MÉLINA
<( Si l'oiseau chante « L'aube brillante (' Qui naît riante « Pour l'enflammer ; « Beauté suprême, « C'est ma voix môme « Qui dit : jk Je t'aime « Veux-tu m'aimer ? )>
« Si l'onde pure « Roule et murmure « Sous la verdure « Pour l'animer :
« Beauté suprême, « C'est ma voix môme « Qui dit : « Je t'aime (( Veux-tu m'aimer ? »
« Si le zéphire, « Le soir, soupire (( Comme une lyre « Pour te charmer ; « Beauté suprême, « C'est ma voix même (( Qui dit : « Je t'aime « Veux-tu m'aimer ? »
A SELIMA.
Dix-sept printemps ont noué leur couronne Autour de ton front radieux
Dix-sept printemps ! la vierge s'environne
Alors d'un charme gracieux !
Dix-sept printemps dont j'aperçois les traces Dans ton œil noir comme la nuit !
Dix-sept printemps dont tu gardes les grâces Sur tes lèvres où l'amour luit !
L'amour !...... pardonne à ce mot redoutable
Échappé de mon pauvre cœur.
Il te fait rire ! il me trouble et m'accable j
Pourtant l'amour c'est le bonheur !
Qui peut nier de ce divin dictame
Le prestige mystérieux ?
C'est une fleur qui parfume notre âme,
C'est un bien qui nous vient des cieux.
A 9ELIMA.
C'est une lampe, une brillante étoile Qui chasse l'ombre du malheur ;
C'est un beau rêve, un ciel d'azur qui voile Le souvenir de la douleur.
Autour de nous tout palpite, tout aime, Oui, tout ce qui vit, Sélima ;
L'amour, vois-tu, c'est une loi suprême Que le roi du ciel proclama.
Près du ruisseau, la légère alouette Aime l'eau qui flatte son pied ;
Et le grillon aime le feu qui jette Un rayon d'or sous le trépied ;
Le papillon aime le gai rivage Où nous le voyons badiner ;
L'active abeille aime la fleur sauvage Qu'elle s'empresse à butiner !
Le jeune oiseau, la gentille compagne Qui reste fidèle à son nid ;
Et le chasseur, l'écho de la montagne, Lorsque le jour se rembrunit.
Moi, Sélima, dont chaque jour redouble
La mélancolie et l'effroi.
Ah ! j'aime aussi, car mon âme se trouble
Quand ton œil noir s'attache à moi !
Jeune fille craintive,
A ma lyre plaintive Tu viens demander des accords :
Aimes-tu la prière
Du barde à l'âme fière Qui passe inconnu sur ces bords
Sois heureuse, douce et gentille D'un pur amour subis la loi.
Sois plus heureuse, jeune fille, Que celui qui chante pour toi !
Déjà ma lyre est prête :
La tâche du poète Est de chanter dans ce séjour ;
Chanter l'heure de peine,
Chanter l'heure sereine, Chanter le ciel, chanter l'amour.
Sois heureuse, douce et gentille D'un pur amour subis la loi.
Sois plus heureuse, jeune fille.
Que celui qui chante pour toi ! '
Dans son nid de feuillage Le jeune oiseau sauvage
Craint moins la serre du vautour, Et toi, près de ta mère, D'une pensée amère
Tu redoutes moins le retour.
Sois heureuse, douce et gentille :
D'un pur amour subis la loi.
Sois plus heureuse jeune fille, Que celui qui chante pour toi !
Avec l'aube vermeille
Un doux espoir s'éveille Souvent dans notre pauvre cœur :
Souvent le soir efface
La radieuse trace Qu'avait laissée un court bonheur.
Sois heureuse, douce et gentille D'un pur amour subis la loi.
Sois plus heureuse, jeune fille, Que celui qui chante pour toiî
'- La fraîche sensitive.
Sur le bord de la rive
Sourit aux rayons du matin Que l'âme sans mystère D'un ami sur la terre
Vienne sourire à ton destin !
Sois heureuse, douce et gentille :
D'un pur amour subis la loi.
Sois plus heureuse, jeune fille, Que celui qui chante pour toi !
Au vent livrant son aile La légère nacelle ,
Glisse sur les flots radieux :
Glisse, glisse comme elle, Simple, tendre et fidèle !
Glisse doucement vers les cieux !
Sois heureuse, douce et gentille :
D'un pur amour subis la loi. Sois plus heureuse, jeune fille, Que celui qui chante pour toi !
Ecoutez ! écoutez ! Quel bruit se fait entendre, Au fond de la forêt, sous les sombres rameaux ? Sur les flancs vaporeux des arides coteaux ? Dans les nuages noirs qu'on regarde s'étendre, Gomme de grands linceuls, au bord de l'horizon ? Dans les flots irrités dont la crête écumeuse Se déchire et se tord sur la rive brumeuse ? Parmi la mousse humide et le pâle gazon ?
C'est comme une plainte Qu'inspire la crainte !
C'est un long soupir Qui semble sortir Du fond de la terre.
Comme une clameur Qu'exhale le cœur Que la douleur serre î C'est un amer sanglot ; C'est un cri de peine.
Eternelle et vaine Que la brise traîne.
Gomme elle traîne un flot !
Ou c'est une prière Que chaque rameau, Que chaque arbrisseau De répaisse bruyère, Que l'airain de la tour, Le temple solitaire Semblent, avec mystère, Nous faire tour à tour !
