XVIII AVANT-PROPOS
âge. Cette époque de l'humanité n'a pas su organiser la force d'État : par contre, elle mettait dç l'idéal dans tout pouvoir. L'empire et la papauté étaient des puissances d'opinion, et la papauté a détruit l'empire par l'opinion qu'elle avait donnée aux hommes de la justice de sa cause. La royauté française était une magistrature. Voyez le roi saint Louis. Après avoir hattu les Anglais, il leur rend des provinces. Les modernes lui font un reproche d'avoir consenti ce sacrifice, mais il n'a pas cru faire un sacrifice. Il avait un sentiment très élevé de sa dignité, cet humble de cœur, qui aimait les pauvres et leur lavait les pieds. Un jour, après avoir couru péril de naiifrag-e, il veut tirer une legon de modestie de cet accident, et il fait remarquer qu'un « petit vent » a failli faire périr le roi de France. Quel bel orgueil dans cette humilité! Louis IX se savait donc très grand, mais toute sa grandeur tenait dans sa qualité de roi de France. Il n'estimait point qu'elle se mesurât à l'étendue d'un domaine, et il l'aurait crue plus diminuée par une injustice que par la perte d'un territoire!
Un des signes de la fin du moyen ûge est l'importance que prend dans la politique le territoire, qui est la base delà puissance moderne.
Le roi de France compose son royaume comme un paysan son domaine en acquérant pièce à pièce les terrée- féodales; les Espagnes se fondent en la
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monarchie espagnole : France et Espagne passent grandes puissances. Les rois des deux pays ont de l'argent et des troupes; sans plus tarder, ils les emploient au dehors, et, en même temps que la grande puissance, naît la grande politique, cette source de tant de misères que nous admirons. Les magistratures idéales s'effacent. La papauté devient une toutepetite principauté. L'empiren'estplusrien, mais la maison d'Autriche, qui en poi'te le titre, possède des provinces et deux royaumes : l'Autriche est grande puissance. L'xAngleterre prend rang- avec cette dignité, dès qu'elle se mêle aux affaires du continent. Enfin le système est complété par l'accession de la Russie, après que Pierre le Grand l'a vêtue à l'européenne, et de la Prusse, après que Frédéric II a conquis la Silésie. Il fut alors établi que la gloire et l'honneur d'un État exigeaient qu'il eût de belles troupes et fit des conquêtes. Les personnages principaux furent le ministre de la guerre et le ministre des relations extérieures. Tout un personnel se forma d'hommes politiques : résidents, ministres, ambassadeurs. La diplomatie étudia les affaires, les compliqua, les embrouilla. Elle inventa des théories et des combinaisons dont l'objet était le maintien de la paix et dont l'effet fut la guerre à peu près perpétuelle.
Au moyen âge, les frontières étaient de vagues régions intermédiaires, des transitions indécises entre un peuple et un autre : tel le pays de la Meuse