QUELQUES STATUETTES EN BASALTE VERT
imagina de placer dans la tombe des statues qui paraissaient répéter à jamais une liste gravée sur leurs genoux; ce simulacre de lecture perpétuelle était plus que suffisant à nourrir perpétuellement le simulacre d'un homme. Ici, c'est le défunt lui-même qui se rend ce bon office; ailleurs, c'était un ami, un scribe, un serviteur favori .
L'étude de ces trois petits monuments fait ressortir heureusement l'une des qualités de l'art égyptien : l'habileté avec laquelle le moindre artiste, tout en reproduisant d'une manière parfois réaliste le portrait des individus, savait saisir la physionomie et l'allure caractéristiques de leur métier ou de leur rang social. Comparez l'attitude soumise et la face moutonnière du scribe accroupi avec le port hardi et la tète impérieuse du Pharaon : le contraste est frappant. Chez le scribe, tous les muscles sont relâchés ; le corps entier se courbe, comme chez un être habitué à obéir et résigné à tout supporter de ses supérieurs. Chez le Pharaon, le modelé est ferme, la démarche droite, la mine hautaine; on sentie personnage habitué, dès l'enfance, à marcher seul debout au milieu des échines pliées. Il est malheureux que la légende ait disparu avec la partie inférieure de la deuxième statuette; la rapprochant de plusieurs autres monuments du Louvre, elle m'a rappelé plusieurs prêtres de l'époque saïte. La dureté est la même dans l'œil et dans le coin des lèvres, la même ride cerne la narine et la bouche, les ailes du nez s'y pincent de même; malgré la perte du nom et des titres, je suis tenté de croire que l'individu qui porte à un si haut degré sur sa face les particularités du prêtre égyptien appartenait à la caste sacerdotale.
SUR UNE TROUVAILLE DE RIJOUX SAÏTES