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Sa première espérance et ses félicités, TT Son amour, son hymen et ses adversités ; qe Comme elle avait de joie et de peur d'être mère,, ,) Et plaignait son enfant de n'avoir point de père! Evangéline, émue à ces tristes discours,
Donna, pendant longtemps, à ses pleurs libre tours. Elle voyait près d'elle une autre infortunée,
Une femme aux chagrins comme elle destinée ;
Un cœur brülant d'amour décu, blessé, flétri,
Et privé pour jamais de son objet chéri.
Les liens du malheur unirent ces deux femmes,
Et d’intimes rapports enchainèrent leurs âmes.
La vierge d’Acadie à la femme des bois
Dit aussi ses douleurs et depuis quels longs mois Bien loin de sa patrie elle était exilée.
Et la femme des bois, la figure voilée,
L'écoutait en silence, assise à quelques pas. e
Ses yeux étaient de flamme ; elle ne pleurait pas.
Quand la vierge eut fini son histoire pénible L'Indienne resta sans parole, insensible,
Comme si la terreur eut frappé son esprit :
Mais un moment après, tressaillante, elle prit Dans ses deux frèles mains les mains d'Evangéline. Puis assise à ses pieds dans l’ombre et la bruine, Elle lui répéta l’histoire du Mowis,
Du Movwis fiancé, plus brillant que le lis,
Qui s'étant fait chérir d’une vierge encor pure Une nuit partagea sa couche de verdure,
Et du discret wigwam sortit soudainement
Quand le rayon du jour dora le flrmament ;
Qui pâlit, se fana, se fondit comme une ombre, r Aux baisers du soleil que chassait la nuit sombre. | Son amante abusée, en proie à ses regrets, ns Le suivit, en pleurant, jusqu’au bord des forêts, Tendant vers lui ses bras pour retarder sa fuite.
Sans reposer sa voix elle redit ensuite,
Avec le mème accent et si doux et si beau, Comment, pendant la nuit, la belle Lilinau, Imprudente, et parfois légère en sa conduite,
Par un méchant fantôme avait été sédnite.
Le fantôme venait, vers le déclin äu jour,
Se cacher dans les pins qui voilaient le séjour
De Lilinau la vierge au front ceint de liane :
Et, lorsqu'elle passait le seuil de sa cabane,
De sa noire retraite il sortait pour la voir.
Il soupirait d'amour comme le vent du soir,
Et murmurait tout bas de bien tendres paroles. Lilinau, se fiant à ces propos frivoles,
Rechercha sa présence et l’aima tendrement.
Chaque soir il venait vers elle constamment.
En caressant, un jour, ses verdoyantes plumes
Elle suivit son vol à travers bois et brumes.
On ne la revit plus. Sa tribu la chercha ;
Mais personne jamais, sans doute, n’approcha
Du gîte où l’enchanteur la retenait captive.
Toujours Evangéline écoutait, attentive,
Les contes merveilleux de la femme des bois,
Et les sons lents et doux de sa magique voix
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PCRPAREF SRE
Elle s’imaginait être au loin transportée
Au splendide horizon d'une terre enchantée.
Vers des cieux inconnus son cœur prenait l'essor. La lune se leva comme une boule d’or
Sur les pics dentelés de l’Ozark aux flancs chauves, Sa mystique lueur glissa dans les alcôves,
Les voûtes, les arceaux des lointaines foré Et des gîtes cachés elle vit les secrets.
La tente de la vierge apparaissait plus blanche ;
La mousse et le roseau, le gazon et la branche, Exhalaient des soupirs longs et mystérieux ;
Les ruisseaux murinuraient des bruits harmonieux
Et de tièdes zéphirs volaient sur les prairies.
La vierge abandonnaïit aux douces rèveries
Son esprit enivré, son cœur toujours aimant.
Mais une vague horreur, un noir pressentiment
Se glissaient dans son âme et troublaient son ivresse, Comme un serpent impur se glisse avec adresse, | Roulant ces orbes froids sous les buissons épais,
Dans le nid du moineau dont il trouble la paix.
