‹ Essais sur l'art égyptienChapitre 9 sur 55 · SKHEMKA, SA FEMME ET SON FILS · texte numérisé non relu

SKHEMKA, SA FEMME ET SON FILS

GROUPE TROUVÉ A MEMPHIS (Musée du Louvre).

Skhemka vivait à Memphis vers la lin de la Ve dynastie. Il était attaché à l'administration des domaines, et il fut enseveli dans la nécropole de Saqqarah. Son tombeau, retrouvé par Mariette pendant les fouilles du Sérapéum, a fourni trois jolies statues au musée du Louvre l. J'ai connu le groupe reproduit plus loin (fig. 10, p. 4-7) à une époque où l'enduit qui le recouvre n'avait encore que très peu souffert : les musées d'Europe ne possédaient rien qu'on pût lui comparer pour le fini de l'exécution.

Je ne dirai pas grand'chose du personnage principal : il a toutes les qualités et tous les défauts auxquels les sculpteurs de l'ancien Empire nous ont habitués. Le modelé du torse, des bras et des jambes est excellent, celui du pied médiocre, celui des mains détestable ; la tète vit, spirituelle sous la grosse perruque à mèches étagées qui l'encadre. Les deux statuettes accessoires sont charmantes de composition et de dessin. A main gauche, Ati, la femme du mort, debout et adossée au montant du siège, tient embrassée la jambe de son mari.

1. Le groupe de Skhemka est catalogué pour la première fois par E. de Rougé, Notice sommaire des Monuments égyptiens, 1855, p. 50-51, sous le n° S. 102. Les deux autres statues du même personnage que le musée possède sont inscrites toutes deux sous le n° S. 103. L'une d'elles est en granit, l'autre en calcaire peint.

Le visage et les membres sont peints en jaune, selon une convention respectée presque de tout temps en Egypte '. Une couche de rouge vif marque les tons hàlés que le soleil étend sur la peau des hommes; le jaune clair exprime les nuances plus délicates que la vie d'intérieur laisse au teint des femmes. Les cheveux, divisés sur le front, retombent en deux masses le long des joues. La robe sans manches est fendue sur le devant et l'ouverture descend en pointe jusqu'entre les deux seins : l'étoffe épouse exactement les contours du corps, et la jupe s'arrête un peu au-dessus de la cheville. La place des seins est indiquée par un dessin spécial; tout le reste, de la taille aux pieds, est brodé d'ornements de couleur, imitant les réseaux de verroterie qu'on voit dans les musées 2. Un collier à deux rangs et des bracelets complètent le costume. A main droite, Knom, fils de Skhemkaet d'Ati, sert de pendant à sa mère : il est nu, sauf un collier qui lui serre le cou à la naissance et un petit amulette carré qui lui tombe sur la poitrine. On ne saurait trop admirer la grâce de ces deux figures. Bien qu'elles soient de dimensions restreintes, l'artiste a donné à chacune d'elles la physionomie et les traits qui conviennent à leur âge avec autant d'exactitude que s'il se fût agi d'un colosse. Les chairs fermes, les membres arrondis mais musculeux de la femme pleinement épanouie, et les chairs bouffies, les membres mous de l'enfant sont traités avec un bonheur égal. Le visage a chez la mère une grâce souriante, chez le fils une gentillesse étonnée et naïve : le ciseau égyptien n'a pas souvent travaillé avec autant d'esprit et de légèreté.

Le geste par lequel les deux petites personnes embrassent chacune une jambe de la grande n'est pas un artifice de composition, une simple façon de rattacher les éléments secondaires du groupe au prin-

1. 11 n'y a d'exception que vers le milieu de la XVIIIe dynastie, où les hommes et les femmes, surtout les femmes, sont peints rose clair ou couleur de chair.

2. Le joli has-relief peint du tombeau de Séti I", que possède le musée du Louvre (E. de Rougé, Notice des principaux monuments, p. 35, B, 7) montre en grand la disposition des perles de verre sur l'étoffe.

Fin. III

Skliemka, sa femme el Sun fils.

Calcaire. Musée du Louvre.

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