SON AME S^ENVOLA
Je la voyais passer à chaque aube nouvelle, Marchant d'un pas rêveur, le regard abattu : Gomme par son parfum la rose se révèle Elle se révélait par sa douce vertu.
Gomme une feuille tombe avant le froid d'automne, Gomme tombe un épis avant que de mûrir, Du monde n'aimant plus le refrain monotone Elle pencha son front et ce fut pour mourir.
Et comme une colombe étend ses blanches ailes, Roucoule et prend son vol vers l'Orient de feu, Entre nos bras laissant ses dépouilles mortelles Son âme s'envola, s'envola jusqu'à Dieu.
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Lorsque la nuit étend son pâle voile Gomme un drap noir sur un sombre cercueil, Dans la noirceur quand apparaît l'étoile Gomme l'espoir dans un cœur plein de deuil.
Mon œil humide à travers sa tristesse Voit s'écouler la foule des heureux, Pareille aux flots qu'avec bruit et sans cesse, Roule au rivage un souffle rigoureux.
Je vois passer, comme au jour d'une fête, Quelques amis vêtus pompeusement
Et qui de moi détournèrent la tête
Que fit rougir mon grossier vêtement.
Je vois passer, légère et palpitante, Gomme une fleur que promène le vent, Une beauté dont l'œil trompeur enchante Et dont le cœur vous trahit bien souvent .
Puis je chemine où le hasard me pousse, La tête basse et d'un pas indécis :
Et sous un toit que recouvre la mousse, Quand je suis las, je cache mes soucis.
Et là debout devant une fenêtre Par où le jour ne peut qu'à peine entrer, Plein d'amertume, oh ! je regrette d'être Et je voudrais dans la poudre rentrer !
Coulez ! coulez î ô longs jours de tristesse ! Dans votre fuite emportez mes douleurs ! Coulez ! coulez avec plus de vitesse ! Assez longtemps j'ai répandu des pleurs !
Loin de la rive où j'ai laissé l'ivresse, Infortuné, je sèche dans l'ennui ' Je ne vois point de terme à ma détresse ! L'espoir, hélas ! ne m'offre plus d'appui !
Mon cœur souvent, à la brise qui passe, Confie, en vain, des plaintes, des souhaits ! Souvent mes yeux s'égarent dans l'espace Cherchant le ciel sous lequel je chantais !
La jeune fleur s'épanouit et tombe Jouet futile emporté dans les champs ; Comme elle, moi, dès l'aube je succombe, Et je dirai bientôt mes derniers chants !
ni
A MADAME ED. RÉMILLARD
Sèche tes pleurs, heureuse mère :
Le jour où ton fruit gracieux Laissa cette pauvre terre, Tu donnas un ange aux cieux.
Contemplant sans cesse, en extase, Comme une fleur dans un beau vase Cette âme blanche en ce beau corps, Un ange veillait auprès d'elle, Et gardien aimable et fidèle Il ne la quitta pas alors !
Cette enfant tant chérie Sur ton cœur s'est flétrie
Malgré l'effort de ton amour.
Dieu te l'avait donnée Mais déjà couronnée
Pour la fête de son séjour.
282 A MADAME ED. RÉMILLARD,
Déjà son aimable sourire Jetait dans un divin délire Ton cœur qui bénissait le ciel, Quand sa petite lèvre rose, Pareille à la fleur demi-close Sentait le baiser maternel.
Gomme dans les vallées
De silence voilées Le berger aperçoit souvent
De la frôle pervenche
La petite fleur blanche S'en aller au souffle du vent,
De même une haleine mortelle Vint de la tige maternelle Détacher l'adorable enfant, Mais l'ange, chantant son cantique, Avec elle, au divin portique, Alors s'envola triomphant.
Sèche tes pleurs, heureuse mère :
Le jour où ton fruit gracieux Laissa cette pauvre terre, Tu donnas un ange aux cieux.