‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 39 sur 55 · Cf. E. de Rougé, Notice des principaux monuments, p · texte numérisé non relu

Cf. E. de Rougé, Notice des principaux monuments, p

2. Soicari (Sco^apîç du fragment de Cratinus le Jeune, Fragm. Comicor. grœcorum, édition Didot) était le dieu des morts à Memphis, comme Osiris l'était à Abydos : aussi les identifia-t-on de bonne heure l'un à l'autre, Sokar-Osiri, et à Phtah, Phlah-Sokari, Phtah-Sokar-Osiri. Ici le scribe, qui avait d'abord considéré les trois noms divins comme appartenant à un même dieu, qu'il qualifiait Maître de l'Éternité au singulier, s'est laissé plus tard entraîner à les considérer comme appartenant à trois dieux différents et il a mis le pronom pluriel, SE variante de SEN : « pour qu'ILS donneNT », au lieu de « pour qu'IL donne ».

TROIS STATUETTES EN BOIS

remplissait est des plus humbles et désigne soit un page attaché à un noble, soit un employé secondaire d'un temple ou d'un tribunal. La finesse du petit monument qu'il consacra à la mémoire de sa sœur n'en est que plus remarquable.

Le personnage du milieu est un prêtre debout, coiffé de la perruque courte à petites mèches étagées. Il a le buste nu et pour seul vêtement la jupe longue tombant jusqu'à mi-jambe, qui s'étale sur le devant en une sorte de tablier plissé. Il supporte des deux mains un insigne divin, consistant en la tête de bélier surmontée du disque solaire et formant égide, le tout emmanché au bout d'une hampe d'assez forte dimension : l'attitude est celle du repos. Au contraire, la troisième figurine est tout empreinte de mouvement et d'activité. C'est un officier en demi-costume militaire du temps d'Aménôphis III ou de ses successeurs : perruque légère, sarrau collant à manches, pagne court bridant sur la hanche, descendant à peine jusqu'à mi-cuisse et garni sur le devant d'une petite pièce d'étoffe bouffante, plissée dans le sens de la longueur. Ces deux statuettes sont peintes en rouge sombre, à l'exception de la perruque qui est noire, de la cornée des yeux qui est blanche et de l'insigne du prêtre qui est jaune. Le socle antique a disparu, et, avec le socle, le nom. Comme les statues en calcaire et en bois de grandes dimensions, celles-ci faisaient partie du mobilier funéraire : elles étaient en petit des supports d'àmes, elles servaient de corps au double du modèle, et elles maintenaient vivant le nom d'une personne qu'on avait aimée ou connue. Elles sont nombreuses dans nos musées et elles datent presque toutes de la même époque. L'ancien Empire n'en fabriquait point, ni le moyen, l'art saïte préférait la pierre dure : les statuettes en bois que j'ai vues jusqu'à présent sont de la seconde époque thébaine et ou doit les répartir entre la XVIII', la XIX" et la XXe dynastie.

Quelques-unes d'entre elles, sinon toutes, ont été employées à des usages qui nous paraissent singuliers. Plusieurs avaient, attachés à

