Voyez le précédent chapitre
journaux est en progression constante; les caisses de leurs diiïérentes associations ont suffi aux frais de propagande électorale, qui ont dû être énormes. Des candidats socialistes se sont en effet présentés dans un grand nombre de circonscriptions, où ils ont groupé autour d'eux des minorités considérables. Le pire est qu'en lisant leurs journaux et les comptes rendus de leurs réunions, on voit que, repoussant plus que jamais ridée d'une simple réforme, les ouvriers sont endurcis dans l'esprit de révolte.
Les socialistes de la chaire qui faisaient des efforts pour conjurer par des concessions le péril social, se croyaient assurés du succès; les associations fondées par eux enlevaient, disaient-ils, des milliers d'hommes au parti du désordre. Quelle illusion! M. Max Hirsch, président de ces associations, rédacteur en chef de leur journal, a vu les ouvriers enrégimentés par lui voter contre lui, et il a été complètement battu, à la grande joie des vrais socialistes, qui l'appellent ironiquement (.(. notre petit Max ! » M. Schulze-Delitzsch a été élu, il est vrai, dans deux collèges; mais quelle humiliation pour lui que d'avoir subi à Berlin un ballottage avec Hasenclever, le président de la Ligue générale ! La sixième circonscription, où il s'était porté candidat, passait pour lui appartenir : c'est le quartier des ouvriers mécaniciens, réputés intelligents, modérés, incapables de se laisser prendre aux chimères socialistes. Cependant, comme Hasenclever a réuni plus de 5000 voix au second tour de scrutin, il faut bien croire que les mécaniciens ont voté en masse pour ce révolutionnaire. Pendant la lutte entre ces deux personnages qui représentent deux écoles si opposées, la presse ouvrière a poursuivi de ses injures M. Schulze,
qu'elle appelle « le ridicule apôtre de l'épargne et de Vaide-toi toi-même ». L'homme qui a consacré toute une vie de dévouement à ramélioralion du sort des classes laborieuses, celui qu'on appelait jadis le « roi du royaume social », n'est plus qu'un vieux charlatan !
Les journaux socialistes avaient salué avec enthousiasme le jour du vote, « ce jour de liberté qui est venu enfin luire sur le travailleur, dont toute la vie se passe le reste de l'armée dans la fabrique enfumée ou dans la fosse profonde des mines! » Au scrutin, personne n'a manqué. Un ouvrier poète a composé une chanson pour la circonstance. On y trouve la devise : vivre en travaillant ou mourir en combattant, et ce joli couplet : « Nous ne nommerons pas un noir *, mais nous ne nommerons pas non plus un 7ioir et blanc ^..., car le diable est noir et la mort est blanche : noir et blanc, quelle effroyable couleur! Votons rouge; rouge est la couleur de l'amour qui jaillit du cœur! Votons rouge; le rouge nous apporte la liberté! » Ces paroles se chantaient sur l'air de la Garde au Rhin. Ce n'est donc pas seulement en France que les chants patriotiques deviennent des appels à la guerre civile. Nous avons la Marseillaise de V ouvrier ; l'Allemagne, la Garde au Rhin du travailleur.
Les électeurs socialistes n'ont pas suivi partout le conseil du chansonnier. Dans les scrutins de ballottage, où leurs suffrages devaient décider de l'élection, ils les ont résolument donnés aux candidats qui promettaient d'être le plus hostiles à l'empire, dût leur nuance s'éloigner beaucoup du rouge. A Francfort, M. Sonnemann, du parti démocratique, avait obtenu