Ce triste sentiment n’était point de la terre.
De célestes esprits semblaient, avec mystère, y Lui souffler leurs secrets dans l'air calme des nuits. :!, Elle sentit soudain redoubler ses ennuis. Bei Quelque chose lui dit dans un secret langage, ARE Que, pareille en sa course à la vierge sauvage, IL Elle aussi poursuivait un fantôme menteur. : HO Maïs bientôt un sommeil calme st réparateur, SH Versant sur sa paupière un merveilleux arôme, ::7 ii Chassa de son esprit la crainte et le fantôme. :2:5 ei
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ÉVANGÉLINES
Aussitôt qu'apparut l'aube du lendemain |
Les voyageurs, dispos, reprirent leur chemin. :° 1° ! Avec eux cheminait la plaintive Shawnée, 4e Jeune et pourtant au deuil à jamais condamnée. Elle dit à la vierge : «Ecoute-moi, ma sœur, | IVG «Je connais tous ces lieux comme le vieux chasseur,” « Sur le flanc de ces monts où l'aigle a fait son aire, --’ « Le flanc que le soleil en se couchant éclaire,
« Est assis un village, une humble mission
« Où reste un homme blanc comme ta nation :
« C'est le chef du hameau; c’est une Robe-noire. «Son souvenir toujours sera dans ma mémoire,
« Car il m'a baptisée et mariée aussi.
«Je crois l’entendre encor, d’un accent adouci,
« À son peuple parler de la vie éphémère,
« De l’aimable Jésus et de sa bonne mère. »
Et la vierge aussitôt dit à ses compagnons:
«Si nous changeons de route et si nous atteignons ‘- « Le bourg que ce mont semble enlever sur son aile, ’: « Peut-être aurons-nous là quelque bonne nouvelle: "° A peine eut-elle dit que les aventuriers DJ Guidèrent vers les monts leurs rapides coursiers. Quand le soleil entra dans son lit de nuée |
La troupe voyageuse, ardente et dénuée,
Détourna la montagne et découvrit au loin
Une grasse prairie où moutonnait le foin,
Où serpentaient les eaux d’une vive fontaine. Elle entendit chanter plus d’une voix lointaine, : :'°" Et vit le groupe gai des tentes des chrétiens ea Y Unis dans ces déserts par de sacrés liens.
Sous un chêne orgueilleux dont l'antique feuillage De son ombre voiïlait les tentes du village,
Etaient agenouillés, avec soumission,
Le peuple et le pasteur de l'humble mission.
Voïilé par une vigne un crucifix de marbre
A vait été fixé dans l'écorce de l'arbre
Et semblait reposer un regard triste et doux
Sur les pieux chrétiens tombés à ses genoux.
A travers les rameaux du chène solitaire
La prière et le chant s’élevaient de la terre
Et montaient vers les cieux comme un divin encens. Les voyageurs, touchés de ces pieux accents, S'avancèrent sans bruit, la tète découverte,
Se mirent à genoux sur la pelouse verte,
Et prièrent longtemps avec dévotion.
Quand le prêtre eut donné la bénédiction
Qui tomba de sa main sur la foule attendrie
Comme le grain de blé tombe sur la prairie
De la robuste main de l'actif moissonneur,
Il s’'avança vers eux sollicitant l'honneur
De les avoir, longtemps, pour hôtes dans sa tente. Basile, un peu confus, d’une voix hésitante, L'assura d’un respect profond et filial.
En entendant parler son langage natal 4 Au milieu de ces monts, de ces forêts sauvages,
Que n’éveillent jamais que les grossiers langages Des ignares tribus qui peuplent ces déserts, | Ou des ours et des loups les discordants concerts, | , Le prêtre catholique eut une grande joie. A tr r6) En suivant un sentier où la verdure ondoïe,, ,,44 11
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Il guide à son wigwam les voyageurs lassés Puis il les fait asseoir sur des rameaux cassés Recouverts de la peau de riche bôte fauve ; k Et, signant de la croix son front auguste et chauve,
Il partage avec eux ses gâteaux de maïs,
Mets de tous les repas dans ces lointains pays. À chacun à son tour, en souriant, il passe, Pleine d’eau jusqu’au bord, sa vieille calebasse.