leur socle ou h leur corps, de petits rouleaux de papyrus, disposés comme les lettres missives ordinaires que les scribes s'envoyaient les uns aux autres. L'un d'eux, que possède le Musée de Leyde1, est une adjuration adressée à l'âme parfaite de la dame Ankhari par son mari vivant encore : « Quelle faute ai-je donc commise contre toi, que « j'en sois réduit à la condition fâcheuse où je me trouve? Que t' ai-je « donc fait qui justifie ton attaque contre moi, si aucune faute n'a été « commise contre toi? Depuis que je suis devenu ton mari jusqu'à ce « jour, qu'ai-je fait contre toi que je doive cacher ? Que ferai-je quand « il me faudra porter témoignage sur ma conduite à ton égard, que je « comparaîtrai avec toi devant le tribunal des morts, m'adressant au (( cycle des dieux infernaux et qu'on te jugera d'après cet écrit qui est « de paroles exprimant ma plainte au sujet de ce que tu as fait, que « feras-tu? » Le ton général du morceau est, comme on voit, celui de la plainte ou de l'accusation. Le mari se lamente sur « la condi- « tion fâcheuse à laquelle il est réduit », trois ans après être devenu veuf, puis il raconte les incidents de sa vie conjugale afin de montrer l'ingratitude qui a répondu à ses soins. « Quand tu es devenue ma a femme, j'étais jeune, j'ai été avec toi, je ne t'ai pas abandonnée, « je n'ai point causé de chagrin à ton cœur. Or, j'ai fait cela quand « j'étais jeune; lorsque je fus promu aux grandes dignités de Pharaon, « je ne t'ai point laissée, disant : « Qu'elles te soient communes avec « moi! » et, comme tout le monde qui venait me voyait devant toi, « tu ne recevais point ceux que tu ne connaissais point, car j'agissais « selon ta volonté. Or, voici, tu n'as point satisfait mon cœur, et je « plaiderai avec toi, et l'on verra le vrai du faux. » Il insiste et il lui rappelle ses bontés : « On ne m'a jamais rencontré agissant bruta- « lement à ton égard, à la façon d'un paysan qui entre dans la maison

1. La figure à laquelle il était attaché est reproduite dans Leemans, Monuments égyptiens du Musée d'antiquités des Pays-Bas à Leyde, lre partie, pl. XXIV; Cf. Chabas, Notices sommaires des papyrus égyptiens, p. 19.

TROIS STATUETTES EN BOIS

« d'autrui. » Quand elle mourut, pendant une absence de huit mois à laquelle le condamnait son service auprès de Pharaon, « je fis ce « qui était convenable pour toi, et je te pleurai beaucoup avec mes « gens, en face de ma demeure, je donnai des étoffes et des bandece lettes pour ton ensevelissement, je fis fabriquer à cet effet beauce coup de linges, et je ne laissai bonne offrande que je ne te fisse « faire1. » Le pauvre homme ne dit pas bien clairement quelle est la nature des maux dont il souffre. Peut-être imaginait-il que sa femme le tourmentait sous forme de spectre; peut-être, ce qui après tout revient au même dans la croyance des Égyptiens, était-il atteint de maladies et accablé d'infirmités qu'il attribuait à la malignité de la morte. On se rappelle ces actions curieuses que les Islandais du Moyen Age intentaient contre des revenants. Leur législation mettait en mouvement tout son cortège d'huissiers et tout son attirail d'instruments pour décréter d'accusation, juger, condamner des morts qui s'obstinaient à hanter la maison où ils avaient vécu. Le récit des causes subsiste et témoigne de la gravité qui présidait à ces procédures étranges. Le papyrus de Leyde se rapporte certainement à une affaire de ce genre. Un mari, s'adressant à l'âme de sa femme, la somme de suspendre des persécutions que rien ne justifiait, sous peine d'avoir à répondre de sa conduite devant le jury infernal. Au cas où elle ne tiendrait pas compte de cet avis préalable, la cause serait évoquée plus tard au tribunal des dieux de l'Occident et plaidée : le papyrus servirait de pièce à conviction, et alors « on verrait le vrai du faux ».

Restait une difficulté à surmonter : comment faire arriver la sommation à son adresse? Les Égyptiens n'étaient jamais embarrassés lorsqu'il s'agissait de communiquer avec l'autre monde. Le mari lisait la lettre dans le tombeau, puis il l'attachait à une figure de la

1. Le texte en fac-similé dans Leemans, Monuments, 2e partie, pl. CLXXX1II-GLXXX1V, traduit et commenté dans Maspero, Études égijptiennes, t. I, p. 145-159.

femme; celle-ci ne pouvait manquer de recevoir ainsi l'adjuration, comme elle recevait le repas funéraire ou la vertu des prières qui assuraient sa félicité d'outre-tombe. La préoccupation de l'art n'était que secondaire dans des images du genre de celles de la dame Nâî et de ses deux compagnons : l'idée religieuse prédominait et c'était elle qui donnait sa signification complète au monument.

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