UNE TÈTE DU PHARAON IÏARMHABI
de face ou de profil, qu'on expédiait aussitôt dans les provinces, afin que l'on pût substituer partout sa figure à celle de l'ancien souverain sur les édifices en cours d'exécution. Nous possédons ainsi au Musée de Boulaq plusieurs séries de têtes royales découvertes les unes à Tanis1, quelques-unes dans le Fayoum2, les autres à Memphis3, et qui nous montrent comment on procédait en pareil cas. Le type, une fois établi avec soin, ne changeait plus pendant toute la durée du règne. Ramsès II, qui mourut aux environs de la centaine -après avoir exercé l'autorité pendant soixante-sept ans, garda jusque sur ses derniers monuments ses traits de jeune homme. Cette règle comporte d'assez nombreuses exceptions, surtout lorsqu'il s'agit de statues commandées clans l'une des capitales du pays, et exécutées par des artistes qui pouvaient voir le maître de près et enregistrer les altérations que le temps produisait sur son visage. Des deux Chéphrèn exposés à Boulaq, l'un est jeune et souriant'1, l'autre vieux et attristé par l'âge5. Mais, s'il y a des exemples de souverains qui, montés de bonne heure sur le trône, aient été représentés parfois tels qu'ils étaient aux divers moments de leur vie, je n'en connais point qui aient été rajeunis par les sculpteurs après être arrivés tard au pouvoir. La tête de la statue qui nous occupe est d'un jeune homme, presque d'un adolescent, et cela seul suffit à me faire écarter Ménéphtah. Ménéphtah avait cinquante ans au moins quand il succéda à son père6, et son portrait, tel qu'on le voit à Karnak, ne ressemble en rien au personnage dont la statue de Boulaq nous a conservé l'image. Les autres princes de la XIX1' et de la XXe dynastie, Séti II,
1. .Mariette, Notice, sixième édition, p. 221, n"s 638-048 ; Maspero, Guide du Visiteur au Musée de Boulaq, 1883, p. IOO-IOo.
2. Mariette, Notice, sixième édition, p. 221, nos 649-651; Maspero, Guide, p. 101.