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MES REGRETS

Ces joyeux cris d'enfans, et les chants de leurs rondes ; Ces visages rosés , ces douces tètes blondes ; Leurs souples mouvemens. leur aimable candeur, Cette essence de 1 âme, emblème de la fleur ! Tous ces êtres charmans souriant à la vie , La rêvent un ciel pur de roses embellie :

Ces trop douces erreurs s'effaceront un jour, Le temps efface tout : les grâces et l'amour, Les talens, la beauté ne trouvent nulle grâce. Jouez longtemps, enfans, qu'il perde votre trace :

Mais bientôt il faut vous quitter, Je sens qu'hélas! pour moi, l'heure fatale avance ;

A mon nom daignez ajouter, Enfans , un souvenir, c'est ma douce espérance '

Cette jeune verdure et ce riant coteau, Et ces grands prés fleuris où l'on danse au hameau : Ces ombrages touffus, cette onde fraîche et pure, Où les bergers en chœurs célèbrent la nature : Ces jardins enchantés , tout ce luxe des arts, Où les grands vont parfois délasser leurs regards, Mais où leurs passions les suivent, les tourmentent; Ces dédaigneux humains que les courtisans chantent;

Je laisse ce tableau qui fatigue mes yeux, Je retourne au village où le peuple est heureux : Où les lis, les bluets, en couronnes légères , Ornent le front modeste et serein des bergères : Où les joyeux danseurs, dans leurs amusemens, Hasardent quelques mots de leurs doux sentimens.

Adieu, bande joyeuse, aimable; Il me faut tout quitter, je ne vous verrai plus...

Du destin l'arrêt redoutable Le veut. — Priez pour moi, vous serez entendus !

Ce grand fleuve et ce lac, où la lune argentée Se reflète en tremblant sur la lame agitée ; Cette aurore vermeille et l'astre radieux, Bienfait du Créateur et la gloire des cieux ! ! Qui dore nos épis, rajeunit la verdure, Qui colore nos fleurs, féconde la nature ;

Tout par lui s'embellit, et ses rayons divins Peignent le Dieu clément qui règle nos destins ! J'aime encor ces hauts faits que trace notre histoire, Où chaque page marque une nouvelle gloire !

Mais l'homme qui s'éprouve et qui met sa grandeur A se vaincre lui-même , est pour moi le vainqueur !

Peint-on parfois la bienfaisance, Un ange aux traits de femme alors s'offre à mes yeux;

O femmes! rêves d espérance, Je vous quitte bientôt pour vous revoir aux cieux !

Ces antiques cités pleines de faits de guerre , Avec leurs noms pompeux gisant dans la poussière : Nos villes de ce jour et leur monde élégant, Et cet amas de luxe et ces. gouffres d'argent, Tout doit finir, hors Dieu; vérité triste et dure! Mais créer pour détruire est la loi de nature !

Ces chefs-d'œuvre des arts, exposés chaque jour, Surtout ces sons divins inspirés par l'amour : Ces jeux charmans d esprit, ces élans de génie , S'effaceront un jour, c'est le sort de la vie ! Et la sainte amitié, ce doux lien des cœurs , Bientôt, hélas! pour moi n'aura plus de douceurs.

Cependant encor mon amie Est présente à mes yeux comme elle est à mon cœur;

Puisse sa voix toujours chérie, De ces momens amers adoucir la rigueur!

Tous ces sites heureux de ma belle patrie, Et puis, près du rocher ma retraite chérie Sur les bords de la Loire, où mille souvenirs Font battre encor mon cœur et naître mes soupirs ! Tout va s'évanouir comme un léger nuage; Un voile épais déjà trouble ta chère image.

Ma fille, ah ! tout s'éteint... mais Dieu dans ses décrets, Si je te laisse heureuse, adoucit mes regrets!

Ma fille ! j'entends ta prière ; Ta voix calme mes maux, comme ton regard pur.

Ange que je laisse à la terre, Adieu... tout est fini, — du ciel pâlit l'azur!

Cfô Joueur.

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