‹ Essais socialistesChapitre 7 sur 56 · Matti Helbnius, Die Alkoholfrage, S · texte numérisé non relu

Matti Helbnius, Die Alkoholfrage, S

2. On trouvera des données statistiques très complètes, sur le développement des industries alcooliques au xix» siècle, dans Hoppe, Die Tatsachen Uber den Alkohol, 3 Auflage, § 1-25; Berlin, 1904.

Vandervelde. 5

Tels, par exemple, les « meneurs », boycottés par leur patron, qui ne trouvent plus d'autre moyen de gagner leur vie, qu'en vendant de la bière ou du genièvre; les habitants des banlieues, qui, par suile de la hausse des loyers, résultant de raccroissement des villes, se font débitants, afin de boucler leur budget ; ou bien encore, les ouvriers, si nombreux dans notre « pays noir », qui obtiennent en location des logements appartenant à un brasseur ou à un négociant de liqueurs en gros, à charge d'y mettre une enseigne et d'y vendre la -marchandise de leur propriétaire ^

1 . Sur l'accroissement du nombre des débits, sous l'influence du capitalisme, V. E. Vandervelde, « L'alcoolisme et les conditions du travail en Belgique », VI h Congrès inlernaiional contre Vabus des boissons alcooliques (Paris, 1899), t. I. p. 328 et suiv. — Voici, notamment, ce que nous écrivait M. H..., député, à Mons :

« La plupart des brasseurs du Borinage (région minière située à l'ouest de Mons), sont, en môme temps, marchands de liqueurs, et ils ont un procédé très curieux pour multiplier le nombre des cabarets :

« a) Ils tâchent de devenir propriétaires de nombreuses maisons.

« Ils louent ces maisons à bon marché à des cabaretiers, ouvriers pour la plupart, à condition de se fournir chez eux de liqueurs et do bières. Souvent même, il fait crédit de façon à pouvoir être créancier du loyer; dès que le cabaretier ne vend plus assez, ou s'il tente d'aller se procurer des marchandises ailleurs, on l'expulse de la maison. La plupart du temps, le brasseur, marchand de liqueurs est propriétaire du mobilier du cabaret, de sorte que le cabaretier n'a que quelques meubles insignifiants qui ne sont pas saisissables, et que les autres créanciers ne peuvent guère exécuter; cette situation favorise les cabaretiers et les engage à rester d'accord avec le brasseur.

« b) S'il n'est pas propriétaire, le brasseur sous-loue, dans les mêmes conditions que ci-dessus, des maisons dont il est locataire principal.

« c) Mais on va plus loin, et des contrats stipulent expressément des clauses pénales, parfois très importantes, pour assurer l'exécution de l'obligation de se fournir de bière et de liqueurs, en même temps que le droit pour le brasseur de visiter par lui-même, ou ses délégués, les caves du cabaretier, afin de constater qu'il n'y a pas de fournitures d'autres brasseurs.

« û?) Encore un autre système qui est employé : il consiste à vendre un terrain, moyennant une simple inscription hypothécaire pour tout ou partie du prix, avec stipulation d*y construire un débit de boissons et de se fournir de bières et liqueurs, pendant un temps déterminé.

C'est le capitalisme, enfin, qui tend à accroître la consommation alcoolique, par la prolongation excessive d«s heures de travail, Tentassement des familles ouvrières dans les quartiers pauvres des villes, Tassujettissement du prolétariat, ou, tout au moins, de la majeure partie du prolétariat, à des conditions d'existence à la fois précaires et anormales.

Sous ce rapport, si Ton reste dans les généralités, si Ton n'expose pas les résultats d'enquêtes spéciales, il n'y a pas grand'chose à ajouter à cette page classique de FrédéricEngels, dans son livre, paru en 1845, sur la condition des classes ouvrières en Angleterre :

« Toutes tes séductions, toutes les tentations se réunissent, pour inciter les ouvriers à la boisson. L'alcool est pour eux, à peu près, la seule source de joie, et tout concourt à le mettre à leur portée. L'homme rentre fatigué, énervé de son travail : il trouve une maison sans aucun enfant, humide, désagréable et sale. Il a impérieusement besoin d'une distraction; il doit avoir quelque chose qui le défatigue, qui lui rende supportiez le prêteur, ou même chez un tiers, brasseur ou marchand de liqueurs.

« Ou bien encore à prôter sur hypothèque au propriétaire d'un terrain qui veut bâtir, une certaine somme, sous les mêmes conditions. »

Sur Tinfluence désastreuse du Tied House System (appropriation des débits par les brasseurs et les marchands de liqueurs en gros), en Angleterre et, pour les débits de bière, dans les pays Scandinaves, V. RowNTREE and Sherwell, The temperence proble^n, p. 539 et suiv.; les mêmes : Public Central of tlie Liquor traffic, p. 423, London, 1903,

Lorsque la loi intervient pour limiter, directement ou indirectement, le nombre des débits, il arrive, trop souvent, que s'ils diminuent en nombre, ils augmentent en importance. Cf. Rowntree et Sherwell, The Temperence problem, p. 80 et suiv.

es LE SOCIALISME LIT L^ALCOOL

lable la perspective d'un Irisle lendemain. Son étal d'épuisement, do d<5pression, d'hypocondrie, qui résulte déjà d'une hygiène forcément mauvaise, so trouve porté jusqu'à l'inlolérahilité par rinsécurilé de sa vie, par sa dépendance vis-à-vis de tous les accidents, par son impuissance à ohtenir une situation glahle ; son corps affaibli par le mauvais air et la mauvaise nourriture réclame avec force un stimulant ; ses instincts de sensibilité ne peuvent être satisfaits qu'au public house ; c'eut là seulement qu'il peut rencontrer ses amis. Comment veut-on que, dans ces condilions, l'ouvrier n'éprouve pas, au maximum, la tentation de boire et soit à même de résister aux séductions de l'alcool ? N'est-il pas évident, au contraire, que, fatalement, sous l'action de tels facteurs, une très grande quantité de prolétaires doivent s'adonner à la boisson. » Nous savons bien, nous avons dit nous-mème, qu'en ayantrccours à l'alcool, dans l'espoir d'alléger les maux dont ils souffrent, les travailleurs ne font qu'en préparer l'aggravation.

