‹ Essais poétiquesChapitre 6 sur 35 · A MES HIRONDELLES · texte numérisé non relu

A MES HIRONDELLES

Lhiver au doux printemps vient de céder la place Mars de sa tiède haleine a rechauffé 1 espace ,

La prairie étale ses fleurs ;

Revenez donc , mes hirondelles ,

Ne me soyez point infidèles ,

Revenez : le bruit de vos ailes

A l'instant suspendra mes pleurs,

Le destin vous protège, oiseauv de bon augure. Pour vous faire admirer de la belle nature , Le sublime et pompeux réveil ,

Zéphir dans son char vous ramène ; Il souffle et sa légère haleine Suspend votre robe d'ébène Aux ravons de 1 astre \ermeil.

Dirigez votre essor vers la belle Provence ;

Plus longtemps je ne puis supporter votre absence ,

Hâtez , hâtez votre retour :

Sans prétendre au nom de poëte ,

Des fenêtres de ma chambrette ,

Je salùrai ce jour de fête

Par des couplets remplis d'amour.

Arrivez à bon port, charmantes voyageuses!

Que l'arme du chasseur sur vos plumes soyeuses N'ose lancer le plomb fatal !

Fuyant l'impétueuse fronde , Rasez les cieux , la mer profonde , Et puis , en tournoyant sur l'onde , Mirez-vous dans son beau cristal.

De votre blanc duvet vos nids sont pleins encore ; Venez-y reposer demain avant l'aurore ;

S'il m'arrivait de m'oublier,

Que votre chant plaintif m'éveille ,

J'irai vous offrir ma corbeille ;

Et de mon pain bis de la veille

Vous pourrez vous rassasier.

J'assistais à vos jeux : cette douce habitude , De mes longs jours charmait la triste solitude ;

Je "veux en être encor témoin.

De cette main que nul ne presse

Venez quêter une caresse ,

Mon cœur d'épancher sa tendresse

Éprouve en tout temps le besoin.

Vous redirai-je assez combien vous m'êtes chères , Combien mes vœux pour vous sont ardents et sincèresl

Venez vous fixer pour toujours

Sous ma vieille et mince toiture ;

J'ai pour voisine une onde pure,

Du grain pour votre nourriture ,

Des nids pour cacher vos amours.

Laissant au rossignol les ombres du bocage, Dans mes vases garnis de fleurs et de feuillage ,

Gazouillez du matin au soir :

Je veux que chacune en dispose ,

Et pour mieux becqueter la rose ,

La giroflée à peine éclose ,

Perchez-vous sur mon arrosoir.

Est-ce vous qui rasez ces antiques tourelles? Revenez promptement , mes chères hirondelles : L'ennui pèse à mon front rêveur.

Une sombre mélancolie Knvironnema triste >ic.

Revenez : votre compagnie Dorme la paix et le bonheur.

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