ARTICLE XIV
Suite du même sujet.
Si tout est plein y si une matière subtile mais d'une densité absolue remplit ou constitue Tôspace; comment les points impénétrables de cet espace, qui ne laissent aucan intervalle entre eux^ et les corps eux-mêmes, peuvent-ils se mouvoir? Descartes cherche à l'expliquer, en supposant que tout corps, ou tout corpuscule, en mouvement^ fait partie d'un anneau de matière subtile qui se meut avec loi. Mais , supposé que cela ne présente aucune difficulté , on n'en sera pas plus aVancé , si l'on ne prouve que ce corps mobile, conformément à Texpérience^ et que chaque parcelle de cette matière subtile , peut se mouvoir aussi libre* ment que dans le vide^ sans éprouver la moindre résistance, ce que Descartes ne démontre pas , et ce qu'on aurait pu lui défiei^ de pouvoir démontrer.
Une conséquence de ses principes est que le monde est
infim en étendue^ et que Dieu ne pourrait anéantir la matière sans anéantir l'espace y ce qui paraît au moins incompréhensible. Une autre conséquence des mêmes principes^ est qu'il n'y a qu'une sorte de matière^ et que les corps ne di0erent les uns des autres que par la figure y la grosseur et Tarrangement de leurs particules; ce que les atomistes admettent également , mais par d'autres raisons , et avec cette différence , que pour eux la figure et la grosseur des particules , étant inaltérables , sont des propriétés essentielles 'y tandis que y dans le système de Descartes y elles ne sont y comme la figure et le volume des corps eux-mêmes^ que de simples accidens. Enfin y comme tout ce qui est étendu est y selon lui , divisible y non seulement par l'imagination^ mais en efiet^ et qu'il faut d'ailleurs, pour que le mouvement puisse s'effectuer dans le plein absolu y que la matière soit divisible à l'infini, il n'admet point d'atomes y ou de parties matérielles parfaitement dures : sur quoi je ferai observer que l'expérience de tous les siècles prouve du moins que les élémens des corps ne sont divisibles par aucune. force naturelle, ni par aucune de celles qui sont mises en usage dans l'atelier ou le laboratoire de l'artisan et du chimiste. Et Descartes se trompe certainement quand il imagine qu'il n'y a point de matière qui ne puisse recevoir successivement toutes les formes.
La matière subtile , qui constitue ce que nous appelons improprement le vide, ne diffère, dit-il, des corps pondérables , que par le mouvement en tous sens de ses particules 5 et si ces particules s'arrêtaient ou conservaient entre elles un repos relatif, elles formeraient un corps dur et
terrestre.
Pour cela elles n'auraient besoin d'adhérer les unes aux autres , ni par aucune force attractive , ni par l'impulsion d'aucun fluide matériel agissant sur elles extérieurement; ear , sdon lui , un corps n'est liquide ou gazeux , que parce
que ses particules sont en moùyement; il n'est solide et plus ou moins dur^ que parce qu'elles sont en repos» les unes à l'égard des autres. Mais s'il en est ainsi ^ c'est-à-dire si rien ne les oblige à conserver ce repos relatif^ on n'aura qu'à . faire tourner un corps solide autour de son centre pour le rendre fluide^ ou pour le dissoudre; car par là on imprimera à chacune de ses particules un mouyement tan* gentiel différent , ce qui détruira leur repos rd^atif.