‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 40 sur 55 · SUR UN FRAGMENT DE STATUETTE THÉBAINE · texte numérisé non relu

SUR UN FRAGMENT DE STATUETTE THÉBAINE

Les déblaiements entrepris par M. Mond au versant oriental des monticules de Chéîkh-Abd-el-Gournah, dans l'un des plus riches entre les cimetières thébains de la XVIIIe et de la XIXe dynastie, ont valu déjà plusieurs monuments précieux au Service des Antiquités; ils ne lui ont rien rendu qui surpasse, ni même qui égale le fragment dont voici les images. La statuette d'où il provient a été rompue par le milieu. Les hanches et les jambes ont disparu, aussi le bras droit et la plinthe à laquelle le dos s'appuyait, et c'est en vain que M. Mond s'est acharné à les rechercher parmi les résidus de sa fouille; il ne les a pas trouvées, et sans doute les pièces en ont-elles été détruites dès l'antiquité ou emportées par quelque amateur au cours du xixe siècle. Le morceau qui nous reste mesure 0m,30 de long sur Om,ll de large aux épaules, et rien dans les lignes ne nous permet de décider si la personne qu'il représente était assise ou debout. J'incline pourtant à penser que, selon l'usage de son temps, elle se tenait dans l'attitude de la petite dame Touîau Louvre2, debout, les pieds rapprochés sur le même plan, le bras droit pendant le long du corps, la tète droite, avec sa perruque de cérémonie et sa robe des grands jours.

La matière employée par le sculpteur est le calcaire, celui que les

1. Extrait de la Revue de l'Art ancien et moderne, 1905, t. XVII, p. 403.

2. Voir plus bas, p. 233-240 du présent volume, l'article sur la petite dame Toul.

inscriptions appellent la pierre blanche et belle de Tourah, mais dont les bancs épais bordent la vallée d'Égypte, depuis les environs du Caire jusqu'au delà des défilés de Gébéléîn. Il abonde dans la plaine thébaine, et, bien qu'il y soit trop fendillé en tous sens pour qu'on se soit servi de lui dans la construction, il convient on ne saurait mieux à des motifs de dimensions restreintes tels que celui de notre statuette. Celle-ci a été taillée très probablement dans la pierre même de Chéîkh- Abd-eUGournah, peut-être dans l'un des blocs extraits au moment où l'on creusa le tombeau auquel elle était destinée. C'est une pâte admirable, à la fois souple et ferme, et qui se plie avec une docilité sans pareille à toutes les hardiesses comme à toutes les délicatesses du ciseau ; où le grain du marbre, cristallin et presque métallique, donne à l'œil la sensation d'une enveloppe rigide dans laquelle le sujet serait comme emprisonné, celui du calcaire, plus moelleux et plus gras, rend mieux l'élasticité des plans de chair et le jeu libre des muscles sous 1'épiderme. Notre statuette avait été enluminée selon l'usage, mais elle ne porte que des traces imperceptibles de peinture et elle a la teinte naturelle du calcaire vieilli, un ton entre crème et ivoire jauni qui rappelle la pâleur des Égyptiennes. Le détail du vêtement et de la parure, qui était inscrit au pinceau, a disparu, et il n'est plus indiqué que sur le liséré du manteau par un travail léger de l'outil ; l'ensemble y a perdu de son intérêt archéologique, mais il y a gagné un aspect de raffinement qui manque aux œuvres où la couleur s'est conservée intacte.

La jeune femme qui nous a légué ainsi son portrait vivait sous la XIXe dynastie, en un temps où la mode imposait à ses suivants les coiffures énormes et les robes étriquées (fig. 73-74). Une toile presque transparente lui couvre l'épaule gauche, puis lui traverse la poitrine et va se nouer sous l'aisselle droite, dissimulant le reste du costume ; la main gauche s'en dégage et serre une tige de lotus dont la fleur remonte au creux de la gorge. Le buste n'a pas encore atteint toute sa

Fie. 73

La slatuette Mond, vue de face.

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