‹ Essais sur l'histoire des religionsChapitre 13 sur 32 · R RA H MAN ES · texte numérisé non relu

R RA H MAN ES

postérieurs, les Bràhmanas, ne se trouvent pas dans les hymnes. Mais nous rencontrons, dans les Védas des passages comme les suivants :

« Agni a soutenu la terre, il a affermi le ciel par des paroles de vérité » (Rv. 1, G7, 3).

« Varuna a séparé les vastes firmaments; il a élevé bien haut les cieux brillants et magnifiques ; il a étendu séparément le ciel étoilé et la terre » ( Rv . VII, 80, 1).

Plus souvent, cependant, les poètes avouent leur ignorance du commencement de toutes choses, et l’un d’eux s’écrie :

« Qui a vu le premier-né ? Où étaient la vie, le sang, l’àme du monde? Qui est allé s’informer de cela auprès de quelqu’un qui le sût? » (Rv. 1, 104, 4.) (1).

Et ailleurs nous lisons (Rv. X, 81, 4) : « Quelle était la forêt, quel était l’arbre dont ils formèrent le ciel et la terre ? O sages, faites-vous cette question dans votre esprit : Qu’est-co qui le portait lorsqu’il soutenait les mondes? »

J’arrive maintenant à un sujet plus important. Nous trouvons dans le Védaceque peu de personnes se seraient attendues à y rencontrer, à savoir, ces deux idées qui semblent si contradictoires à notre intelligence, et qu’il est pourtant si facile pour tout cœur humain de concilier entre elles : Dieu a établi les lois éternelles du bien et du mal, il punit le péché

(1) Histoire de l'ancienne littérature sanscrite, p. 20, note.

LES YÉDAS

et récompense la vertu, et cependant le même Dieu est prêt à pardonner ; il est juste, et cependant miséricordieux; c’est un juge, et en même temps un père. Considérez, par exemple, les vers suivants ( Rv . I, 41, 4) : « Le chemin est facile et sans épines pour celui qui fait ce qui est bien. »

Et ailleurs (Rv. I, 41, 9) : « Que l’homme craigne celui qui tient les quatre [dés], avant qu’il les jette [c’est-à-dire Dieu qui tient dans ses mains les destinées des hommes] ; que personne ne prenne plaisir à des paroles mauvaises! n

Maintenant veuillez écouter les hymnes suivants, et représentez-vous les sentiments qui seuls ont pu les inspirer :

Hymne à Varuna (Rv. VII, 89).

1. Fais que je n’entre pas encore, ô Varuna, dans la maison d’argile : aie pitié de moi, [dieu] toutpuissant, aie pitié de moi !

2. Si je marche tremblant, comme un nuage chassé par le vent, aie pitié de moi, [dieu] tout-puissant, aie pitié de moi !

3. C’est manque de force, ô dieu fort et éclatant, si je me suis égaré : aie pitié de moi, [dieu] tout-puissant, aie pitié de moi !

4. La soif est venue assaillir l’adorateur, quoiqu’il fût au milieu des eaux : aie pitié de moi, [dieu] toutpuissant, aie pitié de moi !

5. Toutes les fois que nous autres hommes, ô Varuna, nous commettons une offense devant la cohorte céleste, toutes les fois que nous violons la loi par inadvertance, ne nous punis pas, ô dieu, pour cette offense. »

En voici un autre ( Rv . VII, 86) :

1. Sages et grandes sont les œuvres de celui qui a séparé les vastes firmaments [le ciel et la terre]. Il a élevé bien haut les cieux brillants et magnifiques; il a étendu séparément le ciel étoilé et la terre.

2. Est-ce que je me dis ceci à moi-mème? Comment puis-je arriver jusqu’à Varuna? Voudra-t-il accepter mon offrande sans déplaisir? Quand, mon esprit étant tranquille, verrai-je sa colère apaisée?

3. Je m’adresse [de tous côtés], ô Varuna, désirant connaître mon péché. Je vais interroger les sages. Les sages me disent tous la même chose : C’est Varuna qui est irrité contre loi.

4. Est-ce pour un péché d’autrefois, ô Varuna, que tu désires détruire ton ami, qui célèbre toujours tes louanges? Dis-le-moi, ô maître invincible, et je me tournerai bien vite vers toi avec des hymnes de louange, délivré du péché.

5. Absous-nous des péchés de nos pères, et de ceux que nous avons commis dans notre propre corps. Rends la liberté à Vasisht/ia, ô roi, comme un voleur qui s’est repu de bœufs qu’il a volés ; mets-le en

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liberté comme un veau [qu'on a débarrassé] de sa

corde.

G. Ce n’était pas par notre fait, ô Varuna, c’était la nécessité [ou la tentation], c’était une boisson f enivrante, la passion, les dés, l’inadvertance. Le vieillard est là pour perdre les jeunes gens ; le sommeil même n’éloigne pas le mal.

7. Que, purifié de tout péché, je donne satisfaction au dieu irrité, comme [fait] un esclave à son généreux maître. Le seigneur dieu a éclairé les insensés ; dieu très-sage, il conduit son adorateur à la richesse.

8. O seigneur Varuna, puisse cette hymne plaire à ton cœur ! Puissions-nous prospérer, gardant [nos biens] et [en] acquérant [de nouveaux] ! Protégeznous, ô dieux, et répandez toujours sur nous vos bénédictions !

La conscience du péché que l’on a commis est un des traits saillants de la religion du Véda, ainsi que cette croyance que les dieux peuvent délivrer le pécheur du pesant fardeau de ses fautes. Et lorsque nous lisons des passages comme celui-ci : « Varuna fait miséricorde môme à celui qui a commis le péché » (. Rv . VII, 87, 7), il ne faut assurément pas que le nom peu familier de Varuna choque nos oreilles, mais nous devons nous rappeler que ce n’est là qu’un de ces noms, que les hommes ont créés en grand nombre, dans leur impuissance d’ex-

LIVRES SACRÉS DES BRAHMANES primer l’idée qu’ils avaient des attributs de la Divinité, quelque imparfaite, quelque inadéquate qu’elle fût (1).

Un autre hymne, extrait de l’Atharva-véda (IV, 16), vous montrera combien le langage des vieux poêles de l’Inde peut approcher du langage de la Bible (2) :

1. Le grand maître de ces mondes voit comme s’il était tout prés. Si un homme croit marcher à l’insu de tous, les dieux le savent fort bien.

2. Si un homme reste debout et immobile, s’il marche ou se cache, le roi Varuna le sait : ce que deux personnes se disent tout bas, assises l’une près de l’autre, Varuna le sait ; il est là le troisième.

3. Cette terre aussi appartient à Varuna, le roi, et ce vaste ciel, aux extrémités si éloignées. Les deux mers [le ciel et l’océan] sont les reins de Varuna ; il est contenu aussi dans cette petite goutte d’eau.

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