‹ Essais sur l'Allemagne impérialeChapitre 12 sur 42 · AVANT-PROPOS XXI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XXI

grands services àrimmanité, mais elle les lui a fait payer par d'aussi grandes souffrances.

Il a été employé dans la politique internationale beaucoup de talent, voire même de génie, et une part de l'œuvre faite par chaque Etat était nécessaire pour assurer son existence, mais que de combinaisons étranges a imaginées l'ambition des politiques! En fin décompte, quels minces résultats pour tant d'efforts et de sang- répandu et de ruines faites ! Prenez les États européens au début du xvi^ siècle. Calculez ce qu'a coûté l'acquisition par chacun d'eux de quelques lieues carrées. Considérez l'état présent de l'Europe; mesurez les territoires contestés; puis comptez le nombre des soldats, additionnez les budgets de la guerre, évaluez les pertes que l'universelle anxiété prélève sur le travail; appréciez le progrès de la haine entre les hommes. Nous sommes tellement imbus d'admiration à l'égard de la grande politique, que nous ne sommes point capables de comparer entre elles ces deux quantités, c'est-à-dire les résultats obtenus ou espérés et la peine dépensée; mais les historiens de l'avenir verront bien qu'il n'y a pas entre elles de proportion raisonnable. Ils étudieront nos budgets. Ils décriront nos armements et nos parades gigantesques. Ils raconteront l'histoire du duel héroïcomique entre le boulet et la cuirasse du navire, entre l'obus chargé de mélinite et la muraille des forteresses. Ils verront clairement que les philo-

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sophes se trompent, qui croient au progrès perpétuel comme à une cause finale de l'histoire. Ils démontreront sans peine que, si des progrès de toute sorte ont été accomplis par les temps modernes, la politique internationale inventée par nous est une barbarie servie par toutes les forces de notre civilisation.

Cette barbarie est la perfection du système des grandes puissances, et, parce qu'il a été porté à la perfection, il est près de la décadence. Il n'est pas de personne raisonnable en Europe qui ne confesse cette vérité certaine sous cette forme familière : « Cela ne peut durer. » Mais comment cela finir a-t-il?

Ici est l'imprévu, mais savait-on comment vivrait l'humanité après la disparition de l'empire romain qui l'avait absorbée en lui-même? Aucun esprit n'était assez hardi pour imaginer que le monde put être gouverné autrement que par César. Les grands chrétiens qui étaient les révolutionnaires de ce temps-là, les Tertullien, les Jérôme, les Augustin prédisaient que la fin de l'empire serait la fin même du monde. Cependant César a disparu ; préfets du prétoire, vicaires, présidents, agents du fisc, maîtres des milices, généraux, légions, tous les instruments de la monarchie universelle ont été brisés et rejetés hors de l'histoire. L'extrême variété a remplacé l'unité de la pax romana. A travers mille désordres et dans d'atroces souf-

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