Oa tiDuvera, Owen, iii.D£ le lii n- 88-29); Paris
« Le monde religieux n'est que le reflet du monde réel. Une société où le produit du travail prend généralement la forme de marchandise et où, par conséquent, le rapport le plus général entre les producteurs consiste à comparer la valeur de leurs produits, et, sous cette enveloppe de choses, à comparer les uns aux autres leurs travaux privés à titre de travail humain égal, une telle société trouve dans le christianisme avec son culte de l'homme abstrait, et surtout dans ses types bourgeois, protestantisme, déisme, etc., ^le complément religieux le plus convenable. Dans les modes de production de la vieille Asie, de l'antiquité en général, la transformation du produit en marchandise ne joue qu'un rôle subalterne, qui cependant acquiert plus d'importance à mesure que les communautés approchent de leur dissolution Le degré inférieur de développement des
forces productives de travail qui les caractérise et qui, par suite, imprègne tout le cercle de la vie matérielle, l'étroitesse des rapports des hommes, soit entre eux, soit avec la nature, se reflète idéalement dans les vieilles religions nationales. En général, le reflet religieux du monde réel ne pourra disparaître que lorsque les conditions du travail et de la vie pratique présenteront à rhomme des rapports transparents et rationnels avec ses semblables et avec la nature. La vie sociale, dont la production matérielle et les rapports qu'elle implique forment la base, ne sera dégagée du nuage mystique
qui en voile Taspect, que le jour où s'y manifestera Tœuvre d'hommes librement associés, agissant consciemment et maîtres de leur propre mouvement social. Mais cela exige dans la société un ensemble de conditions d'existence inatérielle qui ne 'peuvent être ellesmêmes le produit que d'un long et douloureux développement ^ »
Ce qui différencie donc le socialisme, dit matérialiste, de Marx, du socialisme idéaliste ou utopique, ce n'est pas un rétrécissement, mais un renversement des points de vue. Pas plus que le fouriérisme ou le saint-simonisme, le marxisme ne se restreint à la seule question des intérêts matériels. Seulement, au lieu d'admettre qvie c'est « la conscience de Thomme qui détermine sa manière de vivre », il enseigne que c'est « sa manière de vivre qui détermine sa conscience »; au lieu de considérer les principes de la morale, du droit ou de la religion, comme des « vérités éternelles », il en fait des « catégories historiques », dont les transformations dépendent, en dernier ressort, des transformations qui s'opèrent dans Tordre matériel.
Mais de ce que, d'après Marx, la morale, le droit ou la religion se trouvent sous la dépendance des conditions économiques,. il serait absurde de conclure que le socialiste doit se désintéresser des questions juridiques,
1. Karl Marx, Le Capital, vol. I, trad. fr. de J. Roy, p. 31: Paris, Lachàtre, 1872.
morales ou religieuses, pour se consacrer exclusivement à la défense des intérêts économiques du prolétariat ^
Idéalistes ou matérialistes, utopiques ou scientifiques, tous les systèmes socialistes ont ceci de commun qu'ils impliquent non seulement une économie politique nouvelle, mais une philosophie, une morale et un droit nouveaux.
A ce point de vue, le socialisme de Marx est aussi « intégral » que celui de Benoît Malon.
En résumé, le socialisme, comme les religions, est une sociologie. Mais, au lieu d'être une sociologie mystique, qui met des principes à la base des institutions, c'est — du moins chez Engels et Marx — une sociologie réaliste, qui met des institutions à la base des principes.
En partant de la croyance au surnaturel, les religions, et, en première ligne, la religion catholique, tendent à régler les mœurs et, par les mœurs, la vie sociale tout entière. En partant de la transformation du régime économique, le socialisme aboutit à révolutionner toute la superstructure juridique, morale, philosophique ou religieuse. Il est donc inévitable que les religions et le socialisme entrent en contact, bien que leurs points de départ soient diamétralement opposés.
\ . Nous renvoyons sur ce point à l'introduction du présent volume, pp. 13 et suiv.
Reste à savoir — ce sera Tobjet du prochain paragraphe — si rinterpénétration, la rencontre des deux doctrines, au point de jonction qui s'appelle la morale, se traduit nécessairement par un antagonisme, ou s'il est possible, au contraire, de concilier les théories économiques, ou politico-économiques du socialisme avec les conceptions métaphysiques qui se trouvent à la racine des religions.
