison entre deux ou plusieurs objets propres à satisfaire nos besoins, nos goûts, nos fantaisies. Préférer une
chose à ndé autre , c*est juger qu'elle est meilleure^ plus agréable ; qu'elle nous sera plus agréable > plus avantageuse : c'est percevoir un rapport y c'est sentir une diflërence dans la manière dont, ces choses nous affectent.
J'ai hasardé quelques idées sur le d4sir et la préférence. Je termine en confessant mon ignorance et mon embarras. Je suiS) à la vérité y et je le dis aveu franchisé^ peu satisfait de ce qu^a dit M. Laromiguièresur ces deux facultés ; mais je n'attache aucun prix à ce que j'en ai dit moi-même^ et mon opinion a cet égard est loin d'être fixée.
(^> P^g* 240;') La délibération est une suite de compasraisons et de raisonnemens^ . dont l'objet est de prendre une détermination sur des choses qui intéressent notre bonheur^ présent ou futur. C'est un conseil dont les membres sont les idées et les sentimens j et ^ lorsque le repentir y assiste ^ sa voix est toujours comptée pour beaucoup.
Nous ne songeons pas toujours à assembler ce conseil^ que le repentir convoque quand il est présent : quelquefois aussi y nous le tenons comme à notre insu , et même malgré nous. Nous ne pouvons d'ailleurs y appeler que les idées acquises par l'éducation que nous avons reçue des hommes et des circonstances^ et il s'en faut même beaucoup , que toutes les idées acquises qui peuvent se rapporter à l'objet de la délibération^ se rendent à cet appel : la mémoire, en pareil cas nous joue quelquefois de bien vilains tours. Enfin , ce conseil formé f il ne suffit pas seulement de comparer, de raisonner j il faut bien voir, il faut raisonner justq, et, sur cent personnes, il n'y en, aura peut-être pas deux qui verront une même chose de la même manière, bu qui seront capables de raisonner toujours juste. D après cela, il ne faudra pas s'étonner, si une détermination fondée sur tant de choses qui ne dépendent pas de nous, et qui varient d'ailleurs du soir au matin,
est blâmée des autres hommes y et si elle nous prépare 2i nous-mêmes un nouTeau repentir.
(u, pag. 241.) Le fouvoir de, ne pas vouloir l Quel sens M. Laromiguière attache-t-il a ces mots? A-t*il voulu dire que ne pas vouloir faire une chose , c'est vouloir ne pas la faire , c'est vouloir s'en abstenir ? Mais alors ne sufiisait-^il pas de dire , que la liberté est le pouvoir de vouloir après délibération ? Et ne serait-il pas plus exact et plus yrai de dire , que la liberté , qui ne serait ainsi qu'une faculté re-^ lative, consiste dans le pouvoir pluis bu moins étendu que nous avons incontestablement de peser ^ avant d'agir, les motifs de nos actions , et de suspendre nos déterminations jusqu'après cet examen, jusqu'après délibération.
(^Vj pag. 241.) Quand aucune cause étrangère ne nous eontràini, ni ne nous em/i^^ d'exécuter un projet, de faire ce que noiis avions le dessein de faire , nous disons que nous sommes libres. C'est en cela que consiste effectivement la liberté physique, qui n'est qu'un état relatif aux circon* stances qui nous environnent et dépendant de ces circonstances; et non une propriété^ une disposition naturelle, en vertu de laquelle nous puissions agir de telle ou telle manière* Mais ce n'est point cette liberté dont iLs'agit ; il n'est ici questionTque de celle de l'ame, ou du libre arbitre.