Ecoutez ! écoutez ! Le bruit sans cesse augmente ! Là c'est comme un torrent dont la puissante voix Sourdement retentit dans l'épaisseur des bois ; Ou comme une forêt qu'un ouragan tourmente ; Ou comme le fracas d'un vieux mur s'affaissant. Ici l'on croit entendre une plainte pareille Aux sinistres accents de la triste corneille Sur le chauve sommet d'un chêne frémissant !
Et le jour se déroule en vagues ténébreuses
Qui tracent au ciel gris de noirâtres sillons :
Le soleil désolé dépouille ses rayons :
Puis des globes de flamme aux crinières poudreuses
Glissent, en bourdonnant, sous le ciel attristé ;
Les lambeaux d'un feu sombre, émiettés au passage.
Font briller un instant le vagabond nuage
Qui replonge aussitôt dans son obscurité.
On dirait un sanglot immense De la nature autour de nous :
Enfants du Christ, entendez-vous Cette plainte qui recommence ?
Sais-tu ce que c'est, voyageur ?
Ton âme a-t-elle quelque doute ?
N'aurais-tu pas vu sur ta route Quelqu'esprit souffrant ou vengeur ?
Petit enfant, dans ta prière A genoux bien dévotement, As-tu pensé, quelque moment, Aux habitants du cimetière ?
SaiS'tu ce que c'est, le sais-tu, Jeime fille tout étonnée, Toi que le ciel a couronnée Des grâces et de la vertu ?
Jeune homme plongé dans l'ivresse.
Sais-tu ce que c'est ? dis-le-moi :
Lorsque tout pleure autour de toi Tu ris et tu chantes sans cesse !
De temps en temps, près des ruisseaux, On voit glisser un blanc fantôme ; On en voit glisser sous le dôme Des grands pins au front des coteaux !
C'est un père dont les années Avaient argenté les cheveu3ç :
Il gémit de longues journées Pour rendre ses enfants heureux.
Semblable aux jours de sa vieillesse Il est courbé sous la tristesse :
Il lève, vers son fils,
Ces mains, qu'avec mystère,
Il levait sur la terre
Pour le bénir jadis.
Et sa voix funèbre et plaintive, Portant la tristesse et l'effroi, Murmure à l'oreille attentive :
« 0 mon cher fils, priez pour moi ! n
C'est une mère, hélas ! trop tendre Pour les chastes fruits de son sein !
Son amour n'a pu la défendre Au tribunal du Souverain.
Elle est au seuil de sa chaumière ; Des larmes voilent sa paupière :
Un souris vient mourir Sur ses lèvres flétries.
Fleurs que dans les prairies L'automne fait périr !
Et sa voix funèbre et plaintive, Portant la tristesse et l'effroi.
Murmure à l'oreille attentive :
« O mes enfants, priez pour moi î »
C'est une sœur charmante et bonne Que son printemps ornait encor :
Elle tomba fleur que moissonne, Avant l'été, la serpe d'or !
Et maintenant sa voix plaintive, Portant la tristesse et l'effroi, Murmure à l'oreille attentive :
« 0 mon frère, priez pour moi ! »
C'est un frère, un ami d'enfance Que nous a ravis le tombeau !
Ils partageaient notre souffrance Et nous rendaient le jour plus beau !
Et maintenant leur voix plaintive.
Portant la tristesse et l'effroi.
Murmure à l'oreille attentive :
« 0 mon ami, priez pour moi ! »
C'est un homme que l'infortune.
Jusqu'à la tombe, a poursuivi :
Sa présence était importune ; Et nul regret ne l'a suivi !
Et maintenant sa voix plaintive.
Portant la tristesse et l'effroi.
Murmure à l'oreille attentive :
« Vous malheureux, priez pour moi 1 »
Seigneur, c'est assez de vengeance I Ah ! désarmez votre courroux !
Vous êtes un Dieu d'indulgence ; Et pardonner vous est si doux !
Nous ne sommes qu'une poussière, Mais nous vous prions à genoux !
Ecoutez notre humble prière :
0 Dieu clément, écoutez-nous î
Pitié ! pitié ! Dieu de justice !
Pitié pour vos pauvres enfants î C'est plus faiblesse que malice S'ils furent désobéissants !
Quand votre bras frappa leur tête Afin de les éprouver tous, Serein comme en un jour de fête Leur front s'est courbé devant vous.
Si vous êtes un Dieu sévère Où trouverez-vous la blancheur ?
Gomment le pauvre homme pécheur Soutiendra-t-il votre colère ? . , :. .
Créature charmante, Douce, vive, innocente, Qui me ris au berceau, Tu Commences ta course Pure comme à sa source Le limpide r\usseau.
J'aime ta voix mignonne Et ton front que couronne A peine un blond duvet I J'aime ta lèvre rose Qu'un tiède lait arrose Et qu'un souris revêt !
J'aime ton pied d'albâtre Que je vois se débattre Dans tes langes défaits, Et ta main blanche et grasse Qui joue et s'embarrasse Dans mes cheveux épais !
Ta mère te caresse, Et combien sa tendresse Ne te plaît-elle pas ?
Pourtant si je t'appelle Tu te détournes d'elle En me tendant les bras.
Tu ris bien, ma coquine, Et ta voix enfantine Gazouille un chant bien doux, Quand avec complaisance Je te fais en cadence Sauter sur mes genôtix.
Repose, petit ange, Repose dans ton lange.
Sans peine et sans ennuis !
Le bonheur à ton âgé, N'est point semé d'orage Gomme au temps ou je suis !