‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 26 sur 55 · LA STATUETTE D'AMÉNÔPHIS IV · texte numérisé non relu

LA STATUETTE D'AMÉNÔPHIS IV

à vouloir imposer sa divinité favorite à ses sujets. Mais je ne pense pas que la foi religieuse ait été la seule raison, ni même la principale, de la persécution dure qu'il infligea aux prêtres et aux partisans d'Amon; la politique y eut probablement la plus grande part. Amon était avant tout le patron de Thèbes : il avait fait la grandeur des dynasties thébaines et celles-ci, à leur tour, l'avaient exalté par-dessus tous ses congénères. Les conquêtes en Syrie et en Ethiopie n'avaient pas été sans avantage pour l'Egypte en général, mais elles avaient profité surtout à Amon ; la meilleure part du butin passait dans ses coffres, ses prêtres remplissaient les fonctions publiques, et son premier prophète était le plus haut personnage de l'empire après le roi régnant. Y eut-il sous Thoutmôs IV une tentative analogue à celle qui livra les derniers Ramessides aux pontifes d'Amon et qui éleva Hrihor au trône ? Je ne sais ; mais je crois que le désir de contre-balancer leur pouvoir fut pour beaucoup dans la faveur qu'Aménôphis III marq ua aux autres divinités, et que la volonté bien arrêtée de renverser, non pas seulement Amon, mais surtout son clergé, conduisit Aménôphis IV à pousser Aton au premier rang. Il ne recula devant aucun moyen pour y réussir. Comme la destinée d'Amon était liée indissolublement à celle de Thèbes, tant que Thèbes serait capitale, Amon et ses prêtres garderaient la suprématie. Aménôphis IV, après avoir échangé son nom qui était une profession de foi en l'excellence d'Amon, contre celui de Khounaton, splendeur d'Aton, se fonda une capitale nouvelle qu'il appela la ville d'Aton ; il y installa un sacerdoce nouveau qu'il dota richement, puis, il effaça le nom d'Amon sur les monuments, dans toute l'Egypte et à Thèbes même. Mais le culte d'Amon avait des racines trop profondes dans le pays et ses prêtres étaient trop puissants pour que sa volonté prévalût contre eux. Lui mort, ses successeurs renoncèrent à la lutte : Aton rentra dans l'obscurité, sa ville fut abandonnée, et le nom du roi, proscrit par les rancunes sacerdotales, disparut avec les édifices sur lesquels il avait été gravé.

Sa tentative ne fut pas sans influence sur l'art. La nécropole d'El-Amarna nous a fait connaître le nom de deux des sculpteurs qui contribuèrent à orner la cité pendant sa brève existence. Leurs œuvres se distinguent des antérieures par une plus grande liberté d'allures et surtout par un plus grand réalisme dans la reproduction des personnes. L'Aménôphis IV du Louvre fait honneur à leur talent; elle est d'autant plus précieuse que leurs œuvres, poursuivies avec acharnement par la réaction thébaine, sont devenues très rares. On a d'eux un certain nombre de bas-reliefs plus ou moins mutilés, mais fort peu de statues ; celle du Louvre est jusqu'à présent une pièce unique en son genre.

SUR QUATRE TÊTES DE GANOPES

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