Mais nous savons aussi que la plupart li'enire eux restent persuadés du contraire, que l'usage même de l'alcool, par le réconfort momentané qu'il apporte, contribue à. entretenir leur erreur. En admettant, d'ailleurs, qu'une propagande intensive les désabuse, elle ne supprimerait pas l'attrail de la narcose alcoolique, la tentation, si naturelle à ceux qui peinent et qui souf-

frent, de se procurer, par un artifice, les moments de bonheur que la vie normale se refuse à leur donner.

L'efficacité de la propagande anti-alcoolique dépend donc, dans une large mesure, de Taccession du prolétariat à une vie plus heureuse.

Certes, la question de Talcool n'est pas, ou, plutôt, n'est pas uniquement — comme le disent Wurm et ses amis — une question de logement et une question de salaire, mais Tamélioration des logements, le relèvement des salaires, sont des éléments essentiels de la solution du problème alcoolique.

Par conséquent, en matière d'anti-alcoolisme, l'action directe et Faction indirecte, loin de s'exclure, doivent se prêter un mutuel appui.

En luttant contre l'alcoolisme, on travaille au relèvement des salaires, car on augmente les ressources et les énergies de la classe ouvrière; en luttant pour le relèvement des salaires, on travaille à la diminution de l'alcoolisme, car on tend à supprimer, au moins en partie, les motifs qui poussent les prolétaires à s'alcooliser.

Seulement, de ces deux propositions, la bourgeoisie, patronale ou philanthropique retient volontiers la première, en lui donnant d'ailleurs une signification bien différente de celle que nous lui donnons; mais elle repousse la seconde et va même jusqu'à prétendre que le relèvement des salaires aurait plutôt pour conséquence d'accroître que de diminuer l'alcoolisme.

'.a LE SaClALISMi; ET L'ALCOOL

Que de fois, par exemple, n'avotis-nous pas eDtendii dire qiio, si l'on augmenliiil les salaiies, (liroclemcnt. 011 indircctenienl, par la réduction des heuros de travail, les ouvriers, ne sachant que faire de leur argent et de leur temps, s'empresseraient de boire plus d'alcool.

On invoque, d'ailleurs, à l'appui de cette opinion, un ci^rtain nombre de faits, qui semblent, à première vue, la confirmer, au moins en partie.

Ce qui pi'ouve, dit-on, que raccroisseraent des salaires ne diminuerait pas l'alcoolisme, bien au contraire, c'est que les ouvriers, relativement sobres en temps de crise, ne boivent jamais plus que pendant les périodes de prospérité. Quand les salaires montent, ia consommation d'alcool augmente; quand ils baissent, elle fléchit en proportion.

D'autre part, ce ne sont pas, ou ce ne sont pas toujours, les ouvriers les plus mal payés, les plus mal nourris, les plus mal traités, qui consomment, en fait, le plus d'alcool ; ainsi, par exemple, les ouvriers agricoles, en général, gagnent moins et boivent moins que les travailleurs des villes; les lilles de fabrique, dont les conditions de travail sont presque toujours misérables, boivent moins que leurs compagnons mieux payés. Les Japonais, avec leurs salaires, sont plus sobres que les Européens. Le prolétariat famélique des campagnes de la grande Russie, les ouvriers des usines de Donetz qui, logés dans d'affreux taudis, travaillent quatorze ou

quinze heures par jour, s'enivrent peut-être plus, à certains jours, mais s'alcoolisent, en moyenne, beaucoup moins, que les paysans de la Normandie et les ouvriers, à forts salaires, des charbonnages du Pas-de- Calais.

De même, en Belgique, les provinces flamandes qui, suivant le mot de Bertillon, collectionnent tous les minima sociologiques, ont une consommation d'alcool et, surtout, une consommation de spiritueux, plus faibles que la riche et industrielle Wallonie. Comment peut-on prétendre, dès lors, que Tinsuffisance des salaires, avec tous les maux qui en résultent, constitue Tune des principales causes de Talcoolisme, que leur relèvement amènerait une diminution de ce fléau?

Pour répondre à ces objections, sans méconnaître, bien entendu,- la part de vérité qu'elles peuvent contenir, examinons d'abord s'il est vrai de dire que, toujours, la consommation d'alcool augmente ou fléchisse, en fonction du taux des salaires.

C'est un fait que, dans tous les pays industriels, les

années de crise — 1848 et 1886, par exemple — ont

été marquées par un recul; les années de prospérité,

comme celles qui ont suivi la guerre franco-allemande,

ou, plus récemment, les années 1899-1900, par une augmentation, plus ou moins forte, de la consommation

alcoolique ^

1. V., pour 1899-1900, les tableaux 1, 3, 4A, 5A, 7A, dans Tappendice

Dans la conférence sur le Travail et T Alcool, que John Burns fit au Free Trade Hall de Manchester, le 31 octobre 1904, il produisit un diagramme, sur les variations de la condition du peuple, de 1888 à 1903, qui montre un parallélisme plus ou moins net, entre le mouvement des salaires et la consommation de bière ou de spiritueux \

Voici, d'après Burns, les chiffres justificatifs de ce diagramme.

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