LE RETOUR DU VOYAGEUR
J'aimais à voir l'oiseau sauvage Dormant sur le bord de son nid :
Mon œil suivait la faible lame Que traçait un léger canot :
J'écoutais le bruit de la rame
Et le chant du gai matelot.
C'est dans ces bois, dans ces prairies Que je courais petit enfant ;
Le, front orné de fleurs chéries
Au seuil j'arrivais triomphant.
Et si quelque peine légère
Venait troubler mon jeun: cœur Dans les bras de ma tendre merc J'allais oublier ma douleur !
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La neige a couronné nos collines brumeuses, De la campagne, au loin, l'uniforme blancheur Se déroule pareille aux vagues écumeuses
Où l’on voit se bercer des voiles de pêcheur.
Au fond de la forêt on entend de la hache
Les coups retentissants, sinistres, réguliers,
Puis on entend gémir le grand pin qui s’arrache, Et tombe en écrasant un rival à ses pieds.
L'hiver au front pelé comma un maïgre squelette, Tout couvert de frimas, s’assied à notre seuil :
Brisant ses blancs festons sur ses pas il les jette, Comme on jette un drap blane sur un sombre cercueil.
A la voûte des bois il ôte ses trophées
Comme un Crique aux vaincus ôte la peau du front ! Comme, au clair de la lune, un diable avec des fées Otent leurs noirs manteaux quand ils dansent en rond.
Dans les plaines en deuil sa main de glace enchaine Les lèvres du ruisseau qui voudrait soupirer ;
Elle suspend au tronc de l’érable et du chêne
Des rubans que le.vent se plaît à déchirer.
Dans le ciel désolé comme une âme coupable Le nuage ressemble à l'aile d’un lutin.
À peine d’un souris le soleil est capable,
Et le soir long et morne est proche du matin.
Pour le pauvre, l'hiver c'est un lit de souffrance
Où l’on voit se rouler de poignantes douleurs ;
Mais l'hiver, pour l’heureux, c'est un roi qui s'avance, En trainant après lui des guirlandes de fleurs.
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