A MADAME L
Heureux, douce amitié, qui te prend pour idole,
Qui contemple ton front brillant d'une auréole :
Il voit la vie alors par un prisme doré,
L'univers est pour lui de fleurs toujours paré :
Ses plaisirs sont plus grands, moins grandes sont ses peines,
Jusque dans les cachots tu soulèves ses chaînes! Amitié, point de maux où tu peux pénétrer, Et nous craignons l'enfer, car tu n'y peux entrer. Non, toi, fille des cieux, ton âme est trop sublime i Et ce lieu de remords est le séjour du crime. Le ciel dans sa clémence a daigné tenvoyer, Soit pour tarir nos pleurs, soit pour les essuyer : En te divinisant sous les traits d'une femme, Il voila ta beauté, ne montra que ton âme !
Amitié! d'un cœur pur accueille les accens; C'est là le sanctuaire où brûle un pur encens! L'âme de mon amie est ta touchante image, Et ses nobles vertus sont ton plus bel ouvrage !
Oui, la sainte amitié, source des vrais plaisirs, Au tyrannique amour oppose nos désirs :
Car cet enfant léger, lorsqu'il fuit et s'envole,
Se rit de nos tourmens, 1 amitié nous console.
Je vois encor Julie en proie à sa douleur, A ces maux dévorans qui torturaient son cœur Comptant trop longuement le terme de sa vie ; Soudain paraît un ange... et c'était son amie! Qui l'écoute, la plaint, calme sa passion; Et ce cœur irrité se rend à la raison.
Amitié, qui résiste à ton divin langage N'est pas fait pour sentir un si doux avantage : Le vulgaire t'ignore, il faut un noble cœur Pour tëlever un temple égal à ta grandeur J