Souvent l'ame n'agit que pour j avoir été sollicitée par une cause extérieure , qui a commencé par agir sur elle. Mais comme elle jouit d'une activité propre (du moins par hypothèse) , qu'elle a le pouvoir, la faculté d'agir par ellemême; elle peut , non seulement résister à l'impulsion que cette cause tendait à lui imprimer, mais même agir en sens contraire : ce qui suppose qu'elle renferme en soi des forces capables de vaincre toutes celles qu'on pourrait lui opposer. C'est en cela que consisterait aussi la liberté, si on la considérait comme une faculté absolue. L'activité et la liberté, en. ce sens, ne sont donc qu'une seule et même
diose ; elles ne se éonçoivent pas Tune sans Tautre ; et la question du libre-arbitre se réduit à ' savoir si ^ efiectirement, Famé pèut agir par elle-même , en yertu de forces qui lui appartiennent en propre, qui lui sont innées , sans y être sollicitée par quelque cause , du moins dans le cas où les forces qu'elle aurait a vaincre seraient contrebalancées par d'autres forces extérieures agissant en sens contraire, c'est -à --dire dans le cas où elle se tt'ouverait en équilibre entre des forces égales qui se détruiraient réciproquement. Voilà, si je ne me trompe, la question que certains philosophes ont agitée et examinée : et comme plusieurs d'entre eux ont été amenés, par le raisonnement et l'observation, à conclure, qujs Tame n'agit point sans motif, qu'elle n'agit point par elle-même, danslesena que nous l'enteiidons ici, et dans la rigueur des termes, ils en ont inféré, qu'absolument parlant, elle n'est point libre.
M. Laromiguière parait admettre aussi que l'ame n'agit pas sans y. être déterminée par quelques motifs. Mais elle se montre libre, selon lui, lorsqu'elle se détermine après avoir examiné ces motifs; et ainsi,. la liberté est le pouvoir de prendre un parti ou le parti contraire après avoir délibéré. Cette définition , d'ailleurs asse2 vague, n'est certainement pas celle de la! liberté absolue ^ et ne résout en aucune manière la question qui nous occupe : car on pourra toujours soutenir que l'ame se détermine nécessairement par quelqu'un des motifs nés de la délibération. La circonstance dans laquelle s'exerce ici la volonté ne démontre pas qu'elle est libre. Je voulais une chose ; je la veux encore par de nouveaux moti&, ou j'en veux une autre par des moti& contraires ou différens» Qu'est-ce que cela fait à la manière de vouloir ? qu'est-ce que cela prouve en faveur de la liberté , de l'activité de l'ame ?
Cette circonstance fait voir seulement que l'acte actuel de la volonté est un acte réfléchi. Or, si à raison de cela
TOUS roulez l'appeler lih acte libre ^ je ne m^ opposé pas^ et nous dirons que la YoIiUon ^ que la détermination de la Yolonté est libre , lorsque la délibération Ta précédée et qu'elle en était Tobjel. Mais remarquez bien qu'alors ce ne sera plus l'ame, mais' seulement l'action y ou telle action de Tame qui sera libre; et qu'elle ne le sera pas toujours. D'après cela^ si vous voulez définir la liberté^ ne commencez pas par dire : c'est la fasMtté, c'est le pouvoir ^ etc. ; dites simplement : la liberté est la qualité de ce qui est libre j comme la bpnté est la qualité de ce qui est bon. Or les actions seules sont bonnes^ les actions seules sont libres^ et elles lis sont plus ou lïioiiis. J^ous disons d'un homme qu'il est bon^ qu'il a une bonne atne^ lorsque ses actions sont ordinairement bonnes : mais nous ne nous exprimons ainsi que par extension.; Disons donc dan§ le même sens que l'ame est libre / que Thomnie est libre 9 lorsque nous le jugeons plus ou moins capable de réfléchir et de délibérer. Mais ne confondons ptf s. cette capacité, qui est purement relative; qui est ^sCeptible de tous leÀ. degrés y et qui dépend en partie de notre organisation et de notre éducation , Avec l'activité înéme , cette propriété absolue, qui dérive de la nature de Famé, si toutefois il est vrai que l'homme en soit doué, ce qui reste toujours à démontei*.-
On pourra n^e fie^ire observer , en me rappelant l'origine du mot libre y qui signifie balance, que la liberté Ao\i nécessairement se rapporter à Tame elle-même, et non à l'action de l'ame ; sans qu'il s'ensuive que la liberté n'est que l'ac^ tivité.
