‹ Essais sur BalzacChapitre 9 sur 14 · BALZAC STYLISTE · texte numérisé non relu

BALZAC STYLISTE

Les Contes drolatiques : œuvre d'exception. Artificielle en apparence, profondément vivante en réalité. — L'Esprit de la Renaissance. — Ce n'est pas une imitation, bien moins encore un pastiche : c'est une création correspondant à sa nature.

L'attendrissement et la mélancolie dans les Contes drolatiques. Il y passe comme un souffle du moyen âge. — Interventoin du sentiment : Le Frère (Tarmes. — Balzac touche à la Poésie pure.

Il faut mettre à part une œuvre néanmoins, et reconnaître que dans cet immense labeur, bien fait pour susciter Tétonnement des générations futures, cette œuvre apparaît, avec son magnifique et exceptionnel caractère, comme un démenti aux habituelles lois de la production. Il était réservé à Balzac, pour son effort littéraire le plus factice en apparence, d'atteindre à la plus rare perfection de style que jamais artiste ait offerte, et de nous laisser, en une œuvre de conception archaïque, un saisissant exemple de ce que peut la force inventive, la sève toutepuissante du génie, pour communiquer une vie

aa CHAPITRE PREMIER.

nouvelle à un art que l'évolution normale de notre langue avait confiné dans le domaine des formes disparues! Fie, besoin dévie, ardeur de vie : ce sont là les expressions auxquelles nous devons avoir recours, chaque fois qu'il s'agit de Balzac. Le besoin de rendre ses émotions en faisant œuvre littéraire était chez lui tellement intense, l'outil d'une qualité si admirable que, pour épancher le trop-plein de sa force, il fut amené naturellement à cette création des « Contes drolatiques, au moins étrange dans l'existence d'un artiste dévoré comme il Tétait par l'ardeur de produire; qu'il s'arrêta dans l'exécution de son œuvre moderne pour en entreprendre une autre, écrite en une langue qu'on ne parle plus, et dont l'emploi constituait à première vue un tour de force ininterrompu !

Aussi bien le tour de force était-il plus apparent que réel, et doit-on reconnaître, en pénétrant plus à fond dans l'àme de Balzac, que cette tentative, donnée par quelques-uns comme factice^ correspondait bien au contraire aux tendances les plus libres et les plus spontanées de son tempérament créateur. Envisager les Contes drolatiques comme une conception de parti pris, comme une sorte de gageure, serait s'illusionner étrangement sur sa manière de produire,

sur sa nature même. Si nous Tanalysons, en effet, cette nature , si nous nous efforçons d'en détacher pour un instant, afin de les mieux voir dans leur isolement, les éléments essentiels, qu'y trouvons-nous qui nous arrête? D'abord, et par-dessus tout, correspondant à l'ardeur de vie dont nous parlions, une puissante expansion physique, un perpétuel débordement d'activité. Balzac avait l'àme de sa personne visible, et nous savons ce qu'elle était. Qui pourrait oublier, après l'avoir vue dessinée ou sculptée, cette tête énergique, au vaste front découvert, aux narines dilatées, à la mâchoire puissante, aux yeux enfoncés sous de profondes arcades? Ces quelques traits, entre tant d'autres, témoignent, à n'en pas douter, d'une organisation despotiquement sensuelle. Mais sur la valeur de ce mot il convient de s'expliquer : entendons par là une organisation à la faveur de laquelle chacun des sens départis à l'homme, comme instruments de jouissance ou de douleur, atteint à son maximum de vibration. Et n'est-ce pas là précisément le trait commun à tous les tempéraments d'artistes souverains? Quelque degré de raffinement que dénote une œuvre d'art en. son expression, il n'en demeure- pas moins que son point de départ initial, dans le cerveau de son auteur, fut la pré^

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dominance d'un ou de plusieurs sens, plus délicatement ou plus puissamment développés que les autres. Chez Balzac le développement aboutit à une sorte d'expansion physique que certains n'hésitèrent pas à qualifier d'animale. Nous ne reculerons pas devant le mot, puisque aussi bien il nous sert à caractériser un type tranché. Les anecdotes fourmillent, au cours de ses biographies, qui nous renseignent sur cette surabondance de vie. Il s'installait parmi les choses comme il sut s'installer dans les Lettres, hardiment et violemment, taillant sa place à larges coups d'épaule, en san^in et en pléthorique qu'il était avant tout !

