PRÉFACE
COlXTWJkNT LE RisUld DE CET OUYRilGE*
VKÉtAMBVliB.
En réimissaiit tout ce que les ouvrages de Descartes ren» ferment de métaphysique ^ en rapprochant ce qui est épars dans ses œuvres philosophiques et dans sa correspondance, et en disposant ces matériaux suivant un ordre méthodique^ j'ai eu pour hut de faire plus aisément comprendre et plus parfaitement connaître la philosophie cartésienne, dont tant de personnes parlent ^ les unes pour Texalter^ les autres pour la dénigrer, mais la plupart sans eh avoir une idëe exacte et complète, ou pc|ut«-étre même sans l'avoir aucunement examinée.
Bien ne m'appartient dans ce travail, que 1^ la classification des matières, dans laquelle j'ai suivi l'ordre qui m'a semblé le plus naturel comme le plus propre à expliquer en quelque sorte Descartes par lui*^même; et 2^ le choix des objections qui ont été faites contre ses Méditations métaphysiques; car j'avoue que de sept cents pages qu'elles forment ensemble avec les réponses de l'auteur, j'en ai rejeté environ cinq cent cinquante. Les objections que j'ai retenues ne sont pas seulement celles qui m'ont paru les mieux fondées, mais ce sont celles surtout qui ont amené
des éclaircissemens utiles et des réponses plus ou moins imprévues^ ou qui ont suggéré à Descartes de nouvelles idées capables d'instruire ou d'intéresser ses lecteurs. Je ne réponds pas^ au reste ^ de n'avoir rien omis d'essentiel , et, à cet égard y je recevrais avec reconnaissance tous les avis que Ton Toudrait bien me donner. Quoi qu'il en soit, je ferai remarquer que ces objections y ainsi dégagées de toute inutilité , et placées, comme elles le sont dans cet ouvrage, chacune après la question qui Ta fait naître ^ et immédiatement suivies des réponses qu'elles ont provoquées , ont un tout autre degré d'intérêt et de clarté que dans la collection des œuvres de Descartes , où elles sont toutes entassées pêle-mêle à la suite des Méditations.
Mais pour mieux faire apprécier mes motifs et l'utilité de mon entreprise , je dois dire ici j que même après une troisième lecture de cette oeuvre métaphysique^ je fus encore bien loin de la comprendre parfaitement. Or j'attribuai alors^ en partie du moins , cette difficulté de concevoir clairement un livré d'ailleurs si clairement écrit et .si court, à Tordre même que Descartes a suivie et surtout à la division qu'il a cru devoir adopter. On peut en effet remar-^ quer qu'une même question est quelquefois reprise dans plusieurs Méditations ^ et que dans la plupart on agite des questions très-diverses^ dont quelques-unes même^ étrangères au sujet ^ ne sont traitées que par occasion; de manière que le lecteur ne sait d'abord ni où il convient de s'arrêter ou de revenir sur ses pas pour examiner de nouyeau ce qu'il n'a pas suffisamment compris , ni ce qu'il peut ou quand il doit conclure , et qu'enfin il perd bientôt de Yue les choses qu'il commençait à entrevoir distinctement, en passant à son insu d'un sujet à un autre.
Cet inconvénient , particulier à ce chef- d'œuvre de Descartes ^ devient général , si on considère dans leur ensemble et qu'on lise sans interruption tous ses ouvrages et
sa correspondance ^ laquelle seule contient un grand nombre de passages qui se rapportent directement aux Méditations et aux Principes de philosophie ^ et dont la plupart sont d'ailleurs très- propres à expliquer d'autres passages plus difficiles de ces deux traités.
Dès que j'eus reconnu la cause principale de Tobscurité et de la confusion de mes idées, il ne me fut pas difficile de juger que ^ ppur les éclaircir autant qu'il serait possible , c'est-à-dire pour comprendre Descartes autant que ma faible intelligence le permettait^ je n'ayais que trois choses à faire ^ mais qui toutes trois exigeaient beaucoup d'attention : la première était de joindre ensemble tout ce qui se rattachait à une même question ; la seconde , de former autant de sections ou d'articles qu'il y avait d^objets distincts; et la troisième y de placer tous ces articles de telle manière qu'aucun d'eux ^ pour être compris ^ n'attendit une explication ultérieure.
Telles sont les relisons qui m'ont déterminé à former ce recueil; tel est l'objet que je me suis proposé dans l'exécution d'un travail d'abord entrepris* pour mon propre usage et mon instruction particulière^ et qu'ensuite j'ai cru devoir mettre au jour, persuadé que je rendrais iiinsi un important service aux amis des lettres et de la philosophie. Il sera , je l'espère y aussi agréable qu'utile aux personnes qui voudront , sans essuyer la fatigue de lire à plusieurs reprises les onze volumes des œuvres de Descartes, avoir au moins quelque connaissance de ses doctrines. Mais je pense qu'il sera plus utile encore , qu'il deviendra même indispensablement nécessaire à ceux qui , sans vouloir prendre la peine de le recommencer, auraient l'intention de faire, soit une étude sérieuse, soit un examen approfondi , soit la critique , soit même l'apologie dit cartésianisme;
J'ai partagé ce recueil en deux parties qui sont à peu près d'égale étendue, et chacune d'elles est divisée en TOME m. 20
quinze chapitre$9 dont la plupart scmt eux-m^es sousdivisés en plusieurs paragraphes.
La deuxième partie ne contient cependant que les Méditations métaphysiques^ avec les objections et les réponses de l'auteur; encore en air je retranché plusieurs choses pour les reporter dans la première , où elles se trouTent plus conyenablement placées ^ comme j'espère le faire yoir en indiquant séparément le sujet de chaque chapitre.