Je répliquerai que, si ce mot a conservé sa première signification y la liberté n est rien de plus, que l'état de l'aine, lorsqu'elle est ^t^re^ c'est-à-dire, lorsqu'elle est en balance, entre deux ou plusieurs sentimens , plusieurs idées , plusieurs forces morales , qui la sollicitent en sens contraire. Or une simple manière d'être, qui dépend de circonstaiices
extérieures^ un iua purement accidentel et transitoire , ne peut pas constituer une faculté : et il est certain que dans ce sens la Uherié ne serait qu'une condition de l'exercice de l'actii^ité y mais ne serait pas l'activité elle-même.
On se persuade aisément ^ lorsque l'ame agit, on es/t sur le point de prendre une détermination , qu'elle se trouva dans un état exempt de eantrainie et d!empêehemeni , ou, ce qui revient au même, que les forces qui la sollicitent sont égales entre elles, en sorte que > se détruisant réciproque* ment , ^les la laissent dans un état de parfait équilibre , ou de liberté parfaite. Partant de cette fausse supposition, on en a conclu, sans autre preuve, qu'elle jouit d'une activité propre; car, agir sans j être sollicité par aucun motif, ou , ce qui est la même chose, agir sous l'influence de motifs opposés et parfaitement égaux entre eux; c'est agir par soi-même, c'est agir librement, c'est-à-dire dans l'état et malgré l'état de liberté où Ton se trouve.
Ainsi , quoique la liberté soit cet état d'équilibre qui ré* suite soit de l'absence de toute force morale, soit de l'action de forces opposées égales entre elles; et que l'activité sOit \è poyvoir, la faculté d'agir dans cet état de Kberté parfaite : on a fait ensuite signifier au mot tiéeiié la même chose qu'au mot activité.
" Dans ce sens, la liberté serait donc, non le poup&ir de vouloir après délibération ^ mais \e pouvoir ^ la faculté de pou-^ loir ou d'agir malgré le parfaite égalité des motifs nés de la dé* Mération.
Voilà en quoi consisterait la liberté dans le sens absolu et dans la rigueur du terme. Mais pour admettre ayec confiance une pareille faculté, et pouvoir dire avec raison, que Tame jouit d'une activité propre ; il faut prouver 4eux choses , la première, que l'ame se trouve qudquefois dans un état d'équilibre par&it entre les forces qui la sollicitent, ce qui pardt impossible à Jangueurj et la «ecçnde, que^
se trouvant dans cet état, eUe peut encore se déterminer ou faire un choix*
Ainsi, ou la liberté est la qualité dune action libï^e, et nous avons appelé ainsi une action réfléchie : or la qualité d'une action ne peutpas être la propriété d'une substance; elle ne peut pas être surtout une faculté y une puissant. D'ailleurs en ce sens, la liberté, comme la bonté, est purement relative, je veux dire susceptible de plus et de moins.
Ou la liberté est cet éti^t de Tame, lorsqu'elle est balancée par des motifs égaux qui la sollicitent çn difTérens sens, et cet état passif , toul-à^fait transitoire,. s'il existe jamais , ne peut pas être un^ propriété permanente, $UFtout une facultés
Ou bien enfin , la liberté est le pouvpit* tneme d'agir , suivant un sens déterminé , de vouloir une chose de préférence à toute autre, dans cet état de parfait équilibre; et alors: seulement, la liberté , qui ne diffère point ici de l'activité même , est une faculté, et une faculté, absolue, .
Mais l'homme est-il doué d'une pareille faculté ? c'est ce qu'il s'agirait de démontrer, et c'est ce que n'a point fait M. Larpmiguière.
