‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 27 sur 55 · DÉCOUVERTES À THÈBES DANS LA VALLÉE DES ROIS · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES À THÈBES DANS LA VALLÉE DES ROIS

Parmi les principaux des objets que Théodore Davis découvrit, en 1907, à la vallée des Rois, dans la chambre secrète où le Pharaon hérétique Khouniatonou avait été enseveli avec un mobilier composé en partie d'objets ayant appartenu à sa mère Tîyi, on compte quatre vases canopes en albâtre d'une perfection rare, môme pour ce temps d'exécutions parfaites. Le corps en est un peu plus allongé que d'habitude, mince à la base, renflé vers le haut, d'un poli discret et doux à l'œil. Une inscription y avait été gravée, autant qu'on peut en juger par la place qu'elle occupait, la dédicace ordinaire aux divinités protectrices des entrailles; mais elle a été effacée, puis l'endroit ravalé et teinté à la nuance de la région environnante. La retouche a été accomplie avec tant de dextérité que c'est à peine si l'on devine ça et là, en transparence sous la glaçure, quelques traces de l'écriture ancienne. Les quatre couvercles ont la forme d'une tête humaine, une tête très fine, encadrée dans la perruque brève à rangs serrés de petites mèches plates : une uraeus dorée, aujourd'hui disparue, se dressait sur le front. Comme la face est imberbe et que le mobilier entier, à l'exception du cercueil, porte le nom de Tîyi, on a attribué les

1. Publié dans la Revue de l'Art ancien et moderne, 1910, t. XXVIII, p. 241-252.

canopes aussi à lareine. Je ne partage pas cette opinion; je tiens qu'ils ont appartenu au Pharaon et qu'il nous faut y voir son portrait authentique.

Que les quatre têtes représentent un même personnage, c'est ce

Fig. 41 Le roi Khouniatonou.

Tête de eanope en albâtre trouvée a Thèbe9.

dont nul ne doutera qui les aura vues à côté l'une de l'autre (fig. 41-43). Les dissemblances insignifiantes qu'on remarque entre elles tiennent, soit à des détails de technique sans importance, soit à des fractures de la pierre (fig. 41) ou à l'action de l'humidité (fig. 42), soit à la façon différente dont le temps a traité les éléments rapportés des yeux. Les sourcils consistent en une baguette d'émail bleu, incrustée sur l'arête

SUR QUATRE TÈTES DE CANOPES

de l'arcade, et l'œil proprement dit est dessiné également par un filet bleu, dans lequel sont compris une cornée en calcaire blanc rehaussé de rouge vers les coins et un iris de pierre noire. Chez les unes, le

Fig. 42 Le roi Khouniatonon.

Tête de canope en albâtre trouvée â Thèbes.

sourcil n'existe plus. Chez les autres, l'iris est tombé laissant le masque aveugle ou borgne (fig. 41-43), ou, le tout s'étant déplacé d'ensemble, l'œil entier s'est porté en avant, comme si le sujet était atteint d'un commencement de goitre exophtalmique. Il en résulte des expressions très diverses sous lesquelles on démêle promptement le même visage, un ovale un peu long, un peu maigre vers le bas, un

front plutôt étroit, un nez droit, mince à l'attache et qui se retrousse du bout presque à la Roxelane, des narines fines, bien ouvertes, avec des ailes menues et nerveuses, une lèvre supérieure courte, une bouche petite, mais épaisse, un menton osseux, pointu, lourd, qui se relie au

Fig. 43 Le roi Khouniatonon.

Tête de cunope en albâtre trouvée h Thèbcs.

cou par une ligne assez sèche. Aucune des tètes n'a été entièrement respectée des siècles et l'une d'elles a perdu le nez (fig. 41), mais, par une chance rare en archéologie, celle qui est la meilleure de facture est également celle qui a souffert le moins (fig. 44 et pl. VI) : si l'émail des sourcils manque, les yeux sont intacts, et l'épidémie est sans égratignures. Je ne pense pas qu'il y ait dans la sculpture égyp-

Pl. VI.

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