‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 18 sur 55 · LE NAIN KHNOUMHOTPOU · texte numérisé non relu

LE NAIN KHNOUMHOTPOU

(V« ou VI- DYNASTIE (Musée de Boulaq).

Le joli personnage qui nous a légué cette statue (fig. 14) est connu, depuis l'Exposition de 1878, sous le nom de Chef des cuisiniers; son titre dans l'inscription du socle indique un intendant de la garde-robe. Il jouit sans doute de quelque notoriété de son vivant, car il avait pour lui seul une des belles tombes de Saqqarah, mais nous ignorons son histoire. Il porta le nom de Khnoumhotpou, qu'illustra plus tard un prince de Miniéh sous la XIIe dynastie : la place où il fut enterré nous prouve qu'il naquit vers la fin de la Ve ou au commencement de la VIe.

Il était nain, et nain assez petit. Sa statue mesure à peine 30 centimètres de hauteur et les dimensions de la tête montrent qu'elle était probablement de demi-grandeur naturelle. Elle reproduit les caractères propres au nain sans les exagérer. La tète, assez grosse comme il convient, est allongée et flanquée de deux grandes oreilles. L'expression de la face est lourde et niaise, l'œil s'ouvre étroitement et se relève vers les tempes, la bouche est mal fendue. La poitrine est forte et bien développée, mais l'artiste a eu beau s'ingénier à dissimuler le train de derrière sous le couvert d'une vaste jupe blanche, on sent malgré tout que le torse n'est pas en proportion avec les bras et les

jambes. Le ventre bombe en avant et les hanches se rejettent en arrière pour faire contrepoids au ventre. Les cuisses n'existent qu'à l'état rudimentaire, et l'individu entier, monté qu'il est sur de petits pieds contrefaits, semble prêt à tomber face contre terre. Les chairs étaient peintes en rouge, la chevelure en noir, mais la couleur s'est écaillée ou effacée par places. Les deux jambes ont été brisées anciennement à la cheville, puis recollées quand on a transporté la statue au Musée. Il serait fort possible que cet accident fût arrivé au cours môme de l'exécution, car le calcaire dont les Égyptiens se servaient est si fragile que le sculpteur n'a pas osé détacher les bras du corps : un coup de maillet frappé trop fort pendant qu'il dégageait les jambes a pu produire la fracture malheureuse qui gâte le bas du monument.

Khnoumhotpou est, jusqu'à présent, le seul nain grand seigneur qui soit revenu au jour. Ses congénères ne manquaient pas cependant en Egypte, mais ils appartenaient presque tous à la classe des jongleurs et des bouffons. Les Pharaons et les princes de leur cour entouraient ces êtres difformes de la même affection que faisaient les rois et les nobles du Moyen Age chrétien ou musulman; leur maison n'aurait pas été complète s'ils n'en avaient pas eu deux ou trois d'aspect plus ou moins grotesque. Ti en possédait un qu'il a figuré près de lui dans son tombeau : le pauvre hère tient dans la main droite une sorte de grand sceptre en bois terminé en forme de main humaine, et il conduit en laisse un lévrier presque aussi haut que lui. Ailleurs, les nains sont représentés accroupis sur un tabouret aux pieds du maître, à côté du singe ou du chien préféré. Deux d'entre eux, — nous le savons par les tableaux de Béni-Hassan, étaient de la suite du prince de Miniéh : l'un de ceux-ci ne manque pas d'élégance dans sa petitesse, mais l'autre joint à l'exiguïté de la taille l'agrément d'être pied-bot. Le ciel égyptien n'échappait pas plus que la cour dos Pharaons à la manie courante : il contenait plusieurs nains dont deux au moins avaient un rôle important, Bîsa qui présidait aux armes et à la toilette, et le Phtah qu'on

Fig. 14 nain Khnoumhotpou.

Musée du Caire.

LE

Page 1