{^Wy pag. 242.) Soit que nous ayons le désir de nous in-r struire; que nous donnions ta préférence ii telle ou telle connaissance sur telle pu telle autre, .^t que nous dUibérionsy avant de nous déterminer à embrasser tel ou tel genre d'é« tude : sôit que nous portions i^otre attention sur des choses dont la possession pourrait nous reqdrebeiiireliXî que noua comparions ces choses entre elles-, et que nous chetrcbions,» par une suite de rai^pnne,mens ^ ou de toute autre manière, les saoyens d'en jouir : en un mot, soit que noijis ayons la volonté d'acquérir de l'instruction , des idées , de3 co^naiSr. sanpes, pour satisfaire nps goûts, notre curio^jl;é^ etnoua prpcurer des jouissances, intellectuellea ; soit que npus ré"
fléehiêriana sur les moyens d'être heareux d*une antre manière : nous n'agissons , ou plutôt Famé n'agit (car il n'est pas ici question d'actions corporelles) que dans son intérêt^ et pour son propre bien-être ^ pour sa propre satisfaction y même lorsqu'elle'fait le sacrifice d'une jouissance actuelle; et ainsi) la plupai*t du temps^ agir pour connaître^ c'est au fond agir pour jouir ^ soit présentement ou ultérieurement ^ soit physiquement oumoralément, soit sensuéllement ou intellectuellement. On ne dei^rait donc pas ^ ce semble, distinguer la Tolonté de l'entendement , quand on prend ce dernier mot dans le sens actif, comme le fait M. Laromiguière.
La volonté est quelquefois si faible /si mal déterminée, qu'elle mérite à peine ce nom ; d'autres fois , elle est trèsprononcée : mais entre ces deux termes , il y a bien des degrés qui mènent de l'un k l'autre : et l'on pourrait dire la niéme chose de chacune des opérations de l'entendement, et surtout de l'attention proprement dite.
Nous voulons sciemment ou tout- à-fait k notre insu; mais des nuances imperceptibles séparent et lient encore oes extrêmes.
Ei>£n, nous voulons nécessah-ement ou librement, je veux dire avant ou après délibération, sans ou avec réflexion; Ici il paraît y avoir un point de démarcation entre lés deux volontés; mais si l'on y prend bien garde, on remarquera dans la délibération même , plusieurs diflerences d'espèces et de nuances; en sorte que, dans la plupart des cas, il serait difficile de dire, si nous avons ou si nous n'avons pa9 réfléchi , délibéré; si nous voulons avant ou après délibération.
i^I]i'après toutes ces considérations, il conviendrait peutêtre de donner le nom commun de volonté^ ou pour mieux dire de vatition^ a toute action del'ame, quelle quelle soit en etle-^même , et quel qu'en soit l'objet. S'il importe de ne pas confondre des choses essentiellement difierentes; il n'est
pas moins important , puisque c'est par là qu'on réduit les principes et qu'on simplifie les sciences, de ne pas regarder comme essentiellement distinctes y des choses qui ne difiè-» rent que du plus au moins^ surtout lorsqu'elles sont séparées par des nuances qui peuvent conduire de l'une à l'autre^ ou lorsqu'elles ne sont différentes que par les circonstances dans lesquelles on les considère.
{x^ pag. 243. ) Selon moi, la pensée comprend, ou tout «'^ moins suppose , X activité et la mobilité de l'ame \ c'est-àdire, la volonté, qu'on se représente comme libre, ou se déterminant elle-même, et la sensibilité en général, ou du moins, la sensibilité intellectuelle; car penser, c'est, non seulement être attentif, réfléchir, vouloir, en un mot, agir} c'est encore concevoir, imaginer, se ressouvenir, connaître, en un mot, être modifié , être mu par des causes extérieures ou intérieures , mais indépendantes de la volonté. Et si^ à raison de ce que la mobilité est une propriété purement passive, on ne veut absolument pas qu'elle fasse partie intégrante de la faculté de penser \ on conviendra du moins qu'elle en est une condition essentielle, ce qui est réciproque, et que ces deux propriétés, l'une active , l'autre passive , ne sont rien l'une sans l'autre. En eflfet, c'est l'activité qui met la mobilité, la sensibilité en jeu } mais sans la mobilité , sans les propriétés passives d^ l'ame, sur quoi se porterait l'activité, ou la volonté, si ce n'est peut-être sur quelqties-uns de nos organes matériels, auquel cas cette faculté ne pourrait jamais être considérée que comme une force , capable de mouvoir le corps , et non comme le principe , comme un des élémens de la pensée.
La faculté de penser suppose donc et l'activité, et la mobilité de l'ame , ou du moins la sensibilité intellectuelle; car, si l'on veut en exclure la sensibilité physique et la sensibilité morale , par la. raison qu'elles ne sont pas directement les causes conditionnelles de nos idées sensibles et