‹ Essais sur l'histoire des religionsChapitre 29 sur 32 · SS · texte numérisé non relu

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LE POPOL VU H

le dernier paragraple du préambule du Popol Vuh par la déclaration suivante (1) : « Voilà ce que nous écrirons depuis (qu’on a promulgué) la parole de Dieu [Chabal Dios], et en dedans du christianisme; nous le reproduirons, parce qu’on ne voit plus ce livre national, où l’on voyait clairement qu’on était venu de l’autre côté de la mer, (c’est-à-dire) « le récit de notre existence dans le pays de l’ombre, et comment nous vîmes la lumière et la vie. » L’auteur n’essaie aucunement d’attribuer à cet ouvrage une haute antiquité, ni une autorité mystérieuse. 11 reconnaît expressément qu’à l’époque où il écrit, son pays a été conquis par les Castillans ; que des évêques y prêchent la parole de Dios, le nouveau Dieu ; que les anciennes traditions du peuple disparaissent peu à peu. Il ne donne même pas à son ouvrage le titre de Popol Vuh, ainsi que l’a fait l’abbé Brasseur de Bourbourg. II dit que, de son temps, on ne voyait plus le Popol Vuh. Or Popol Vuh signifie « le Livre national, » et servait à désigner la littérature traditionnelle qui transmettait d’âge en âge tout ce que l’on savait sur l’histoire primitive de la nation, sur ses doctrines et ses cérémonies religieuses.

Il est regrettable que l’abbé Brasseur de Bourbourg , ait sanctionné l’emploi de ces mots comme titre du manuscrit quiché découvert par le P. Ximenez, et qu’il les ait traduits en apparence par « Livre sacré, » au

(1) Papal Vuh, traduction de l’abbé Mrasseur de Bourbourg, p. 5.

LE POPOL VU H

lieu de les rendre par « Livre national, » comme Ximenez les avait traduits par « Libro del comun. » Ces légères inexactitudes produisent infailliblement une grande confusion. 11 n’y a que le désir de donner à son livre un titre pompeux qui ait pu faire commettre celte faute à notre auteur, car il avoue luimême que le titre de Popol Vuh n’appartient nullement à l’ouvrage qu’il publie, et que, de plus, Popol Vuh ne signifie pas « Livre sacré. » Rien n’autorise à supposer, avec le savant abbé, que les deux premières parties du manuscrit contiennent une transcription à peu prés littérale du véritable Popol Vuh, ni à croire que le Popol Vuh ait été l’original du Teo-Amoxtli , ou livre sacré des Toltèques. Tout ce que nous savons, c’est, d’abord, que l’auteur de cet ouvrage anonyme le rédigea parce que le Popol Vuh , c’est-à-dire la tradition nationale, se perdait peu à peu, et, en second lieu, qu’il a réuni dans les deux premières parties de son travail les anciennes traditions communes à la race tout entière, réservant les deux autres pour les annales de la nation quichée, qui possédait , au temps de la conquête , la plus grande partie de la république actuelle de Gualéraala. Si nous nous plaçons à ce point de vue, nous ne trouverons rien, ni dans le contenu, ni dans le caractère de ce volume, qui nous inspire des doutes sur son authenticité. L’auteur a voulu préserver de l’oubli, où elles tombaient rapidement, les histoires de ses dieux et de ses ancêtres qu’il avait entendues dans son en-

fance. Les traits principaux de ces histoires avaient peut-être été conservés, soit par l’enseignement oral des écoles, soit par les peintures figuratives; néanmoins la conquête espagnole avait tellement bouleversé le pays que l’auteur fut sans doute obligé de compter principalement sur la fidélité de ses propres souvenirs. Si l’on voulait extraire de ces légendes une histoire suivie, la tâche serait simplement impossible. Tout y est vague, contradictoire, miraculeux, absurde. L’histoire, comme nous l’entendons, c’est-à-dire présentant la suite et l’enchaînement des faits, est une conception moderne, inconnue à presque toutes les nations anciennes. Si nous avions le véritable Popol Vnh lui-même , il est probable que nous n’v trouverions pas plus de données historiques que dans le manuscrit quiché. De temps en temps, il est vrai, on s’imagine apercevoir quelques points de repère dans ces récits confus ; puis, à la page suivante, on retombe dans le chaos. 11 se peut qu’on éprouve quelque difficulté à reconnaître que, malgré toutes les traditions sur les migrations primitives deCécropset de Danaiis, malgré les poèmes homériques de la guerre de Troie et les généalogies des anciennes dynasties de la Grèce, nous ne savons rien de l’histoire grecque avant les olympiades, et que même, pour les événements des premières olympiades, nos connaissances se réduisent à fort peu de chose. Mais le véritable historien ne se laisse séduire par aucune illusion à ce sujet, et ne veut pas entendre parler

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