Le socialisme et les religions d'autorité
« Là où la vie céleste est une vérité, la vie terrestre est un mensonge; où la fantaisie est tout, la réalité n*est rien. Qui croit à une vie paradisiaque éternelle, ne trouve pas la moindre valeur dans la vie passagère d'ici-bas. Que dis-je? Depuis longtemps, elle a perdu pour lui toute importance, car la foi à la vie future est la foi à la nullité et au vide absolu de la vie présente.
c( Feuerbach. »
Pendant la première moitié du xix« siècle, la plupart des socialistes, bien loin de mettre en doute la possibilité d'une conciliation entre le socialisme et le christianisme, se réclamaient du christianisme et se proclamaient les disciples du « sans-culotte Jésus ».
Depuis lors, les idées ont beaucoup changé, sur ce point, et, pour mesurer l'importance de ce changement, il n'est pas d'exemple plus caractéristique que celui des socialistes français.
Aujourd'hui, le socialisme en France apparaît, au point de vue religieux, comme l'expression la plus énergique, pour ne pas dire la plus outrancière, de Tanti-
Vandervelde. 9
cléricalisme. Il n'est pas seulement anticlérical, mais anticatholique et antichrétien. 11 n'envoie pas seulement « le Saint-Père au diable », mais « le Christ à la voirie ».
A Tépoque de la révolution de 1848, au contraire, le socialisme se posait, théoriquement et pratiquement, en continuateur de TEvangile. Il était venu pour Taccomplir et non pourTabolir. Au local de la plupart des associations ouvrières et chez nombre de travailleurs socialistes, on voyait une gravure figurant Jésus en charpentier, avec cette devise : « Jésus de Nazareth, premier représentant du peuple ». Au lieu de dîner gras le vendredi saint, pour fêter la mort du Christ, on se réunissait en banquets démocratiques, le jour de Noël, ppur célébrer sa naissance. Proudhon lui-même, malgré son anticléricalisme, était contraint de sacrifier à la mode du jour et d'insérer, dans son journal, les annonces et les comptes rendus de ces agapes christiano-socialistes K
Ainsi, par exemple, le 25 avidi. 1848, une commission, composée de femmes démocrates-socialistes avait organisé, salle Valentino, un « banquet anniversaire de la naissance du Christ à 1 fr. 50 par tête (50 centimes pour les enfants) ». Or, le Peuple, le journal de Proudhon, publia, de cette réunion, le compte rendu suivant :
1. JoLY, Le Socialisme chrétien^ p. 197 et suiv.; Paris, Hachette, 1892; Benoit Malon, Exposé des écoles socialistes en France^ p. 230; Paris, 1872.
(( La lecture du discours sur la Montagne a ouvert dignement la séance; l'hymne à la fraternité, chanté avec recueillement, a précédé les toasts, dont nous donnons la liste :
« Au Christ, père du socialisme ! par une dame dont le nom nous échappe. A ravènement de Dieu sur la terre /par M™® Jeanne Déroin, etc.
« Notre ami Pierre Leroux, qui est toujours prêt à répondre aux appels de ses frères et amis a repris et commenté le discours sur la Montagne, et salué l'avènement d'une religion nouvelle, basée sur la solidarité, réunissant l'affirmation du cœur à la sanction de la science. Cette improvisation, dite avec effusion et enthousiasme, a été accueillie par les plus vifs applaudissements.
« Suivent les toasts :
« A Noël ! par M"^ Brazier.
« A Sain t- Jus t ! martyr de Thermidor ! par Hervé.
(( Au Christ vivant, à la France! par Bernard ».
On se demande ce que diraient des journaux comme la Raison ou V Action, si les socialistes de 1904 se réunissaient le jour de Noël, donnaient lecture du Sermon sur la Montagne, saluaient Tavènement de Dieu sur la terre et portaient un toast au Christ, père du Socialisme !
