‹ Essais philosophiquesChapitre 48 sur 54 · ARTICLE XI · texte numérisé non relu

ARTICLE XI

De$ idées autres que celle de Dieu.

Ce chapitre et les deux suivans , qui ont pour objet la démonstration de l'existence de Dieu, font partie de la troisième Méditation; et, si j'avais suivi l'ordre qu'a observé Descartes, je les aurais placés, dans cet ouvrage, après le premier paragraphe du chapitre cinquième , où il prouve que tout ce que nous concevons clairement et distinctement est vrai : là, j'ai supposé l'existence de Dieu démontrée; ici, au contraire, npus devons nous rappeler qu'on n'a rien prouvé encore, si ce n'est que l'homme existe en tant qu'il pense; et que, par conséquent, nous sommes toujours dans le doute sur Texistence des corps, et sur celle de l'homme en tant qu'il est composé de corps et d'ame. Cependant , la preuve de l'existence de Dieu se fonde sur d'autres connaissances que celle de notre existence propre, et nous devons savoir au moins ce que c'est que substance, cause et effet : mais , quoiqu'il soit très-évident que nous avons acquis les idées de ces choses, ou du moins que nous

pouvons les acquérir^ par la seule expérience ^ Descartes admet béneYolement et bien gratuitement qu'elles sont innées y et par là se croit dispensé d'en rechercher rorîginè y ou pour mieux dire la cause; j'entends la cause efficiente; car pour leur cause conditionnelle ^ il est certain qu'elle est en nous^ comme celle de toutes les autres idées. Ainsi donc^ après avoir pris toutes les précautions imaginables pour s'assurer de cette vérité incontestable dont personne ne doute ^ sâiroir, que l'homme existe^ llu moins comme être intelligent ^ il fait tout à coup un pas de géant , et laisse un abîme entre cette première vérité et celles qu'il veut constater ensuite : après avoir enfin trouvé ce point inébran* lable qu'il cherchait^ il bâtit son système à côté^ sur un sable mouvant.

Pour pouvoir conclure ^ dans le chapitre suivant ^ que l'idée de Dieu n'est point une création de l'homme^ qu'elle est la seule dont il n'est pas possible de supposer que la cause efficiente réside en nous ^ que , par conséquent ^ Dieu y ou la cause de son idée , existe hors de nous y hors de notre entendement^ et qu'ainsi^ son existence peut être démontrée avant celle des corps : il veut prouver^ dans celui-ci ^ qu'à l'égard de toutes les autres idées ^ on peut croire sans invraisemblance que l'homme en est luimême l'auteur^ tandis que par les raisons qu'il allègue , on devra inférer tout le contraire de l'idée de Dieu.

Il commence par faire observer que nos idées en ellesmêmes ne peuvent être fausses ; mais que nous pourrions nous tromper en jugeant qu'il y à quelque chose hors de nous qui fût semljlable ou conforme à ces idées ; et qu'en efièt les causes efficientes de nos idées n'ont souvent avec elles aucune ressemblance ou conformité ; ce qui ne l'empêchera pas de soutenir^ dans un instant^ que toute idée est renfermée dans sa cause efficiente.

Il dit ensuite j qu'entre ses idées ^ les unes lui semblent

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