‹ Essais poétiqueChapitre 7 sur 32 · CHANT II · texte numérisé non relu

CHANT II

Au déclin d un beau jour quand le soleil s'abaisse,

Quand ses rayons pourprés sur les arbres qu'il laisse

Jettent mille couleurs; ce reste de clarté,

Ce presque demi-jour aux objets reflété,

Fait que le cœur appelé un cœur pour le comprendre ,

Quand il tremble en secret et craint d'être trop tendre :

Dans lage où le prestige est encore une fleur Que n'a point effeuillée un souffle corrupteur. Dans un de ces momens, la comtesse Marie, Jeune épouse d'un jour souriant à la vie, Belle de mille attraits et de ses vingt printemps , Epoque déjà loin, s'avançait à pas lents Avec son jeune époux, dont le moindre avantage Était l'éclat, le rang qu'il reçut en partage ; Car leur naissance égale ajoutait à l'hymen Qui vient de les unir, comme un double lien.

Tous deux fuyaient le monde et les soins qu'il exige ; Dans ces rapides jours, ces heures de prestige I Qui glissent sur la vie à peine en l'effleurant, Gomme fuit un ruisseau paisible et transparent, Ils quittaient le château par une heure voilée, Et deux ombres bientôt vers une sombre allée, S'avançaient folâtrant; — mais, hélas! l'avenir Devait-il effacer ce riant souvenir?

Une aile du castel prit un air de jeunesse Selon le goût du jour pour la belle comtesse : Le comte de Mercet était charmant alors ; Il se cachait si bien sous de brillans dehors Que la jeune Marie, avec son âme aimante, En son tendre abandon si pure et transparente, S'était pour l'avenir et l'heure du danger, Préparé de grands maux, hélas ! sans y songer.

Ce lieu jadis désert, maintenant plein de vie, Si plein de passions, rajeuni par Marie, On croirait à le voir qu'un élément rongeur, Ou qu'un crime odieux y répand de terreur!!

Le soleil bien souvent avait doré la plaine, Quand la première fois la noble châtelaine Se leva le matin les yeux rouges de pleurs; Un soupçon révélait les premières douleurs Qui touchaient à sa foi! — Sa dignité blessée Renferma ce soupçon dans son âme froissée!...

Ce Henri si changé, mais toujours cher et beau ! Cet époux chaque jour s'éloignait du château, Y revenait distrait, et dans sa négligence, Se laissait deviner même par son silence :

L'adorable comtesse espérait dans son cœur Pour quelque temps encor ressaisir le bonheur; Car il est si cruel au matin de la vie, Quand tout parle d'aimer, de se croire trahie ! L'âme est si jeune alors, quelle aspire avec l'air Cet élément subtil et brûlant de l'éclair!

Le temps ne changea rien, chaque jour au contraire Le château déserté devint plus solitaire; L'épouse alors pleura tous ses rêves d'amour, Hélas! si tôt passés et finis pour toujour.

Pourtant qu'elle était belle et touchante, Marie! Fout respirait en elle amour et poésie :

Les noirs anneaux flottans de ses épais cheveux Caressaient son beau col comme un réseau soyeux ; Les gracieux contours de son noble visage Par leur douceur étaient de son âme l'image; Et les franges de soie ombrageant ses beaux yeux, Semblaient en tempérer l'éclat si dangereux ; Puis sa bouche rosée, où siégeait le sourire, Étendait sur les cœurs son adorable empire !

Ses bras, ses mains d'albâtre et ses pieds délicats Laissant» à peine voir la trace de ses pas;

Puis ce ton d'élégance à la noblesse unie Laissait voir un reflet de l'aristocratie!

Bientôt le noble comte , oubliant tous égards , Semblait livrer sa vie à de fâcheux hasards : On ne le voyait plus, et ses longues absences Devenaient le sujet de bien des médisances :

Il s'en tourmente peu, mais, politique adroit, Il décide soudain de prouver son bon droit :

Puis arrange, à l'insu de la tendre Marie, Pour le jour de sa fête une grande partie :

Les dames, les seigneurs des châteaux d'alentour Se rendent au castel vers la chute du jour; Et l'ombre de la nuit, comme un voile qui traîne, Jette sur les objets une forme incertaine;

Le parc brille bientôt de tant de jets de feux Qu'on aurait dit le jour retiré dans ces lieux : La belle châtelaine est émue et surprise, Elle voudrait parler, quand soudain sa devise Vient, comme par magie, au sein de mille fleurs, Paraître en transparens de brillantes couleurs : C'était trop pour Marie; éperdue et tremblante, Elle approche du comte et tombe défaillante ; Mais c'est pour mieux sentir la joie et le bonheur, Car du comte elle sent une main sur son cœur! !

Les femmes trop souvent, avec leur cœur sincère, Comprennent un regret avant qu'on le profère ! C'est que l'indifférence est le poison cruel Que leur âme repousse, ou qui devient mortel !

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Parmi ces feux brillans et ces astres antiques, On voyait se jouer mille ombres fantastiques; Ces tourbillons légers de dames, de seigneurs, Passaient en folâtrant sous des festons de fleurs. La pelouse embaumée et les fraîches toilettes Jetaient l'enivrement au sein de ces retraites : Le comte était si beau, si brillant, si léger, 11 mettait tant de grâce à savoir diriger Les danses, les plaisirs, que ces flots de beau monde Étaient tous captivés; et bientôt à la ronde, Chacun le dit alors un adorable époux !

La comtesse l'entend, et, souriant à tous, Semble les approuver : — puis le passé s'efface, Et dans son jeune cœur l'espérance prend place ! Elle se livre alors à toute sa gaîté; Jamais de tant d'éclat n'a brillé sa beauté.

Mais cette belle nuit, qu'à Terni l'on prolonge, Doit bientôt s'effacer comme un trop lieureux songe : C'est le dernier rayon de la lune de miel, Et pour jamais seteint le plus doux feu du ciel ! !

Mm

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