11 y a un demi-siècle, cependant, ces manifestations, qui nous semblent, à nous, si étranges, ne soûle-
valent aucune critique. Au lendemain des massacres de Juin, à la veille du coup d'Etat, la classe ouvrière croyait encore à la démocratisation possible de TEglise et ce n'étaient pas seulement des hommes du peuple, des femmes dégagées à peine du confessionnal, c'étaient des théoriciens et des philosophes, comme Pierre Leroux, Bûchez, Pecqueur et, avant eux, Fourier ou Saint-Simon, qui cherchaient à concilier, ou à réconcilier, rÉglise et la Révolution, le Christianisme et le Socialisme.
De môme, aux premiers temps de Tère chrétienne, les chrétiens judaïsants soutenaient, contre saint Paul, que Ton pouvait adhérer à l'Eglise nouvelle tout en restant fidèle au Temple, que la doctrine du Christ n'était qu'un développement, une continuation, un perfectionnement, de la Loi et des Prophètes.
Rien de plus conforme d'ailleurs, aux habitudes de l'esprit humain : étant donné notre conservatisme mental, il faut toujours un certain temps avant que toutes les conséquences d'un principe se dégagent, et ceux-là même qui apportent une doctrine nouvelle, ne conçoivent pas toujours, de prime abord, son originalité.
C'est ainsi que les Pères du socialisme français, les fondateurs des* deux grandes écoles qui exercèrent une influence prépondérante, pendant la première moitié du xix® siècle, crurent, eux aussi, que le socialisme n'était pas autre chose que l'accomplissement du chris-
tianisme, la réalisation du royaume de Dieu sur la terre.
En arrivant au terme de l'exposé des théories sociétaires, Fourier en cherchait la confirmalion dans* les « Saints Evangiles » ; il s'efforçait d'établir, avec textes à l'appui, que sa révélation sociale était annoncée dans l'Écriture sainte, qu'elle était implicitement contenue dans la révélation du Christs
Saint-Simon de son côté achevait son œuvre en écrivant le Nouveau Christia?iisme, Il déclarait, tout en se livrant à une critique acerbe du catholicisme et du protestantisme, que le principe de la fraternité chrétienne renfermait déjà toutes les idées comprises dans ce précepte de la religion saint-simonienne : « Toute la société doit travailler à l'amélioration morale et physique de la classe la plus pauvre ; la société doit s'organiser de la manière la plus convenable pour lui faire atteindre ce grand but ^
1. Nouveau monde industriel (1829) : « Le royaume des cieux ou harmonie sociétaire était annoncé aux humains; ils pouvaient y outrer sans délai, s'ils eussent voulu voir de leurs yeux et entendre de leurs oreilles ; voir l'absurdité du régime philosophique nommé civilisation, toujours favorable à l'injustice et à l'oppression ; entendre la parole divine qui lui promet le royaume des cieux dès ce monde, s'ils veulent le chercher : Quœrite et invenietis, Cherchez et vous trouverez.
« J'essaie de dessiller leurs yeux, dans cette homélie où j'expliquerai le sens mystérieux d'une parabole non comprise jusqu'à ce jour, celle du ROYAUME DES CIEUX, quc le Messie conçoit en double sens ; il annonce le royaume de justice en Tautre monde et en celui-ci. annonce évidente des biens terrestres qu'il garantit formellement aux hommes, dès l'instant où ils auraient trouvé le royaume de Dieu et sa justice^ l'harmonie sociétaire, image du royaume céleste et avant-coureur de la félicité promise aux élus dans une autre vie. » L'Harmonie universelle et le P halanstèi'e, exiposés par Fourier, t. II, pp. 367 et suiv.; Paris, librairie phalanstérienne, 1849.
2. Saint-Simon, Nouveau Christianisme ^ dialogues entre un conservateur et un novateur, p. 71; Paris, 1825.
Malgré tout, cependant, il est bien difficile de soutenir que le panthéisme saint-simonien ne soit pas autre chose que le monothéisme de Jésus-Christ, ou bien que Tattraction passionnelle de Fourier et ses théories sur le mariage se trouvent implicitement contenues dans la révélation chrétienne !
Et, d'une manière générale, il paraît non moins difficile de prétendre que le christianisme, fondé sur la croyance au surnaturel et qui tend à détacher l'homme des choses de ce monde, ne diffère pas essentiellement du socialisme, qui ne s'occupe pas du monde invisible et entend réaliser sur cette terre son idéal de justice et de fraternité.