Quoi d'étonnant en conséquence qu'il soit allé d'instinct, non pas de parti pris, à cette littérature du seizième siècle qui représente, dans l'évolution de l'esprit humain, le plus magnifique épanchement de vitalité! Quoi d*étonnant qu'il se soit établi comme une correspondance immédiate et soudaine entre cette face de sa nature intime et le génie de ses illustres aïeux de la Renaissance : Brantôme et Rabelais ! De l'admiration qu'il éprouvait pour eux à l'imitation de leurs œuvres, la distance n'était pas girandé, et l'une fut la cause de l'autre. Encore ce mol imitfLtionn dsi'il pas celui qui Qonvieat,

et nous devrions l'effacer après l'avoir écrit, car il implique une sorte de parti pris, une réserve qui est tout justement l'opposé du travail mental auquel nous devons cette inégalable création : les « Contes drolatiques » . Balzac s'empara de cette langue incroyablement savoureuse du seizième siècle comme du seul instrument que son instinct d'artiste lui marquât propre à favoriser l'épanchement du trop-plein de sève qu'il sentait en lui. L'avantage qu'il y trouva fut double : elle lui permit d'aborder hardiment des sujets qu'il n'aurait pu même effleurer avec le style habituel du conteur moderne; elle lui permit surtout de les envelopper, comme d'un vêtement aux tons changeants et bigarrés, de cette forme éclatante à laquelle il sut communiquer une nouvelle jeunesse et qui conservera son œuvre inaltérable !

Écartons donc le mot imitation, comme insuffisant et impropre à caractériser l'effort d'art que représentent les Contes drolatiques ; et si ce n'est assez, pour l'établir, de l'observation déjà faite, nous y ajouterons la suivante : — Le propre de l'imitation est de s'en tenir au modèle dont elle entend s'inspirer, de ne pas s'efforcer d'étendre son champ d'action, de le restreindre bien plutôt, d'en présenter comme une épreuve affai-

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blie. Or ce fût précisément le conti'aire qui marqua la tentative de Balzac dans les Contes drolatiques, et voici comment : — Dans sa puissante expansion de vie, succédant à la contention forcée du moyeur âge, la rénovation littéraire du seizième siècle alla droit aux extrêmes, à l'exemple de toutes les réactions violentes. L'âme humaine qui, durant les époques de trouble et d'agitation du moyen âge, avait vécu repliée sur elle-même, éprouva soudain l'impérieuse nécessité de modifier son attitude et de se créer une existence nouvelle, en tout contraire à celle que les circonstances lui avaient imposée. D'où cet incroyable débordement physique dont la Renaissance littéraire nous offre une image si fidèle dans l'œuvre significative d'un Rabelais! Un trait la caractérise avant tout, cette œuvre : l'ignorance et l'abandon qui pourraient sembler systématiques, s'il ne s'agissait d'un temps où l'instinct primait tout, des moyens d'art jusqu'alors employés, à ce point qu'entre les productions du seizième siècle et celles de l'âge précédent un abîme paraît creusé. Eh bien ! c'est là, nous semble-t-il, qu'éclate la suprême originalité des Contes drolatiques, dont nous constations au début l'apparence artificielle : en adoptant une. fois pour toutes cette forme de^

langage que le génie de la Renaissance avait limitée à l'expression d'instincts puissants, mais exclusivement physiques, Balzac, par une tendance spontanée de sa nature intime, sut l'appliquer dans certaines pages à un ordre de sentiments tout intérieurs; il remonta jusqu'aux origines premières de la poésie du moyen âge, et dans plusieurs de ses contes, non pas les plus nombreux, mais les plus significatifs à coup sûr, et les plus précieux au regard de l'artiste, il fit intervenir ces deux choses inconnues à Rabelais : V attendrissement et la mélancolie.

