‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 12 sur 55 · Voir l'article précédent, p. 45-51 du présent volume · texte numérisé non relu

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soignée nous invite à le croire, le Scribe accroupi n'était qu'un des nombreux parents ou domestiques nommés dans les inscriptions de la chapelle. Les gens de l'ancien Empire avaient l'habitude d'enfermer dans le serdàb1, à côté des images du mort, celles d'autres individus appartenant à sa famille ou à sa maison. Ce sont des pleureurs ou des pleureuses accroupis, une main pendante ou jetée à terre et crispée pour ramasser la poussière en signe de deuil, l'autre levée devant la figure et enfoncée dans les cheveux2; des femmes qui écrasent du grain sur la pierre ; des serviteurs qui plongent le bras dans une amphore, probablement pour l'enduire de poix avant d'y verser la bière ou le vin. Le nôtre est un scribe : les jambes repliées sous lui et posées à plat sur le sol, dans une de ces positions familières aux Orientaux mais presque impossibles à garder pour les Européens, le buste droit et bien d'aplomb sur les hanches, la tête en arrêt, la main armée du calame et maintenant la feuille de papyrus étalée sur ses genoux, il attend encore à six mille ans de distance que le maître veuille bien reprendre la dictée interrompue. Ce qu'il se préparait à écrire, les peintures des tombeaux contemporains nous l'enseignent plutôt cent fois qu'une. Pour vivre dans l'autre monde, le grand seigneur égyptien recevait à jour fixe les offrandes que lui devaient les domaines attachés à sa tombe : qui lui apportait le pain, qui la viande, d'autres le vin, les gâteaux, le fruit. C'était toute une comptabilité à inscrire, identique à celle dont il avait eu l'habitude pendant sa vie. Les scribes de chair enregistraient la réalité des revenus au fur et à mesure qu'ils arrivaient ; le scribe de pierre rendait le même service au maître de pierre à qui il tenait compagnie pour jamais.

On ne saurait dire que le nôtre fut beau de son vivant, mais son

l. Cf., sur le serdàb, la notice sur la tête du scribe, pages 40-41 du présent volume.

2". On sait aujourd'hui que les ligures définies par Mariette comme étant des pleureurs sont des cuisiniers, qui tenaient la broche d'une main et de l'autre protégeaient leur visage contre la chaleur du brasier où la volaille rôtissait (1912).

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