Bientôt les voyageurs disent, en peu de mots,
Le but de leur voyage et leurs pénibles maux.
Le prêtre leur répond d’une voix solennelle :
—( L'aube n’a pas six fois aux cieux tendu son aile, « Le soleil ne s’est point six fois non plus enfui,
« Depuis que Gabriel, des trappeurs avec lui,
«S’'est assis sur la natte où la vierge est assise,
« Pour se rendre à mes vœux, d’une voix indécise «Il me dit longuement son funeste destin,
« Puis il continua son voyage lointain. »
La voix du vieux pasteur était bien onctueuse : C'était le doux écho d’une âme vertueuse.
La vierge, cependant, sentait faiblir son cœur ; Chaque mot lui semblait éloigner le bonheur, Et tombait lourd et froid dans son âme tremblante, Comme durant l'hiver la neige ruisselante
Tombe dans un Chaud nid d'où s’est enfui l'oiseau. —([l va chasser au nord dans un pays nouveau,» Continua le prêtre, «et l'automne prochaine,
(Il revient avec nous prier sous le grand chène.
Evangéline, alors, dit à l’'humble pasteur D'une voix suppliante et pleine de candeur :
— «Mon père, permetltez qu’en ce lieu je demeure « Pour attendre l’époux ou bien ma dernière heure
Le bon prêtre touché de l’ardeur de ses feux, Se rendit aussitôt à ses suprèmes vœux.
Le lendemain matin, revêtu de son aube,
Le prêtre dit la messe à la clarté de l’aube ;
Et quand fut consommé l’holocauste divin, Basile fit seller son coursier mexicain,
Puis il s'achemina vers ses lointains rivages, N'ayant plus avec lui que ses guides sauvages.
Les jours se succédaient lentement, lentement ! Le maïs parfumé qui semblait seulement
Un verdoyant duvet répandu sur la terre, Quand la vierge arriva dans le bourg solitaire, Balançait maintenant ses longs épis dorés
Que les feuilles ceignaient de leurs tissus serrés. On épluchait déjà dans l'amour et la joie,
Les épis couronnés d’une aigrette de soie.
Les vierges rougissaient quand leur petite main Dépouillaient des épis aux graines de carmin.
Les vierges rougissaient et cachaient leur visage,
En riant, en secret, de l’amoureux présage ; Mais les jeunes amants allaient bien déposer, Indiscrets amoureux. un suavye baiser
Sur Aup Alor Le p Un « Et le Iles Com LÆa fl C'est Sëème Pour Seml Les f Plus Mais Et le Seule Est le Ensu
Ainsi Ils pa Tom Gabri Le pr L'abe L’oise Les s
Sur le front palpitant de leur tendre maitresse. Auprès d'Evangéline étrangère à l'ivresse Alors nul blond épis n’amena Gabriel.
Le prêtre lui disait : « Lève toujours au ciel Un cœur plein de foi vive, une humide paupière: Et le ciel, à la fin, entendra ta prière.
Ilest, dans nos céserts, une plante au front pur Comme l'étoile d’or dans la plaine d'azur ; La fleur mystérieuse au nord toujours s'incline : C'est une douce fleur que la bonté divine Sème, de place en piace, en nos prés étendus Pour diriger les pas des voyageurs perdus.
Semblable à cette fleur est la Foi dans notre âme. Les fleurs des passions ont bien plus de dictame, Plus de vives couleurs, plus de pompeux éclats ;
Mais soyons défiants, elles trompent nos pas,
Et leur baume suave est, hélas ! bien funeste. Seule ici-bas la Foi, cette plante céleste,
Est le guide éclairé de nos pas chancelants : Ensuite elle orne, au ciel, nos fronts étincelants.
