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des reconstructions historiques, même les plus ingénieuses.
Ce que nous disons de l’histoire grecque s’applique avec cent fois plus de force à l’histoire ancienne des aborigènes de l’Amérique; et les personnes qui étudient les antiquités américaines se feront d’autant plus, d’honneur qu’elles mettront moins de temps à reconnaître cette vérité. Même les traditions sur les migrations des Ciiichimèques, des Colhuas et des Naliuas, qui forment le thème principal de toutes les histoires anciennes de l’Amérique, n’ont point de fondement plus solide que les traditions grecques concernant les Pélasges, les Éoliens et les Ioniens. Ce serait perdre son temps que de vouloir, avec de pareils éléments, reconstruire une histoire suivie, qui ne manquerait pas d’être détruite, tôt ou tard, par quelque émule des Niébuhr, des Grote ou des Lewis.’
Si nous ne trouvons pas de matériaux pour l’histoire dans les légendes des anciens habitants de Guatémala, elles nous permettent du moins d’étudier le caractère de ces hommes, d'analyser leur religion et leur mythologie, de comparer leurs principes de morale, leurs idées sur la vertu, sur la beauté, sur l’héroïsme, avec les principes et les idées des autres races humaines. Voilà le charme réel et durable des ouvrages comme celui que l’abbé Brasseur de Bourbourg vient de nous faire connaître le premier par une traduction fidèle. Malheureusement, ce charme n’est pas à l’abri de tout danger. 11 est, à la rigueur,
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possible que les auteurs de ce manuscrit et des autres textes américains aient subi, d’une manière plus ou moins consciente, l’influence des idées européennes et chrétiennes. Dans ce cas, nous n’aurions plus la certitude que les histoires rapportées par eux nous ■offrent une image fidèle du génie primitif des races américaines. Le manuscrit quiche offre avec l’Ancien Testament certaines conformités qui sont assurément extraordinaires. Cependant, même en admettant une influence chrétienne, il reste encore dans ces traditions beaucoup de choses qui diffèrent tellement de tout ce que nous voyons dans les autres littératures nationales, que nous ne risquons pas de nous tromper en les regardant comme le produit véritable du sol intellectuel de l’Amérique. A l’appui de nos observations, nous voulons citer, en terminant, quelques extraits du livre qui les a suggérées, mais nous ne devons pas prendre congé de l’abbé Brasseur de Bourbourg sans lui exprimer notre reconnaissance pour son excellent ouvrage. Nous espérons qu’il pourra réaliser son projet de publier une Collection de documents dans les langues indigènes, pour servir à V étude de V histoire et de la philologie de l'Amérique ancienne. L’ouvrage qui vient d’être publié forme le premier volume de cette collection.
Extraits du Popol Vuh.
Le manuscrit commence par un récit de la créa-
tion. Quand on le lit dans la traduction littérale de l’abbé Brasseur de Bourbourg, toute hérissé des noms étranges des dieux et des autres êtres qui y jouent un rôle, ce récit ne laisse pas sur l’esprit une impression bien nette. Mais quand on le relit plusieurs fois, on voit se dégager certaines idées saillantes, attestent qu’il y a eu un fonds primitif de nobles conceptions, couvertes et cachées plus tard par mille imaginations extravagantes, absurdes. Laissons donc les noms propres, qui ne font que troubler la mémoire, et qu’on essaierait en vain le plus souvent d’expliquer d’une manière raisonnable. Il faudra de longues recherches avant qu’on puisse décider si ces noms, appliqués avec tant de profusion à la Divinité, désignaient autant de personnalités distinctes, ou seulement les manifestations diverses d’une seule et même puissance. En tout cas, ils ne peuvent avoir aucune importance pour nous, jusqu’à ce que de nouvelles études permettent de rattacher des idées plus claires à des noms aussi peu harmonieux que Tzakol, Bitol, Alom, Qaholom, Hun-Ahpu-Vuch, Gucumatz, Quax-Cho, etc. Certains de ces noms sont assurément très-bien choisis, si l’abbé Brasseur de Bourbourg ne s*est pas trompé en les traduisant par t le Créateur, le Formateur, Celui qui engendre, Celui qui donne l’être, le Dominateur, le Maître du planisphère verdoyant, le Maître de la surface azurée, le Cœur du ciel. » Mais que dire de noms aussi absurdes que « le Serpent couvert de plumes, le
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grand blanc Piqueur d’épines, le Tireur de sarbacane
au sarigue, » et autres du même genre?
