QUELQUES CUILLERS À PARFUM
DE LA XVIII* DYNASTIE Au Musée du Louvre.
Ce n'est pas sans raison qu'on nomme ces objets des cuillers à parfum. Les Egyptiens s'en servaient, en effet, pour manier soit des essences, soit des pommades, soit les fards de couleur différente dont ils se teignaient, hommes et femmes, les jours, les lèv res, les paupières et le dessous des yeux, les ongles et la paume des mains. La forme et la décoration en changèrent selon les époques. Au temps des Ramessides, entre le xive et le xne siècle avant notre ère, la mode en introduisit en Egypte de fabrication syrienne; plus tard, sous les Bubastistes et sous les rois éthiopiens de la XXVe dynastie, il en vint de manufacture clialdéenne ou ninivite. Los cinq qu'on voit ici sont d'origine et de style purement égyptiens. Les motifs en sont empruntés généralement à la faune et à la flore de la vallée. La première a pour manche (fig. 78, p. 242) une jeune lille perdue dans les lotus et qui cueille un bouton; une botte de tiges, de laquelle deux fleurs épanouies s'échappent, rattache le manche au bol, dont l'ovale tourne sa rondeur au dehors, sa pointe à l'intérieur. Sur la seconde (fig. 79, p. 242), la jeune fille est encadrée de deux tiges fleuries de lotus et de papyrus, et elle marche en jouant d'une guitare à long manche. La cuiller suivante (fig. 80, p. 243) substitue à la musicienne une porteuse d'offrandes, et la quatrième (fig. 81, p. 244) a sa musicienne debout sur une barque
qui vogue entre les roseaux. La dernière (fig. 82, p. 245) a la forme d'un esclave qui marche à demi courbé sous un sac énorme. Rien de plus heureux que le dessin général de la décoration : les artisans ont apporté à son exécution autant de conscience et d'ingéniosité que les sculpteurs en apportaient aux statues colossales. Les quatre jeunes filles ont chacune leur physionomie et leur âge bien caractérisés. Celle qui cueille des lotus est de condition ingénue, comme l'indiquent sa chevelure nattée avec soin et sa jupe plissée; les dames thébaines étaient vêtues de long, et celle-ci ne s'est troussée haut qu'afin de pouvoiraller dans les roseaux sans trop salir ses atours. Au contraire, les deux musiciennes appartiennent à la classe inférieure ; l'une n'a qu'une ceinture autour des hanches, l'autre qu'un cotillon court, lié négligemment. La porteuse d'offrandes a la tresse pendant sur l'oreille, dont on coiffait les enfants, et sa ceinture est son seul vêtement; c'est une de ces adolescentes minces et effilées comme on en voit beaucoup chez les fellahs
Fig. 7S Cuiller à parfum.
Musée du Louvre.
t.! 'hsPé^E
Fig. 7!»
Cuiller à parfum.
Musée du Louvre.