Est-ce à dire toutefois, que, malgré cette différence fondamentale, d'où dérivent tant d'autres différences importantes, il y ait, entre le socialisme et le christianisme de tels abîmes que Ton ne puisse, en bonne logique, se déclarer, à la fois, chrétien et socialiste ?
Pour répondre à cette question, le plus nettement possible, une distinction s'impose entre le christianisme de rÉvangile et les religions qui procèdent de l'Évangile.
En ce qui concerne, d'abord, le christianisme évangélique, nous ne voyons aucun obstacle à ce qu'un disciple du Christ, ne relevant que de sa conscience, n'acceptant le magistère d'aucune Eglise, adhère au programme politique ou économique de l'un ou l'autre
des partis socialistes. On peut, sans contradiction, croire à la divinité du Christ et à la nécessité d'une transformation sociale dans le sens du collectivisme. Quant aux doctrines économiques ou politiques qui peuvent
se trouver dans TEvangile, elles sont manifestement trop vagues, trop indéterminées, pour s'opposer, d'une manière irréductible, à d'autres doctrines politiques et économiques.
Nous n'en voulons pour preuve que les controverses innombrables et sans cesse renaissantes, sur la portée sociale véritable des textes évangéliques.
Les uns — c'est la grande armée des conservateurs — découvrent en certains de ces textes le germe de la théorie de non-résistance, ou interprètent la phrase fameuse, « Vous aurez toujours des pauvres parmi vous » en ce sens que la division des classes serait conforme au plan providentiel.
D'autres, au contraire, voient dans le Nouveau Testament un socialisme avant la lettré, une prédication sociale pour le relèvement des opprimés.
D'autres, enfin, soutiennent que, pour Jésus et les premiers chrétiens, le royaume des cieux était proche; il allait bientôt arriver « comme un voleur » ; le Messie ne tarderait pas à venir « sur les nuées du ciel ». Par conséquent, ils ne pouvaient avoir qu'une indifférence dédaigneuse pour un monde qui allait finir et ce serait aller à Tencontre du sens primitif des textes évangé-
liques que d y prétendre trouver une doctrine politique et sociale :
« La vérité historique est — dit Tabbé Loisy — que la pensée d'un état social régulièrement constitué selon les principes évangéliques n'existe pas en dehors de la perspective du prochain royaume des cieux, où il n'y aura plus ni pauvres, ni riches, où il ne saurait être question de propriété privée, ni de propriété collective, et où la félicité divine est le bien de tous. Reste seulement la possibilité de tirer de cet idéal du royaume, comme de celui du renoncement et du précepte de la charité, telles applications qui conviendront à un état donné de la société humaine » *.
Cette interprétation est-elle plus exacte que les précédentes ?
Pour examiner cette question — nous nous gardons bien de dire pour la trancher — il faudrait un gros livre et, pour Técrire, une compétence qui nous manque. Mais la diversité môme et la divergence de ces interprétations, qui mettent aux prises les plus éminents des théologiens et des critiques, suffisent pour conclure qu'au point de vue politique et social, on peut trouver dans le Nouveau Testament, à peu près tout ce que Ton veut y voir. Par conséquent, tout homme qui ne se laisse pas imposer une interprétation par voie d'autorité, peut fort bien, en partant de l'Évangile, abou-
1. A. Loisy, VÉvangile et l'Église, p. 29; Paris, Picard, 1902.
tir, soit à ranarchisme tolstoïen, soit au socialisme démocratique.
C'est ainsi que nçus voyons en France des hommes comme Paul Passy ou Raoul Biville être, à la fois, des chrétiens ardents et des membres actifs du Parti socialiste.
En tête de leur journal la Cloche dalarme^ « organe du christianisme primitif », ils inscrivent cette profession de foi caractéristique :
« A bas le règne de l'argent et l'oppression sous toutes ses formes, et l'exploitation de l'homme par rhomme, et l'état social fondé sur l'injustice, oîiles uns crèvent d'or et les autres de faim ! A bas les superstitions absurdes et l'obscurantisme stupide et le cléricalisme intrigant et le sacerdotalisme autoritaire et les dévotions niaises qui détournent l'homme du travail viril, du devoir moral et social ! A bas le matérialisme brutal et Talhéisme intolérant et Tincrédulité desséchante et le scepticisme qui alourdit la pensée et qui énerve la volonté !
