‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 35 sur 55 · LE COLOSSE DE RAMSÈS II · texte numérisé non relu

LE COLOSSE DE RAMSÈS II

environnants. La crue restitue en partie aux lieux leur aspect original, mais le cadre de portiques et de pylônes qui les enserrait a disparu ; il est remplacé par les massifs de grands arbres sous lesquels selève le village de Tell-el-Khanzîr.

Il parait que Mohammed- Ali avait donné jadis Ramsès II à l'Angleterre; le fait n'est pas bien certain, et il faudrait pour l'admettre

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Le colosse de Ramsès II à demi enfoui.

définitivement une autorité plus sérieuse que celle d'un ou de plusieurs Guides du voyageur en Egypte. Les Anglais ne se sont pas du reste prévalus de cette tradition douteuse pour enlever le colosse : ils se sont bornés à le relever. Ils n'y réussirent pas du premier coup, et deux essais tentés par MM. Garwood et Anderson échouèrent assez piteusement. Le général Stephenson, qui commanda longtemps l'armée d'occupation, fut plus heureux. Il avait eu d'abord l'ambition de remettre la statue sur pied, mais une souscription ouverte à cet effet n'ayant pas produit une somme suffisante, il se contenta de l'exhausser au-dessus du niveau de l'inondation. Les opérations, conduites par

le major du génie Arthur Bagnold, commencèrent le 20 janvier 1887 \ Après avoir épuisé l'eau, il appliqua le long du corps huit crics de force diverse. L'effort portait alternativement sur les pieds et sur la tète : dès que la masse totale avait été haussée d'environ 0m,60, on glissait sous elle des poutres énormes (fig. 53) et l'on comblait le creux avec de vieux tessons de poteries, recueillis dans les ruines de Ja ville antique, réduits en petits fragments et battus de façon à former un lit compact. Vers le 16 avril, le travail était terminé. Aujourd'hui le colosse repose sur le dos, la face au ciel. Un auvent lui ombrage la tête ; un mur épais en briques crues l'entoure et le protège contre le regard des curieux. Son gardien habite à côté de lui, dans une petite maison de deux chambres où le major Bagnold l'installa, et il ne le montre aux voyageurs que contre paiement de deux piastres égyptiennes : il en coûte environ 50 centimes pour l'apercevoir au fond du nouvel entonnoir où il est plongé. Le service des Antiquités emploie partie de cette taxe à l'entretenir en bon état. Un autre Ramsès en granit et une stèle d'Apriôs, qui se trouvaient dans le voisinage, furent transportés là par la suite et complètent ce petit musée en plein champ.

Les Arabes appellent le colosse Abou'l-Hol, le père de l'Effroi, comme le grand Sphinx. Je ne sais ce qu'ils pensent, aujourd'hui qu'il est sous clef dans sa fourrière, mais ils avaient vraiment peur de lui, au temps qu'il gisait en plein air. Les anciens Égyptiens croyaient que les statues, humaines ou divines, étaient animées par un esprit, par un double, détaché cle l'âme du personnage qu'elles représentaient. Ce double mangeait, buvait, au besoin parlait et rendait des oracles ; il a. survécu à la religion et à la civilisation du peuple antique, mais les changements qui se sont produits autour de lui

1. Le récit en a été publié par le major Arthur Bagnold, avec trois dessins de M. Wallis et quelques croquis, Account of the Mariner in ivhich two colossal Statues of Rameses II at Memphis were raised, dans les Proceedings of the Society of Biblical Archœology, t. X, p. 452 sqq.

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