S'en tenir au seul disciple de Rabelais et ne goûter dans l'auteur des « Dizains » qu'un émule de l'auteur de « Pantagruel » , serait donc, on le voit, errer grandement, méconnaître une des faces les plus curieuses et les plus imprévues de son talent. Dans ce domaine pourtant, si nous nous y tenons un instant et que nous cherchions en un art voisin un artiste à qui le comparer, voici qu'un nom se présente aussitôt sous la plume : celui de Jordaëns. C'est le même faire, la même sève de vie, la même accentuation voulue des instincts, des énergies animales. Tout comme Jordaëns excelle dans ses compositions à mettre en relief, par l'exagération du trait ou l'intensité d'une couleur locale, la rondeur charnue de ses

nymphes et de ses satyres, Balzac sait tirer parti de cette langue du seizième siècle, savoureuse et succulente, grasse et charnue elle aussi comme la pulpe d'un beau fruit; à la faveur de son vocabulaire débordant, l'évocation physique des êtres s'opère, aussi nette, aussi précise que si nous les voyions peints sur une toile. Et ce ne sont pas seulement des images visuelles qui ressuscitent en nous : tous les sens sont en jeu. Cette langue évoque des sons, des odeurs, tout le cortège des images associées par la puissance du souvenir. Que Balzac nous conte les « Joyeulsetez du Roy Loys le onziesme » ou les débordements du Concile de Constance, qu'il nous peigne les fantaisies amoureuses de la cour ou les délassements des cardinaux et des couvents, un même souffle de réalisme intense traverse ses récits. L'animal humain s'y révèle bien tel qu'il devait être à cette époque de violence sensuelle, donnant libre cours à sa brutalité native; dans les rapports d'amour, l'instinct sexuel domine et le désir physique absorbe le sentiment.

Reconnaissons que jamais langue ne se trouva mieux en accord avec l'état d'esprit qu'elle était appelée à rendre : elle naquit d'ailleurs de cet état d'esprit et lui dut ses prestigieuses qualités de hardiesse et de verdeur. Cette verve inépuisable qui

accumule les mots et renforce les épithètes, trouvait son emploi naturel dans le récit des aventures d'amour, surtout quand Tépisode du mari trompé venait s'adjoindre au conte et lui communiq.uer une saveur nouvelle. Il semble qu'à cette époque rhùmanité, lasse des siècles de piété, de contention morale qui l'avaient opprimée durant tout le moyen âge, ait poussé un immense soupir de soulagement lors de la grande émancipation de la Renaissance, et que sa première revanche ait été de tourner en dérision la fidélité conjugale. Ici Balzac est sans rival : la fertilité de ses inventions égale, si elle ne les dépasse, celle des plus célèbres conteurs, et le large rire dont il souligne les circonstances ou comiques ou grotesques de l'aventure, montre assez jusqu'à quel point il sut s'identifier avec l'esprit du temps* Il est peu de ces contes où nous ne voyions un mari trompé, peu de ces contes où la surabondance des détails physiques n'aille pas jusqu'à l'obsession. Lisez par exemple la « Chière Nuictée d'amour » et dans ce conte le récit de la première rencontre de la jeune femme avec son amant. Voici d'abord le mari : Avenelles, u une maulvaise barbe rousse, poly comme ung brin de réglisse, pasle en diable, ainsy que sont tous chicquànous enfouis ez ténèbres du parlement; brief, le plus meschant