« Et vive l'Évangile iî© la vie, de la joie et de la pureté, message de salut personnel et collectif, moral et social !... Vive le christianisme primitif, débarrassé de toutes les falsifications » ^
Il va sans dire que ce socialisme évangélique, mys-
\. La Cloche d'alarme, organe du christianisme primitif, laïque et démocratique; rédacteur en chef : Paul Passy, à Bourg-la-Reine (Seine).
tique, hyperidëaliste, diffère, en bien des points, du socialisme tel que nous le concevons, tel que le conçoivent les socialistes formés à Técole de Marx. Gependant, au point de vue de l'action pratique, ce qui nous divise est peu de chose, en somme, auprès de ce qui nous rapproche. On peut, du reste, espérer que, de plus en plus, les aspirations un peu vagues du christianisme social se préciseront au contact du socialisme collectiviste.
Mais, si l'expérience démontre que le christianisme primitif, le christianisme évangélique peut faire bon ménage avec le socialisme démocratique, la question se pbse tout autrement, lorsqu'il s'agit du catholicisme, ou même du protestantisme constitué en Eglises.
Dans ce cas, certes, la conciliation devient à tout le moins difficile, d'autant plus difficile, pour ce qui concerne les protestants, que leur conception et leur organisation ecclésiastique ressemble plus à celle de l'Eglise romaine.
Seulement, de ce que la conciliation est difficile, fautil conclure qu'elle soit impossible ?
Nous ne tenterons pas d'examiner la question, d'une manière spéciale, pour les diverses Églises protestantes. Rien ne serait plus décevant et plus chimérique, car suivant la juste expression du pasteur J. L. Roberty, les Eglises protestantes sont autant de têtes :
« Jamais — ajoute-t-il — dans l'histoire du protes-
tantisme, on n'a vu la minorité d'une assemblée ecclésiastique, sur un point important de doctrine ou d'acvité pratique, se croire tenue de se soumettre à la majorité. Dans le catholicisme, on sait à qui parler. Le souverain pontife se présente seul. Un mot de sa bouche (du moins ainsi le veut le dogme) et toute l'Eglise catholique peut être modifiée. Mais, dans notre seul protestantisme français nous comptons plus de six cent mille papes. Auquel de ces six cent mille vous adresserez-vous ? Le seul Maître est au ciel ! * »
S'il en est ainsi, pour les questions religieuses, à plus forte raison en est-il de môme pour les questions politique s et sociales. Aucune autorité doctrinale, aucune autorité disciplinaire n'empêche, et ne pourrait empêcher des protestants de professer des opinions socialistes et de participer à l'action des partis ouvriers.
En fait, d'ailleurs, si nous voyons certains protestants chercher un terrain d'entente avec les catholiques, afin de combattre les « doctrines subversives », il en est d'autres, au contraire, qui s'orientent, plus ou moins nettement, vers le socialisme démocratique.
C'est le cas, pour choisir un exemple caractéristique,
1. La Revue, Enquête de de Morsier sur la réunion des Eglises, 15 septembre 1904, p. 160. — C'est ce qu'Auguste Comte exprimait, en d'autres termes, dans le vol. V de son Cours de philosophie positive p. 212 : « Chacun sait certainement encore ce que c'es£ qu'un catholique, tandis qu'aucun bon esprit ne saurait se flatter de comprendre ce que c'est qu'un chrétien, qui pourrait indéflniment appartenir à l'une quelconque des mille nuances incohérentes qui séparent le luthérien primitif du pur déiste actuel. »
parmi bien d'autres, de la plupart des pasteurs qui rédigent « V Avant-Garde^ organe des chrétiens sociaux de langue française. »
Chaque numéro de ce journal, pour ainsi dire, nous apporte des preuves nouvelles du progrès des idées socialistes dans une minorité, faible du reste, mais vivante et agissante, du clergé protestant.
Récemment encore, l'un de ses principaux rédacteurs, Wilfrid Monod faisait accueil aux « Demandes et réponses d'un enfant du peuple », du pasteur Zurichois Paul Pflûger, qui sont moins un tract évangélique qu'une alerte brochure de propagande collectiviste ^ Et, comme le ton de cet opuscule avait véhémentement choqué certains lecteurs de Y Avant-Garde^ Wilfrid Monod intervint lui-même, dans le débat, pour prendre