TRISTESSE
Triste et doux souvenir qui fais couler mes pleurs, Seul charme qui me reste au sein de mes douleurs, Ne quitte plus mon âme, elle est le sanctuaire Où Dieu te déposa te voilant au vulgaire.
Le monde et ses plaisirs sont pour moi sans attraits ; Je ne sens plus, hélas! que nia longue tristesse; Et c'est encor pour moi le plus doux des bienfaits Qui me rappelle sa tendresse !
Le rocher solitaire et l'épaisseur des bois, Le sentier retiré sont les lieux de mon choix ; C'est là que, tout entière à ma triste pensée, Je sonde l'avenir et je reste froissée !
Gomme la feuille tremble au vent capricieux , Tour à tour agitée ou vivant d'espérance, Je rêve, je désire et je demande aux cieux Un seul rayon de leur clémence!
En vain je veux me fuir, que me sert d'essayer ! Je ne puis fuir mon cœur et ne puis oublier ; Tout parle à ma mémoire : une ombre fugitive, Un arbre, quelques fleurs, même une voix plaintive ; Tout nourrit ma tristesse et mon cuisant regret ; C'est ainsi que tout brise et meurtrit une femme, Elle naît pour souffrir et pleurer en secret ; Dieu mit la douceur en son âme !
J'aimais jadis la nuit et le ciel azuré ;
Le doux encens des fleurs , et l'air tout saturé
De ces mille parfums, au milieu du silence,
Portaient mon âme alors vers sa divine essence ! Je vois, hélas ! pour moi, qu'aujourd'hui tout s'éteint; Mon cœur est oppressé, ma paupière brûlante; Je voudrais fuir en vain l'image qui m'étreint, Je la sens froide et menaçante !
La colline jadis, j'aimais à la gravir,
Quand ma vie était calme et pleine d'avenir ;
J'aimais aussi la plaine et la rive fleurie, Le pur et clair ruisseau coulant comme une vie : Tout me paraissait gai, tout était animé, Je voyais au hameau la gentille bergère Rougir lorsqu'en dansant le bras du bien-aimé Pressait une taille légère.
De la vallée aussi j aimais la profondeur ; Là, je goûtais la paix, le silence du cœur :
Moi, l'image aujourd'hui de la lame agitée Qui s'avance soudain et fuit épouvantée !
Je me sens sans ferveur lorsque je veux prier, Entre mon cœur et Dieu je le trouve sans cesse! Et quand je me torture afin de l'oublier, Je sens redoubler ma tristesse !
Alors j'étais sensible à la sainte amitié, J'avais pour le malheur la plus tendre pitié ; L enfant livrant au vent sa blonde chevelure, Et sa folle gaîté, son âme neuve et pure, Faisaient battre mon cœur dans ce temps plus heureux, Où le ciel si serein, dès l'aube matinale, Offrait à la beauté des fleurs en mille lieux, Pour sa couronne virginale !
Tout s'offre à mes regards triste et terne aujourd'hui,
Je ne sais plus sentir que mon mortel ennui :
Je sens sa lourde main qui m'oppresse et me glace,
Quand je veux l'éviter, je retrouve sa trace.
Et si parfois un rêve adoucit mon sommeil ,
Je ne fais qu'entrevoir cet aimable mensonge;
La réalité vient s'offrir à mon réveil ,
Et dit : le bonheur n'est qu'un songe !
flUue ttmt.