garson d'advocat qui jamais ayt vescu, riant aux pendaisons, vendant tout, vray Judas » . — Arrivons maintenant à la nuictée : — « En prime veué, treuva la damoiselle Avenelles ung gentil souper, bon feu en la cheminée, mais ung meilleur au cueur de son amant, lequel la print, la baisa avesques larmes de joye, sur les yieulx d'abord pour les mercier de leurs bonnes œil- Jades ,^ pendant les dévotions de Tecclise Sainct- Jehan en Grève. Puis point ne refusa son bec à l'amour la bonne advocate embrasée, et se laissa -bien adorer, presser, caresser, heureuse d'estre bien adorée, bien pressée, bien caressée, à la mode des amans affamez. Puis tous deux feurent d'accord d'estre lung à l'aultre durant toute la jiuict, non chalans de ce qui pourroyt en advindre : elle, comptant l'avenir comme festu en comparaison des joyes de cette nuictée ; luy se fiant sur son crédit et son espée pour en avoir d'aultres. Brief, tous deux peu soulcieux de la vie, pourveu que en ung coup ils consumassent mille vies, prissent mille délices, en en rendant ung chascun à l'aultre, le double. Cuydant elle et luy tomber en ung abysme et voulant y rouler bien accolez, en boutant tout l'amour de leur aame avecques raige en ung coup. En da s'aymoient-ils bien S Aussy, point ne cognoissent

l'amour les paouvres bourgeois qui couchent coitement avec leurs mesnaigières, veu qu'ils ne sçavent point ce qu'il y ha d'aspresfrestillemenls de cueur, dé chaulds jects de vie, de vigoureuses emprinses, alors que deux jeunes amants, blanchement unis et reluysans de dézirs, se couplent en veue d'ung dangier de mort. »

On trouverait difficilement, croyons-nous, dans l'ensemble des Dizains, passage exprimant mieux que celui-là l'ardeur sensuelle, la fougue amoureuse et le déchaînement de l'instinct. Difficilement aussi découvrirait-on, dans n'importe quelle œuvre écrite, la transcription littéraire du désir physique se traduisant mieux qu'ici par l'afflux soudain et la brusque accélération des ondées sanguines. Balzac l'a peint tel qu'il devait exister chez la plupart de ces créatures saines et robustes, aux puissantes énergies physiques, du siècle de Rabelais, tel qu'il existe encore chez certains êtres, mais combien rares, de nos races dégénérées! Et pourtant, même dans ses descriptions les plus osées, comme celle que nous avons citée, presque toujours vous rencontrez, à côté de la manifestation du désir, l'accompagnant et la parachevant, une sorte d'intervention sentimentale qui y ajoute comme une fleur de poésie. Tantôt elle est due, cette

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intervention, aux circonstances tragiques et douloureuses qui forment Taffabulation du conte, tantôt à une nuance particulière de mélancolie ou de rêve, d'un charme étrange et pénétrant. Mais, empreinte de tragique ou de rêverie, poignante ou seulement mélancolique, cette nuance de sentiment crée une originalité souveraine à Tensemble des Dizains; elle les différencie, une fois pour toutes et à jamais, des conceptions littéraires de la pure Renaissance, en les rattachant par un lien tout spirituel à Tàme du Moyen âge. C'est qu'un cerveau d'artiste puissamment organisé doit ofi'rir cette unité de structure grâce à laquelle, jusque dans ses compositions les plus opposées, se retrouvent des facultés identiques. Nous avons insisté, en étudiant le style du romancier moderne, sur son admirable don de vision intérieure et de réminiscence sentimentale. Balzac ne devait point s'en départir dans les Contes drolatiques, et il dota cette œuvre exceptionnelle en sa forme de qualités semblables à celles qui nous frappent dans les romans de la Comédie Humaine : d'où ce très curieux et très rare mélange au sujet duquel il fallait s'expliquer.

