‹ Essais poétiquesChapitre 7 sur 35 · OUVRIÈRE EN MODES , A MARSEILLE · texte numérisé non relu

OUVRIÈRE EN MODES , A MARSEILLE

Je les ai lus tes Ners Pauvre Ouvrière, Et mes yeux n'ont cessé pendant une heure entière, Sur ces vers inspirés de répandre des pleurs ; Car je suis ouvrière et comprends ses douleurs. Oui , bien loin d'adoucir son existence amère, Nul mortel jusqu'ici na sondé sa misère.

(♦) M"* C. ... B.... a publié, dans le recueil de l'Athénée Duvricr de Marseille, une pièce de vers intitulée VOuvrièie. Dans cette pièce, elle se plaint amèrement de lalnindon o{ de

On la croit insensible, elle sent vivement, L'ouvrière! elle sonlTre et se plaint rarement. Ainsi que tu le dis, la froide indifférence ; Ajoute a son chagrin , a sa longue soufTrance. Succombant sous le poids d'un incessant labeur. Pour la fille du peuple il n'est point de bonheur. Oh ! non il n'en est point , surtout quand cette fille Sans parents , sans amis , sans nom et sans famille. Naît poëte, et qu'elle est fidèle à son devoir! Mais, dis, pourquoi livrer son âme au désespoir? Est-ce parce qu'en proie au besoin qui l'assaille, De l'aube au crépuscule il faut qu'elle travaille , Pour gagner chaque jour le pain qui la nourrit? Ou que dans l'abandon qui , suivant toi , l'aigrit , Loin des salons dorés où le riche s'amuse , Il lui faut vivre seule , et de sa chaste muse Étouffant à regret les généreux élans , Prendre du lendemain les soucis accablants? De sa vie , o ma sœur ! c'est faire un long martyre. Des sons plus consolants tomberont de ma lyre. Ahl n'exagérons rien : l'ouvrière ici-bas Vit durement; mais Dieu ne l'abandonne pas.

la misère qui sont le partage de la fille du peuple, qui n'obtient pas môme de son travail de quoi satisfaire à ses plus pressants besoins. Reine Garde , en lui répondant , cherche à lui faire comprcnflrc que l'ouvrière trouve toujours, dans sa condition modeste, des motif de résignation, surtout lorsque Dieu lui a accordé le sentiment de la poésie.

(note de l'éditeur.)

Surtout quand , pour calmer les chagrins de la vie , Il permet que son cœur s'ouvre à la poésie. Seulement repoussons l'encens doux et trompeur, vjue nous offre parfois un monde adulateur. Lobscurité , voilà notre première gloire I Ecartons loin de nous la coupe où vinrent boire Malfilàtre , Gilbert , Hégésippe Moreau , Mercœur.... d'autres encor descendus au tombeau. Leurs noms sont entourés de quelque renommée ; Mais n'ont-ils pas trop cher payé cette fumée? Si d'un refus honteux le volontaire affront N'a pu faire un seul jour rougir leur noble front , Combien ils ont souffert I Jouets du sort bizarre, Sur un mauvais grabat ainsi que le Lazare, N'ont-ils pas succombé de misère et de faim? De ces frères aimés ! quelle est triste la fin ! Qu'il est touchant Tadieu qu'ils firent à la vie!

Ne les imitons pas , plaignons-les , Césarie I Comme eux nous entendons ce langage des cieui Que nous parle la muse , et les pleurs de nos yeux Prouvent que notre cœur se refuse avec peine A ces doux entretiens dont le charme lentraîne. Omme eux nous éprouvons, nous sentons tout cela; Mais la prudence dit de nous en tenir là. Va , contre le destin n'ayons pas de rancune ; (iardons-nous seulement de tenter la fortune,

Car ce but vers lequel chacun tend ici-bas , Souvent on ne l'atteint qu'au moment du trépas. Loin de nous allliuer, ma sœur er poésie, De ce que notre coupe est vide d'ambroisie, Nous devons chaque jour faire un nouvel effort , Pour triompher des coups (jue nous porte le sort. Cependant si des vers le charme nous enivre , Chantons en travaillant pour gagner de quoi vi\rr. Tuisqu'à notre foyer la muse vient s'asseoir, Laissons-là , mais faisons du matin jusqu'au soir. Toi des bonnets , et moi des corsets, des chemises; Et , lorsque la nuit vient, au murmure des brises , En rôvant, du destin oublions la rigueur. Ah ! qu'on respire à l'aise après un dur labeur I La mansarde a pour nous quelque chose d'aimabh*. Un regard de fierté plane sur notre table , Quand seules, et souvent de nos larmes baigné. Nous mangeons le pain bis que nous avons gagné. Crois-moi , fuyons des biens si peu dignes d'envie , Et dès ce jour, ma sœur, de notre obscure vie, Dont nous trouvons parfois si rude le chemin, Parcourons ce qui reste en nous donnant la main.

Page 1