L'ISOLEMENT
Se sentir seule au monde avec une âme ardente, Sans une douce voix pour calmer la douleur, Sans que le soir une ombre incertaine et flottante, Se dessinant au loin, appelle votre cœur!
C'est un mal, un ennui dont l'âme est oppressée, Que ne soulage pas un long gémissement;
C'est la fleur sans parfum, souffrante et délaissée, Qui périt dans l'isolement !
Être seule ici-bas, c'est mal sentir la vie, C'est voir un beau ciel bleu sans en savoir jouir; C'est sentir le passé sans qu'une main amie Effeuille quelques fleurs d'un riant souvenir ! L'heure lentement fuit, sans rêve d'espérance : Rêve du malheureux! bienfait d'un Dieu clément! Tu doubles nos plaisirs, calmes notre existence, Mais tu meurs dans l'isolement !
Quand par sa volonté, seule avec sa pensée , Au milieu du tumulte on s'isole à plaisir, C'est une jouissance, et lame ainsi bercée S'abandonne aux douceurs d'un heureux avenir.
S'il arrive parfois qu'on soupire en silence, C'est peut-être un plaisir agitant doucement, Quand on se dit tout bas : je souffre de l'absence ; Mais ce n'est pas l'isolement î
On 11 est point isolé quand une seule image, Comme adhérente à soi, semble émaner du ciel! L'imagination la suit dans le nuage, Et l'âme de ce culte est le plus saint autel ! Le cœur ainsi troublé sent de l'incertitude, 11 soupire en secret et se dit vaguement :
Je suis seul, il est vrai, je sens ma solitude, Mais ce n'est pas l'isolement !
Quand un monde élégant, sous des formes nouvelles, Tourbillonne à mes yeux, me charme et m'éblouit;
Quand la jeune beauté, sous ses flots de dentelles, Voile un peu ses attraits, ce dont l'Amour gémit : Les femmes et les fleurs parfumant l'atmosphère, Égarent la raison comme un enchantement , Mais il s'évanouit; c'est presque une chimère Qui laisse voir l'isolement !
Jeune fille, au regard mélancolique et tendre, Tu souffres et gémis d'un cruel abandon ; Ah ! tu voudrais douter, et ton cœur croit l'entendre, Cette voix tant aimée, implorer son pardon :
Son image te suit et tu la sens puissante Dans ton cœur agité qu'il brise froidement !
Offre à Dieu ta souffrance, et sa voix consolante Te suivra dans l'isolement !
C'est sentir que l'on vit, quand à d'autres souffrances On peut sympathiser, adoucir le malheur !
On est moins seule aussi quand les douces croyances De la religion pénètrent tout le cœur :
Que nous resterait-il à nous, nous, pauvres femmes ! Si la foi qui du ciel émane doucement, En descendant sur nous, ne préservait nos âmes Du danger de l'isolement!