Ainsi venaient déjà les beaux jours de l'automne. Ils passèrent pourtant! Les fruits de leur couronne Tombèrent, un par un, sur le guéret durci :
Gabriel ne vint pas ! l'hiver s'enfuit aussi ;
Le printemps embaumé s’ouvrit comme une rose; L'abeille butina la fleur nouvel-éclose ;
L'oiseau bleu fit pleuvoir sur les feuilles des bois Les suaves accords de sa joyeuse voix.
Gabriel ne vint pas ! Cependant sur son aile a Tant La brise de l'été portait une nouvelle de P Fire Plus douce que l'arôme et l'éclat des bouquets: : ee Que le frais coloris et l'odeur des bosquets, : Er « Gabriel le chasseur avait planté sa tente E € Au fond du Michigan, sous la voûte flottante, ds FE de Sous les pesants arceaux des antiques forêts, Et co
Où de la Saginaw roulent les flots muets. » ( Evangéline, enfin rendue à l'espérance, ns sue Oubliant sa faiblesse, oubliant sa souffrance, ue
Et tout ce qu’a d’amer une déception, pe: De si Dit un adieu pénible à l’humble mission. Æ pa cd Cherchant à fuir ses maux, sa triste destinée, x & + Avec elle partit la fidèle Shawnée. Dé be Après avoir longtemps erré dans le désert ; k: sua Après avoir, hélas ! plus d’une fois souffert A ya L’aiguillon de la faim et d’une soif acerbe ; | Quels
Aprés avoir couché, sans nul abri, sur l'herbe,
Elle atteignit des bois éloignés vers le Nord, ne Et de la Saginaw suivit au loin le bord. C ua
Un soir elle aperçut, au fond d’une ravine,
* La tente du chasseur... Elle était en ruine !....…. Annoi
Sur les ailes du temps s’envolaient les saisons. La pauvre Evangéline, aux lointains horizons, Ne voyait pas encor le bonheur apparaître.
Un profond désespoir consumait tout son être. Sous les feux des étés, les frimas des hivers, Elle traina sa peine en bien des lieux divers.
Dans «
Tantôt on la voyait aux missions moraves, en Priant Dieu de briser ses terrestres entraves; 7 Sur. un Champ de bataille aux malheureux blessés Tantôt elle portait des secours empressés ; Re Elle entrait aujourd’hui dans une grande ville,
Et demain se cachait dans un hameau tranquille, Comme un pâle fantôme on la voyait venir,
Et souvent de sa fuite on n'avait souvenir.
Quand elle commença sa course longue et vaine
Elle était jeune et belle, et son âme était pleine
De suaves espoirs, de tendres passions :
Sa course s’achevait dans les déceptions !
Elle avait bien vieilli ; sa joue était fanée ;
Sa beauté s’en allait ! Chaque nouvelle année Dérobait quelque charme à son regard serein,
Et traçait sur son front les rides du chagrin.
On découvrait déjà, sur sa tête flétrie, |
Quelques cheveux d'argent, aube d’une autre vie, Aurore dont l'éclat mystérieux et doux
Nous dit qu'un nouveau jour va se lever pour nous ;. Comme dans l'Orient l’aube brillante et vive
Annonce à l'univers que le soleil arrive.
Dans cette heureuse terre où de flots azurés La Delaware arrose, en chantant, vals et prés, .
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Il s'élève une ville harmonieuse et fière
Qui baigne ses beaux pieds dans la chaude rivière ;
Qui garde avec amour, dans son bois enchanteur, Le vénérable nom de Penn, son fondateur.
Là l’air est imprégné d’une douceur extrème ;
De la beauté la pêche est le charmant emblème ; Là, comme un doux écho, chaque rue a sa voix Qui murmure les noms des vieux arbres des bois, Comme pour apaiser les plaintives Dryades
Dont on a démoli les vertes colonnades.
