ÉLÉGIE
Quel est donc ce tourment brûlant comme la flamme, Ce tourment qui consume et dévore mon âme?
Qui fait pencher mon front Comme une faible tige atteinte par Forage , Et trouble mon sommeil par une seule image,
Rêve pénible et long ?
Ce tourment qui m oppresse et fatigue ma vie, Qui fait de tous mes jours une longue agonie,
S'est placé dans mon cœur , L etreint et le dissèque, en palpe chaque fibre, Et de ses doigts pesans retient l'heure qui vibre,
Prolongeant ma douleur!
Un exilé souffrant me voit et me demande
Si j'entendrai ses maux?... hélas! sa voix commande
D'adoucir ses regrets :
Avec son cœur si grand, si noble en sa détresse, Tout mon cœur sympathise, et je sens ma tendresse
Croître avec ses secrets !
Alléger ses malheurs est ma seule pensée , Et chasser les chagrins de son âme froissée,
Digiti
Mon unique désir.
Ah! c'est vraiment un bien, c'est une jouissance; Et sécher quelques pleurs, soulager la souffrance C'est le plus doux plaisir.
Quand le ciel plus clément s'est montré sans nuage, Quand, plus tranquille au port, il voyait, du rivage,
Un riant avenir :
Je ne pouvais pour lui que repousser sa flamme Et me briser le cœur, moi, pauvre et triste femme
Condamnée à souffrir !
Pourquoi faut-il qu'à moi, la vie une par une M'arrache ses douceurs et ne m'en laisse aucune,
Même en illusion ?
Toute femme pour lui maintenant sera tendre,
Moi seule dans ses maux je le pouvais entendre, C'était ma mission !
Pour moi plus de ciel bleu, plus de rose nouvelle, L'écho ne redit plus le chant de Philomèle,
La nature est en deuil :
Et ces voiles épais, et ces crêpes funèbres Me cachent le danger au milieu des ténèbres.
Pour moi tout est écueil.
Je reçois dans mon sein cette feuille mourante, Comme moi si froissée et comme moi tremblante,
Triste jouet du sort.
Pourquoi ne pas mourir quand la vie est souffrance, Quand tout nous abandonne et qu'il n'est d'espérance,
Hélas! que dans la mort?
Ce tourment si funeste à mon âme abattue, Gomme le ver rongeur me dévore et me tue,
Sans pouvoir en parler.
Les pleurs ne mouillent plus aujourd'hui ma paupière. Dieu n'entend plus ma voix, je n'ai plus de prière,
Rien pour me consoler î
Parfois un pâle éclair vient ranimer ma vie, Son nom vient me bercer, et mon âme ravie
Lit ce doux nom au ciel !
Mais bientôt tout finit, passe, se décolore, Et l'écho sans sa voix redevient insonore,
Et silence éternel !
£r miroir.