‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 46 sur 55 · CUILLERS À PARFUM · texte numérisé non relu

CUILLERS À PARFUM

miniature et sur un bois de cuiller, la reproduction des grandes scènes de pèche et de chasse à l'oiseau qui sont figurées dans les tombeaux et dans les temples.

La conservation de ces objets est merveilleuse. Un couvercle est perdu, une branche de lotus s'est brisée derrière la jeune fille qui cueille des fleurs, la porteuse d 'offrandes a eu un pied coupé. A cela près ils sont intacts et l'on dirait qu'ils sortent des mains de l'ouvrier. Le bois offre un grain très fin qui se plie merveilleusement à toutes les volontés du ciseau. Il n'a jamais été peint, mais il a bruni avec le temps; la teinte primitive en devait être ce jaune d'or qu'on remarque sur la cassure de certains morceaux d'ais trouvés dans les tombeaux. Aucune des pièces ne porte des marques d'usage : elles paraissent avoir été déposées neuves dans le caveau, près du mort, et le mort les a conservées neuves jusqu'à nos jours.

Comme le reste du mobilier funéraire, elles étaient censé servir dans l'autre monde. Les listes d'offrandes mentionnent la poudre d'antimoine et le fard vert parmi les substances qu'on expédiait au double les jours de fête : les cuillers et les boîtes à parfums lui

étaient donc aussi nécessaires qu'elles l'avaient été au vivant.

Je ne crois pas qu'il nous en reste aujourd'hui qu'on puisse attribuer d'une manière certaine au temps des Pyramides ; mais les bas-reliefs des tombeaux memphites nous montrent les menuisiers à l'œuvre et ils ne nous permettent pas de douter que le commerce des menus objets en bois ne fût très florissant dès leur époque. Sous les grandes dynasties thébaines, l'Egypte les expédiait au dehors par milliers; imités en Phénicie ou même transportés directement par les Phéniciens sur toutes les côtes de la Méditerranée, ils transmirent à l'Occident les formes de l'art oriental. Il est probable que la production thébaine,la seule qui nous soit connue par des monuments certains trouvés dans des tombeaux datés, cessa entièrement, ou du moins devint presque insignifiante, quand la grandeur de Thèbes tomba, à partir du xe siècle avant notre ère. On continua d'en fabriquer à Memphis et dans les villes importantes du Delta, jusque sous les Ptolémées et les Césars. Les spécimens récents en sont assez rares; ils présentent des différences considérables avec ceux de l'industrie thébaine. Comme c'est justement cet art memphite qui alimenta presque exclusivement le marché phénicien à partir de Sheshonq, il est fâcheux que les exemples n'en soient pas plus fréquents : faute d'en posséder assez, nous ne pouvons pas juger exactement quelle influence ils exercèrent sur le développement des arts méditerranéens.

Les cinq objets dont il vient d'être question proviennent de la collection de Sait. Les tombeaux thébains où on les a découverts ont été exploités et épuisés au commencement du xixe siècle par les collectionneurs et par les marchands; il est difficile d'en rencontrer aujourd'hui de pareils en Egypte, et ceux-là mêmes qu'on y trouve leur sont fort inférieurs en finesse et en qualité.

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