C’est là qu'Evangéline, après ses longs travaux, Avait enfin trouvé le calme et le repos ;
Et c’est là qu'était mort Leblanc, le vieux notaire. De ses cent petits-fils, quand il quitta la terre, Un seul vint, un moment, s'asseoir à son chevet. C'est dans cette cité que la vierge trouvait
Le plus de souvenirs de sa terre natale.
Elle aimait des Quakers l'existence frugale,
Et l’usage charmant de tous se tutoyer :
Cela lui rappelait son antique foyer,
Et sa chère Acadie où se traitaient en frères
Les habitants unis dans l’heur et les misères. Après qu'elle eut fini ses courses ici-bas,
Par un divin instinct, ses pensers et ses pas
Se tournèrent d'accord, vers cette ville altière, Comme la feuille, au bois, se tourne à la lumière.
Quand la brise s'élève avec le frais matin
Et chasse les brouillards jusque dans le lointain, *:
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Le voyageur assis sur le flanc des montagnes 11%! Voit naître, sous ses pieds, de riantes campagnes: ‘4! De longs ruisseaux d'argent frangés de verts rameaux, Des clochers orgueilleux et d’agrestes hameaux; ” *- Ainsi quand les brouillards s’enfuirent de son âme, *- Bien loin, au-dessous d'elle, en des sentiers de flamme, Elle vit graviter le monde étincelant ; 7, Ja Et les sentiers ardus que d’un pas chancelant
Elle avait remontés avec tant de constance
Semblaient courts maintenant, et brillaient à distance.
Cependant Gabriel n'était pas délaissé :
La vierge, dans son cœur sous le deuil affaissé, Gardait fidèlement son image bénie,
Palpitante d'amour, charmante, rajeunie, Comme en ce jour heureux où, la dernière fois, Assise à ses côtés, elle entendit sa voix !
Les ans n’avaient point pu changer cette figure Qu'elle vit autrefois si placide et si pure !
Pour elle son amant n'avait jamais vieilli :
L'absence et le malheur l'avaient même embelli : Il était comme mort, mort à la fleur de l’âge, Dans toute sa beauté, sa force et son courage.
L'amour, la patience et l’abnégation,
À porter aux souffrants la consolation,
Voilà ce qu’en exil la vierge malheureuse
Apprit par une vie amère et douloureuse.
Elle épanchaït sur tous sa douce charité
Qui ne perdait perais de son intensité ;
Comme ces belles fleurs dont les brillants calices,.. Sans perdre de parfums, ni rien de leurs délices, Répandent dans les airs leurs suaves odeurs.
Son cœur brûlait souvent de divines ardeurs ;
Elle ne formait pas alors d'autre espérance
Que de suivre Jésus avec persévérance.
Elle entra dans un cloître et coupa ses cheveux, Puis au pied des autels elle fit de saints vœux.
Bien souvent on la vit, dans les coins de la ville Où vivote la classe indigente et servile ;
Où coulent tant de pleurs; où l’humble pauvreté, Honteuse et sans habits, cherche à fuir la clarté ; Où la femme malade est sans pain et travaille Pour nourrir ses enfants qui gisent sur la paille ; Bien souvent on la vit, brülant de charité,
Porter un doux espoir sous le toit attristé.
Chaque soir quand la foule était tout disparue ; Quand les hommes de guet qui longeaïent chaque rue Criaient, à haute voix, les heures de la nuit,
Et que chacun dormait dans son tiède réduit,
On voyait la lueur de sa lampe blafarde
Eclairer le carreau d’une pauvre mansarde.
Avant qu’à son sommeil l'heureux fut arraché,
Le pensif Allemand qui venait au marché
Avec fleurs et fruits mûrs dans sa lourde charétte)!!! La rencontrait toujours, rentrant dans sa retraite, !!1) Après avoir veillé, toute seule en pleurant, Au chevet solitaire où râlait un mourant.
Sur la ville vint fondre une peste maligne. | Plus d’un présage affreux, plus d’un funeste signe En avait averti l’orgueilleux citadin.
