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nées avec lui , comme par exemple la faeuité ( i ) de conce* voir ce qu'on nomme en général une chose ; d'autres y venir du dehors , telle est Tidée de la lumière ou celle de la chaleur; et les antres^ être faites et inventées par loi^ comme celle des hippogriffes et des sirènes. Mais que peut* être elles sont toutes innées^ ou toutes étrangères, ou toutes faites par lui ; car il n'a point encore découvert lear origine.
Le seul objet qu'il se propose est d'examiner si les idées qui lui semblent venir du dehors ne pourraient pas avoir été faites et inventées par lui. Et pour cela ^ après avoir rappelé les raisons qui lui ont fait révoquer en doute l'existence des corps ^ c'est-à-dire des causes de nos sensations en tant que nous jugeons qu'elles sont hors de nous, il propose une autre voie pour rechercher si l'homme n'est point Tauteur de toutes ses idées. Ici je ne suis pas parfai*tement sûr de bien entendre Descartes; mais je l'interpréterai comme il me parait devoir Tétre , et le plus dairement qu'il me sera possible.
Toute idée est un phénomène , et tout phénomène^ tout efièt f suppose deux causes ; l'une efficiente , qui est dans Tagent^ Fautre conditionnelle^ qui est dans le sujet ou le patient, c'est- a-dire dans la substance qui subit la modification que nous appelons phénomène. Sa nature dépend de celle de ces deux causes : mais , la cause efficiente restant la même , les effets sont entre eux comme leurs causes conditionnelles ; par exemple y que l'on frappe d'un même marteau une sphère creuse de plomb et une d'acier^ ce marteau aplatira le premier de ces corps , et fera vibrer le deuxième ; or l'aplatissement de l'un sera aux vibrations de l'autre^ ce que la ductiUté du premier est à l'élasticité du second : et ^ la cause conditionnelle restant la même,
(i) Tof M ce qui a ëU dit des idées Innées, psg* 332.
les effets seront entre eux comme leurs causes efficientes ; c'est ainsi que les diverses empreintes que reçoit un même morceau de cire en vertu de sa mollesse , sont entre elles comme les causes efficientes dont il reçoit ces images ; ou du moins cela parait devoir être ainsi.
De là il résulte que les idées , considérées dans leurs causes conditionnelles, et en tant qu'elles s'y trouvent pour ainsi dire en puissance, ne différent point les unes des autres; car, par exemple, l'entendement par lequel je conçois telle phose, ne diffère point par sa nature de celui qui me fait concevoir telle autre chose; et, dans ce sens, les idées ne sont ni plus parfaites, ni plus réelles, ni plus complètes les unes que les autres : mais les idées, consi* dérées dans leurs causes efficientes , différent entre elles comme ces causes elles-mêmes, et dans ce sens, l'idée d'un homme, par exemple, est plus parfaite que celle d'un arbre.
Or maintenant , il est de la nature de l'idée de n'avoir qu'une réalité objective , et de la nature des choses d'avoir une réalité formelle; par conséquent, dit Descartes, plus une chose a de réalité formelle, c'est-à-dire plus elle est complète ou parfaite, et plus aussi l'idée dont elle est la cause efficiente a de réalité objective , plus elle participe par représentation, à ce degré d'être et de perfection. U suit donc de là que plus une idée est parfaite à sa manière, plus la chose qu'elle représente, ou sa cause efficiente, a de perfection ( ce que l'on pourrait accorder , si la cause efficiente d'une idée , ou la chose dont elle tire son origine, était toujours la même que celle .qu'elle représente). De plus , si , comme il le prétend , l'efiet est tout entier renfermé dans sa cause efficiente, ou qu'il ne dépende que de cette seule cause (ce qui est en contradiction avec ce que nous avons dit plus haut), il s'ensuivra encore, que la cawe efficiente est ûu moins aussi parfaite que son effet j et c'est ce qu'il voulait prouver d'abord.
Mais il me semble qu'en cela do moins Descartes se trompe : car l'efiet dépend de sa cause conditionnelle comme de sa cause efficiente ; en sorte que , si les causes conditionnelles de plusieurs effets sont les mêmes, il pourra bien y avoir une proportionnalité entre la perfection de ces efièts et celle de leurs causes efficientes ; mais il ne s'ensuivra pas que ces dernières seront aussi parfaites ou plus parfaites que leurs effets y qui peuvent tirer 'presque toute leur perfection de leurs causes conditionnelles ; et si les causes conditionnelles différent entre elles aussi bien que les causes efficientes , il n'y aura même plus de rapport constant entre ces dernières causes et leurs effets. Ainsi, par exemple, on ne peut pas dire, ni que la sensation de la chaleur, qui tire la plus grande partie de sa perfection relative de sa cause conditionnelle , c'est-à-dire de la sensibilité , ne soit pas plus parfaite à sa manière , que sa cause efficiente , qui est le feu, ne l'est à la sienne 5 ni que l'idée d'une pierre,* qui a sa cause conditionnelle dans l'entendement, ne soit pas plus parfaite que la pierre elle-même, ou qu'elle n'a pas plus de réalité objective que la pierre n'a de réalité formelle } ni , enfin , que la sensation de la chaleur soit plus parfaite que Vidée d'une pieï*re; car si le feu est plus parfait que la pierre, la sensibilité l'est peut-être moins que l'entendement.
Quoi qu'il en soit , admettant pour un moment que Teffet est contenu tout entier dans sa cause efficiente , et que cette cause est au moins aussi parfaite que son eflfet, voyons si l'on peut en inférer qu'il serait possible que l'homme fut l'auteur de toutes ses idées, à l'exception de celle de Dieu,
En réfléchissant sur les choses matérielles dont j'ai en moi les idées , et supposant qu'en effet elles existent hors de moi telles que je me les représente, je les trouve toutes moins parfaites que moi-même en tant que je suis, une chose
qui pense; et conséquemment j'ai plus de perfection et de réalité formelle, que les idées de ces choses n'ont de perfection et de réalité objective : je ne puis donc, il est vrai, tirer de mon imperfection aucune raison qui me fasse croire que je ne suis pas la cause efficiente de ces idées. Mais je ferai observer qu'en tant que je suis seulement une chose qui pense, ma nature est entièrement différente de jcelle des choses matérielles qui me sont représentées par leurs idées } donc, quoique moins imparfait que ces choses, je ne puis pas pour cela produire les mêmes effets ; car ïl impliquerait contradiction qu'un effet fût renfermé tout entier dans sa cause efficiente, et qu'il n'eût avec elle aucune conformité. Il est vrai de dire, cependant, que j'ai cela de commun avec le corps , que je suis une substance : par conséquent, quoique je ne sois qu'une substance qui pense et non étendue, je puis me former de moi-même, dit Descartes, l'idée d'une substance étendue et qui ne pense point; et quant au mouvement, à la figure et à toutes les propriétés des corps , comme ce sont des attributs d'une substance, et que je suis moi-même une substance, je puis encore m'en former Tidée, sans avoir jamais rien vu de semblable , ou du moins cela ne serait- il pas impossible. C'est ainsi que raisonne, dans ce chapitre, Tauteur des Méditations 3 et Ton n'est pas médiocrement surpris de le voir courir avec tant de hardiesse et de légèreté dans le sentier obscur et épineux que nous venons de traverser , immédiatement après avoir marché à pas lents et avec crainte , dans la route plus large , et mieux éclairée qu'il avait prise, pour chercher cette vérité si simple qui ne conduit à rien , que l'homme existe en tant qu'il pense actuellement.