L’AITA REVA -BRAHMA. VA
conclut que cet hymne est antérieur à l’institution de ces deux classes de prêtres. Comme ces prêtres figurent dans d’autres hymnes védiques, M. Ilaug suppose que l’on doit rapporter à une très-haute antiquité l’hymne qui décrit le sacrifice du cheval. A l’appui de cette conjecture, l’auteur cite le cérémonial zoroaslrien, dans lequel, nous dit-il, les chantres et les surveillants sont entièrement inconnus, tandis que les deux autres classes de prêtres, les llotars « récitateurs » et les Adhvaryus « assistants, » y sont désignées sous les mêmes noms qui ont pris en zend les formes Zaotar et Rathwiskare. Il semblerait donc que les deux nouvelles classes de prêtres ont été instituées dans l’Inde après que les Zoroaslriens se furent séparés des Brahmanes ; et M. Haug croit devoir rapporter les hymnes où il est question des seuls llotars et Adhvaryus à une époque qui a précédé cette ancienne scission, tandis que les hymnes qui parlent des quatre sortes de prêtres seraient postérieurs à celte époque. Après avoir exposé dans toute sa force4’argument deM. Ilaug, nous devons avouer qu’il nous semble donner une trop grande portée à des preuves purement négatives. Sûrement un poêle, encore qu’il connût parfaitement tous les détails d’un sacrifice et les noms de tous les prêtres qui y prenaient part, pouvait bien parler de ces matières en termes plus généraux que ne le ferait l’auteur d’un manuel, et on risquerait ort de se tromper en supposant que rien de ce que
L’AIT A RE Y A -BRÀHMAArA le poète a passé sous silence n’existait de son temps. . '
En second lieu, si, parmi les titres des prêtres, il y en avait de plus anciens et d’autres plus modernes, tout porte à croire que le poète devait préférer citer les premiers plutôt que ceux qui étaient de création récente. En troisième lieu, môme les plus anciennes dénominations des prêtres ont eu dans l’origine un sens plus étendu, avant d’être prises dans l’acception restreinte qu’elles ont eue plus tard, comme en Europe évêque a signifié originairement « surveillant, » prêtre « ancien, » diacre « serviteur, ministre. » \
0 Dans plusieurs hymnes, quelques-uns de ces titres (par exemple, hotar « celui qui invoque,) » sont évidemment employés comme noms appellalifs, et non pas comme titres. Enfin M. Haug reconnaît lui-même qu’un des prêtres dont il est fait mention dans l’hymne sur le sacrifice du cheval, à savoir, l’Agniminiha, est identique avec l’Âgnîdhra ; et si nous prenons ce nom, comme tous les autres, dans son ,
sens technique, nous devons y voir la désignation d’un des quatre prêtres appartenant à la quatrième classe ou classe du Brait m an (1). Ainsi s’écroule-
(t) Par suite d'une erreur on a transposé dans mon Histoire de l'ancienne littérature sanscrite (p. 469) deux lignes contenant les noms des seize prêtres. L’Àgnîdhra et le Potri doivent être rangés parmi les Brahmanes, le Pratihartri et le Subrahmanya parmi les Udgàtris Voir À.çval. Sùtras IV, 1 (p.28Gde la Bibliotheca Indica ); et Max Müller, Todtenbestaltung, p. xlvi. On pourrait dire cependant que l'Agnirnindha était l’un des Hotrâsamsins, ou l'un des Sept Prêtres, les Sapta Hotris. Cf. Haug. Aitareya-brâhmana, vol. I,
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raient les bases sur lesquelles porte principalement le raisonnement de M. llaug, et il nous faudrait admettre que l’institution des prêtres de la classe du Brahman remonte pour le moins à l’époque où fut compose l’hvmne sur le sacrifice du cheval. Mais en supposant même, ce qui est vrai, qu’on trouve dans certains hymnes des allusions à un cérémonial plus ou moins complet (1), cela pourrait sans contredit nous aider à subdiviser et à classer les poèmes de la seconde période, celle des Mantras, mais nous ne pourrions évidemment pas arguer de Là que l’absence ou la présence d’allusions aux détails des cérémonies sacrées est le critérium de l’antiquité plus ou moins grande des hymnes védiques. M. Haug croit que, dans le développement du culte rendu par l’homme à son Créateur, le sacrifice précède la poésie religieuse, et que les formules précèdent les prières, comme le Lévitique est antérieur aux Psaumes ; aussi se laisse-t-il guider par cette manière de voir dans son classement chronologique des monuments du Véda. Il incline donc tout naturellement à regarder les hymnes qui ont été composés en vue des sacrifices, plus particulièrement les invocations et les formules du Yagmr-véda, et les Nivids conservées dans les Bràhmawas et dans les Sûtras, comme
(1) Dans mon Histoire de l'ancienne littérature sanscrite , p. 486 et suiv., j'ai réuni un bon nombre d'allusions de ce genre: quelquesunes d'entre elles ont été découvertes récemment par d'autres indianistes dans le cours de leurs recherches personnelles.
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descendanl d’une plus haute antiquité que les libres inspirations des Rishis, lesquelles n’ont aucun souci de l’exacte observance des cérémonies, ne connais-
sent point le rang des différents prêtres ni des différentes divinités, et louchent parfois à des sujets qui sont du domaine de la poésie profane plutôt que de la poésie sacrée. « Les premiers sacrifices, nous dit M. Ilaug, furent sans doute de simples offrandes présentées sans grand cérémonial. On se contentait de les accompagner de quelques paroles solennelles et appropriées à la circonstance, énonçant le nom de celui qui faisait l’offrande, la chose même qui était offerte, la déité à laquelle elle était présentée, et l’intention dans laquelle celte offrande était faite. Tout cela devait probablement être exprimé dans les formules liturgiques qui ont été connues plus tard principalement sous le nom de Yaj/ush, mais dont le nom plus ancien paraît avoir été Y â <7 y à . Peutêtre devons-nous attribuer une égale antiquité à la formule par laquelle on invoquait la divinité sous des noms différents, et où on l’invitait à venir goûter des mets qui lui étaient préparés. On regardait à juste titre cette formule comme une sorte de Y a g u s h , et on lui donnait le nom de N igad a ou de Ni vid . » En' comparant ces formules liturgiques avec la masse des hymnes du Rig-véda, M. Ilaug arrive à la conclusion qu’elles sont plus anciennes que les hymnes. Il nous montre que certaines de ces Nivids étaient connues des poètes des hymnes, et ce fait est