De sauvages pigeons avaient paru soudain :
Ils sortaient des forêts où pour toute pâture Ils n’avaient pu trouver qu’une noix sèche et dure. Leur vol rapide et sombre avait terni le jour. L'insecte sans murmure avait fui son séjour.
Ainsi que dans les mois d'avril et de septembre; Sur les champs émaillés et tout parfumés d’ambre, L'océan pousse un flot qui monte, monte encor, Jusqu'à Ce que le pré soit lui-même un lac d’or; De mème, franchissant sa borne accoutumée, L'océan de la mort sur la tes embaumée Où fleurissaient la vie, et l'amour, et l'espoir, Poussa soudainement son flot impur et noir.
Le riche, par ses biens, la beauté, par ses charmes, L'enfant, par ses soupirs, la mère, par ses larmes Ne purent désarmer le terrible oppresseur ; Et le frère mourait dans les bras de sa sœur; L'enfant pâle et maigri, sur le sein de sa mère; L’époux en embrassant une épouse bien chère!
Le pauvre, délaissé dans ce moment fatal ; Sans amis, sans parents, frappait à l'hôpital,
La demeure de ceux qui n’ont point de demeure ; C’est là qu’il attendait, en paix, sa dernière heure.
En ce temps l'hôpital s'élevait retiré,
En dehors de la ville, au coin d’un large pré: Aujourd'hui, cependant, la cité l’environne,
Et ses murs lézardés, le toit qui le couronne Semblent être un écho qui répète aux heureux
Ces mots que Jésus dit chez Simon le lépreux : —(Des pauvres sont toujours au milieu de vous autres.» Nuit et jour,'à l’hospice, avec de saints apôtres,
On voyait accourir la sœur de charité.
Et quand elle parlait de la félicité
Que Dieu réserve, au ciel, à ceux qui sur la terre, L’ont tendrement aimé comme on aime un bon père, Le mourant souriait et retrouvait l’espoir.
Sur le front de la vierge il croyait entrevoir
Une vive auréole, une lueur divine, | Comme au front de ces dieux un artiste en dessine, Ou comme de bien loin, pendant l'obscurité,
On en voit resplendir au front d’une cité.
Son regard lui semblait un rayon, une flamme
De ce ciel où bientôt allait monier son âme.
Un dimanche main, le temps était bien beau, Pensive et recueillie, elle vint de nouveau, Visiter l'hôpital encombré de malades.
Dans l'air chaud de l'été, sous ses vertes arcades,
le.
tutres.
ÉVANGÉLINÉ.
Le jardin balançait mille odorantes fleurs.
La vierge recueillit celle dont les couleurs
Pouvaient charmer les yeux, ou nourrir l'espérance
Des patients cloués sur leurs lits de souffrance ; Elle fit un bouquet, ensuite elle monta.
La brise, au même instant, sur son aile apporta Les sons mélodieux d’une cloche lointaine.
Des accents cadencés flottèrent dans la plaine
Et parurent se perdre au fond des vastes bois : C'était le chant pieux des graves suédois.
Un calme ravissant, une paix radieuse Inondèrent le cœur de la religieuse :
Quelque chose lui dit que se, peine achevait. Elle entra tout émue. A chaque humble chevet Que l’ange de la mort recouvrait de son aile,
Se tenait, en silence, un serviteur fidèle.
Il prodiguaït des soins au pâle moribond ; Mettait un linge froid sur sa tête et son front, Et portait de l’eau froide à ses lèvres arides.
Il fermait doucement les paupières livides
De l'être infortuné qui venait de mourir;
Lui croisait les deux mains, et pour le recouvrir Etendait un drap blanc sur sa figure pâle.
Quand la vierge rentra dans la fiévreuse salle Plus d’un visage mat parut se réveiller,
Se tourna lentement sur son dur oreiller,
Et sur elle fixa des yeux pleins de souffrance. Sa présence était douce et rendait l'espérance : C'était le jour naissant qui du clair horizon, Verse un reflet vermeil aux murs d’une prison.