‹ Essais philosophiquesChapitre 40 sur 54 · ARTICLE XV · texte numérisé non relu

ARTICLE XV

Du mouvement.

Descartes pense ^ non sans raison^ que le mouvement n'est qu'une simple manière d'être que les corps mobiles conservent y comme les corps en repos conservent leur immobilité, ou comme une sphère conserve sa figure ronde, jusqu'à ce qu'une cause extérieure les force à changer d'état ou de manière d'être :.que dans un corps qui se meut actuellement , il n'y a rien qui ressemble à la force qui l'a fait passer du repos au mouvement ; et qu'il faudrait autant de force pour lui enlever sa vitesse , qu'il en a fallu pour la lui donner : enfin , qu'il n'y a pas plus d'action dans un corps en mouvement qu'il n'y en a dans un corps immobile. Je dois dire que je p)Eirtage entièrement son opinion à cet égard , et qu'avant d avoir lu une seule page de ses écrits , 'j'avais soutenu les mêmes idées, contre le sentiment des physiciens de nos jours, qui s'imaginent que dans un corps mobile il y a trois choses à considérer, la masse, la vitesse, et une prétendue force, en vertu de laquelle un corps, nus en mouvement par une cause extérieure , par une force véritable, continue de se mouvoir.

Quant à l'inertie, dont il fait une qualité relative proportionnelle à la masse, il l'envisage comme une véritable

force par laquelle les corps y âoit en mouvement , soit en repos 9 résistent à leur changement d'état; tandis que la matière est réellement indifférente au mouvement et au repos , on ^ ce qui revient au même y à tous les degrés de vitesse; et que Tinertie^ propriété passive^ mais absolue^ consiste eu cela seul qu'un corps n'a le pouvoir ni de changer par lui-même sa manière d'être y ni de persévérer dans celle où il se trouve actuellement^ quand des forces extérieures le sollicitent à en changer.

Il prétend démontrer par la métaphysique^ qu'il y a dans l'univers une certaine quantité de mouvement qui Vaugmente ni ne diminue jamais.

Il croit aussi qu'il est très- facile d'établir les lois que suivraient dans leur choc mutuel des corps supposés d'une dureté absolue. Mais celles qu'il propose sont tout-à-fait imaginaires et n'ont aucun fondement solide. D'ailleurs elles seraient sans objet ^ si les corps étaient divisibles à rinfini.

Ici se termine la première partie de notre ouvrage. Elle renferme toute la métaphysique de Descartes : car la seconde^ quoique d'un ordre de méditation bien plus relevé, n'est, comme je l'ai déjà dit, que le développement du chapitre deuxième de cette première partie.

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