Existe-t-il passion plus raillée, sentiment plus universellement bafoué et à juste titre, que 1

tendresse amoureuse du vieillard? Lisez le « Péché véniel » , et vous verrez ce que Balzac en fait. Notez que le ridicule est augmenté ici par Timpuissance physique du vieux « Bruyn » . Eh bien, en dépit même des épisodes drolatiques qu'amène cette impuissance, le conteur a su mettre tant de bonhomie dans cette vieille âme, un amour si sincère, des regrets si ardents, si véritablement communicatifs , que l'élément comique passe au second plan et fait place à la pitié attendrie. Quittons tout élément comique pour entrer dans le domaine de la passion profonde et pitoyable : le conte intitulé « Persévérance d'amour ».va nous servir de guide. Sans doute, ici encore les âmes sont simples et naïves ; elles ignorent ces complexités de sentiment qui ont fait les littératures modernes; elles ne poursuivent qu'un but, Tassouvissance de leurs désirs, et c'est toujours l'instinct qui les guide, mais avec quelle sûreté, surtout avec quelle opiniâtreté ! L'exclusivisme de leur tendresse, disons mieux, l'élément sérieux et tragique qui accompagne toujours le sentiment d'amour chez les âmes primitives, nous fait penser et rêver, loin que nous songions à rire. Enfin, si nous nous élevons encore pour nous hausser jusqu'au sentiment pur^ nous rencontrons des contes comme le

« Frère d'armes » , dans lesquels Balzac atteint à la plus haute poésie.

C'est l'histoire, bien souvent redite au Moyen âge, du chevalier partant pour une expédition lointaine et confiant à son ami la garde de sa dame. Durant l'absence une commune tendresse les envahit ; mais le frère d'armes sait résister : il se tuerait plutôt que de céder. Nous avons vu quel relief elle avait, cette langue du seizième siècle, quelle puissance et quelle énergie pour peindre les instincts. Examinons maintenant par contraste sa virtualité dans le domaine du sentiment pur, ce qu'on pourrait appeler son idéale transfiguration : — K Tout le feu que les dames boutent en leurs amours substantielles, lorsque la nuict n'ha point d'autres lumières que leurs yeux, elle le transféroyt dedans les gects mysticques de sa teste, les ecsultations de son âme et les ecstases de son cueur. Alors, naturellement, et avecques la j«ye délicieuse de deux anges accouplez d'intelligence seulement, ils entonnoyent de concert les doulces litanies que répétoyent les amans de ce temps en l'honneurde l'amour. . . — Las, disoyt Marie d'Annebault, tu es ma force et ma vie, mon bonheur et mon thrésor ! — Et vous, répondoyt-il, vous estes une perle, un ange! — Toy, mon séraphin. — Vous, monâame! — Toy, mon

Dieu! — Vous, mon estoile du soir et du matin, mon honneur, ma beaulté, mon univers ! — Toy, mon grand, mon divin maistre ! — Vous, ma gloyre, mafoy, ma religion ! — Toy, mon gentil, mon beau, mon couraigeux, mon noble, mon chier, mon chevalier, mon défenseur, mon roy, mon amour! — Vous, ma fée, la fleur de mes jours, le songe de mes nuicts ! — . . .Votre resgard me brùsle. — Je ne vois que par toy! — Je ne sens que par vous! — Oh bien, mets ta main sur mon cœur, ta seule main et tu vas me veoir pâslir, quand mon sang aura prins la chaleur du tien. -0 — Nous sommes ici dans le domaine de la Poésie pure, et les sentiments atteignent à ce caractère de haute idéalité que lui-même il avait essayé de peindre avec un sujet tout moderne dans les litanies d'amour d'Henriette de Mortsauf. Qu'importe, en effet, l'intervalle des siècles, cet abime que creusent les années entre les générations qui se succèdent! Par delà les transformations des mœurs, au milieu de ces transformations, une chose persiste inaltérable, c'est le sentiment envisagé dans son essence ! Infiniment diverse et changeante nous apparaît l'enveloppe poétique dont le revêt l'imagination des artistes ; toujours un, toujours identique le sentiment lui-même, si bien qu'à des siècles de distance.

ÔO CHAPITRE PREMIER.

et comme un écho fidèle, les plaintes mélancoliques d'Henriette de Mortsauf répondent aux litanies d'amour de Marie d'Annebault!

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