L'HIVER
La neige a couronné nos collines brumeuses, De la campagne, au loin, l'uniforme blancheur Se déroule pareille aux vagues écumeuses Où l'on voit se bercer des voiles de pécheur.
Au fond de la forêt on entend de la hache Les coups retentissants, sinistres, réguliers. Puis on entend gémir le grand pin qui s'arrache, Et tombe en écrasant un rival à ses pieds.
L'hiver au front pelé comme un maigre squelette, Tout couvert de frimas, s'assied à notre seuil : Brisant ses blancs festons sur ses pas il les jette, Gomme on jette xin drap blanc syr un sombre cercueil.
1 54 l'hiver.
A la voûte des bois il ôte ses trophées Gomme un Crique aux vaincus ôte la peau du front ! Gomme, au clair de la lune, un diable avec des fées Otent leurs noirs manteaux quand ils dansent en rond.
Dans les plaines en deuil sa main de ^lace enchfùiic Les lèvres du ruisseau qui voudrait soupirer : Elle suspend au tronc de l'érable et du clièiio D?s rubans que le vent se plaît à déchirer.
Dans le ciel désolé comme une âme coupable Le nuage ressemble à l'aile d'un lutin. A peine d'un souris le soleil est capable, Et le soir long et morne est proche du matin.
Pour le pauvre, l'hiver c'est un lit de souffrance Où l'on voit se rouler de poignantes douleurs ; Mais l'hiver, pour l'heureux, c'est un roi qui s'avance. En traînant après lui des guirlandes de fleurs.