‹ Essais sur l'Allemagne impérialeChapitre 9 sur 42 · AVANT-PROPOS XV · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XV

fatigue (l'un exercice ou d'une marclie pour le service de leur pays.

Nous avons introduit chez nous le service militaire obligatoire avec des atténuations moindres qu'il ne s'en trouve dans la loi allemande, et ce système que la Prusse n'a pas établi en un jour, qu'elle a porté à la perfection où nous le voyons aujourd'hui un demi-siècle seulement après Stein et Scharnhorst, quel Français l'a trouvé trop dur? qui a protesté? qui a renié son pays plutôt que de subir de telles exigences? Tout de suite les mœurs ont accepté la loi et l'ont faite nationale. Il faut pourtant avoir le courag-e de dire les vérités qui nous honorent. Le service obligatoire est supporté chez nous mieux qu'en Bade, en Wurtemberg- ou en Bavière. Si la politique trouble l'armée par les fréquents changements ministériels, du moins elle la respecte et lui témoig^ne des égards unanimes. Nous avons un parti d' « antipatriotes » : ils sont une minorité ridicule, qui ne peut parvenir à faire illusion sur son nombre, bien qu'elle promène tout son personnel tapageur de salle en salle et de cirque en cirque. L'ouvrier allemand socialiste déteste l'armée comme l'instrument de la tyrannie politique et de l'oppression sociale; il est résolument international, sans patrie, Vaterlandesloser Meiuch. Regardez la mine de l'ouvrier français quand un régiment passe, de quelle allure il le suit, et comme le clairon chatouille sa narine.

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Il s'est fait chez nous une conciliation du militarisme et de la démocratie, qui n'est pas sans dangers politiques, mais qui est une des garanties de la sécurité nationale.

J'éprouve quelque embarras à nous rendre ainsi justice à nous-mêmes. La forfanterie nous a valu de si terribles déboires, que l'apparence même en est odieuse. Je sais que notre armée n'est pas au bout de ses efforts. L'histoire de la euerre de 1870 écrite par l'état-major allemand prouve à chaque page que nos ennemis sont redoutables ; mais elle montre aussi ce que nous avons su faire avec des ressources si médiocres et même après que nos armées régulières ont été perdues pour nous. Le premier chapitre de ces Essais contient une courte notice sur l'armée du Nord, commandée par le général Faidherbe. En octobre 1870, cette armée n'existait pas. Quelques bataillons de garde mobile avec de mauvais cadres, sept dépôts de régiments de ligne, un dépôt de régiment de dragons, une batterie en médiocre état, tels sont les misérables éléments qui s'offrirent alors aux organisateurs de la défense nationale. Avec des recrues nouvelles, des soldats débandés, des officiers évadés de Metz ou de Sedan; sous le feu même de l'ennemi, — car la première bataille est du 27 novembre : — par une saison rigoureuse qui couvrait les routes de verglas ou les fondait en une boue clissan'.e; malgré cette hâte d'une improvisation fiévreuse et la scélératesse

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de CCS fournisseurs qui mirent aux pieds de nos soldats des souliers à semelles de carton, le général Faidherbe a composé l'armée du Nord, qui, en deux mois, a livré quatre batailles rangées, plusieurs combats et infligé des pertes sérieuses à nos ennemis de toutes façons supérieurs. Ces souvenirs nous permettent d'espérer, d'affirmer, en notre âme et conscience, que nous ferions une autre figure dans une autre guerre.

Ainsi deux adversaires sont en présence, dignes de se mesurer l'un contre l'autre. L'issue de ce duel certain est incertaine.

Quelle que soit cette issue, qu'un des camps succombe et soit écrasé, ou que l'un et l'autre s'arrêtent épuisés après une lutte indécise, il y aura un vaincu qui ne se relèvera pas, c'est le système politique par lequel l'Europe est régie depuis trois siècles.

Qu'on nous permette h ce propos quelques considérations g"énérales. L'historien q:ii place le moment oii nous vivons dans l'ensemble de l'histoire, ne peut se défendre d'une g-rande mélancolie. Quelque chose s'est achevé sous nos yeux; par conséquent quelque nouveauté nous menace, car l'histoire est une succession d'expériences ; dès qu'une est terminée, une autre commence, toute contraire.

Ce qui s'est achevé, c'est la constitution des grandes puissances.

La grande puissance était inconnue au moyen

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