‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 14 sur 55 · LE SCRIBE ACCROUPI · texte numérisé non relu

LE SCRIBE ACCROUPI

cl i té a agi sur lui quelque peu, l'enduit rouge s'est soulevé et il est tombé par endroits; si on laisse le travail mécanique de la destruction continuer, il en sera bientôt de lui ce qu'il en est des trois statues de Sapi et de sa femme, et Je Louvre aura perdu l'un des plus beaux morceaux de sculpture que l'Egypte nous ait rendus.

En le comparant aux images de Skhemka, que nous avons décrites1, on est conduit à se demander pourquoi la statue du subordonné l'emporte à ce point sur celle du maître. Les Egyptiens ne connaissaient pas ce que nous appelons l'art et la profession d'artiste ; leurs sculpteurs étaient des gens qui taillaient la pierre plus ou moins habilement, mais dont l'oeuvre, toujours subordonnée au plan d'un édifice ou à des considérations théologiques, n'avait pas la valeur absolue que présente la moindre statue de l'antiquité classique ou des temps modernes. On plaçait l'effigie d'un individu dans sa tombe, non point parce qu'elle était belle, mais parce qu'elle le figurait et qu'elle servait de support à son double. La question de finesse ou de sentiment artistique était secondaire, et l'on trouve au même personnage vingt statues, dont les unes sont d'un travail achevé et les autres de grossières ébauches; chef-d'œuvre ou non, le corps de pierre servait également bien son objet. Skhemka tomba sur un artisan simplement consciencieux et son scribe sur un artisan de mérite. J'imagine qu'ils se soucièrent assez peu du plus ou moins de talent que le sculpteur apporta à sa tache : du moment que la ressemblance était là, ils n'en demandèrent pas davantage.

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