Quoi qu’il en soit de ces noms inintelligibles, les Quichés croyaient qu’il y eut un temps où tout ce qui est dans le ciel et sur la terre fut créé. « Tout était en suspens, dit le Popol Vuh ; tout était calme et silencieux, et l’immensité des cieux était vide. Il n’v avait pas encore un seul homme, pas un animal, pas d’oiseau ni de poissons; le ciel seulement existait. La lace de la terre ne se manifestait pas encore : seule la mer paisible était, et tout l’espace des cieux. Seuls les êtres divins étaient sur l’eau comme une lumière grandissante. Ils parlèrent; ils se consultèrent et méditèrent; et au moment de l’aurore, l’homme se manifesta. Alors ils commandèrent aux eaux de se retirer, et à la terre de se raffermir, afin qu’elle pùt être ensemencée et que le jour pût luire au ciel et sur la terre.
« Car, dirent-ils ( Popol Vuh, p. 11), nous ne recevrons ni gloire ni honneur de tout ce que nous avons créé et formé, jusqu’à ce qu’existe la créature humaine, la créature douée de raison. « Terre, » dirent-ils; et à l’instant elle se forma. Comme un brouillard ou un nuage eut lieu sa formation dans son état matériel, lorsque, semblables à dés homards, apparurent sur l’eau les montagnes; et en un instant les grandes montagnes furent... Ainsi se fit la création de la terre, lorsqu’elle fut formée par ceux qui sont le Cœur du ciel et le Cœur fie la terre; car ainsi- se
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nomment ceux qui les premiers la fécondèrent, le ciel et la terre encore inertes étant suspendus au milieu de l’eau. »
Ensuite nous voyons la création des bêtes brutes, et le désappointement des dieux quand ils commandent aux animaux de dire leurs noms et d’honorer ceux qui les ont créés. Alors, les dieux dirent aux animaux :
« Voilà que vous serez changés, parce qu’il vous a été impossible de parler. Nous reprenons donc notre parole. Votre nourriture et vos tanières, vous les aurez; mais ce sera dans les ravines et les bois. Car notre gloire n’est pas parfaite, et vous ne nous invoquez point, il y a encore des êtres qui pourront nous salber; nous les rendrons capables d’obéir. Maintenant, faites votre devoir. Quant à votre chair, elle sera broyée sous la dent. »
Puis vient la création de l’homme. Sa chair fut faite de terre glaise. Mais ( Popol Vuh, p. 49) « l’homme était sans cohésion, sans consistance, sans mouvements, sans force, inerte et aqueux. Il ne remuait point la tête ; sa vue était voilée; il avait reçu le don de la parole, mais il n’avait pas d’intelligence, et aussitôt il se consuma dans l’eau, sans pouvoir se tenir debout. »
Les dieux se consultèrent alors une seconde fois, afin de créer des êtres qui pussent les adorer; et après certaines cérémonies magiques, des hommes furent faits de bois, et ils se multiplièrent. Mais ils n’avaient ni cœur, ni intelligence, ni souvenir de leur
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Créateur. Ils menaient une existence inutile, et vivaient comme des animaux. Ils ne pensaient point à élever leurs têtes vers leur Formateur, et ils furent engloutis dans les eaux.
Puis vient une troisième création, l’homme étant tiré d’un arbre appelé le tzité, et la femme de la moelle d’un petit jonc appelé le zibac. Ceux-ci ne pensèrent pas non plus ni ne parlèrent à celui qui les avait faits, et ils périrent emportés par les eaux. La nature tout entière, les animaux, les arbres, les pierres se soulevèrent contre les hommes pour se venger du mal qu’ils leur avaient fait; et tout ce qui reste de cette race primitive se voit aujourd’hui dans les petits singes qui vivent dans les bois.
Nous arrivons ensuite à une histoire d’un caractère très-différent, et qui interrompt complètement le récit. Elle ne se rapporte aucunement à la création, quoiqu’elle se termine par la métamorphose- de deux de ses héros en soleil et en lune. C’est une histoire qui ressemble beaucoup aux fables des Brahmanes ou aux Contes allemands. Quelques-uns des principaux acteurs de ce petit drame sont évidemment des êtres divins, descendus au niveau de la nature humaine; et les exploits qu’ils accomplissent, les tours qu’ils jouent sont si étranges et si incroyables, qu’on s’imagine lire un des contes des Mille et Une Nuits. Dans les luttes des deux héros favoris contre les cruels princes de Xibalba, il se peut qu’il y ait des réminiscences d’événements historiques; mais ce serait une
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tâche impossible que de vouloir séparer la partie historique des fables qui l’enveloppent. L’intérêt principal du conte américain consiste dans les points de ressemblance que nous y trouvons avec les contes de l’ancien monde. Nous nous contenterons d’en citer deux : l’introduction d’animaux doués de la parole
et de la raison, et le fréquent retour à la vie des principaux héros, qui, après qu’on les a brûlés et qu’on a jeté leurs cendres à la mer, renaissent sous la forme de poissons, métamorphosés ensuite en hommes.
On sait que, dans les contes allemands, certaines particularités de la conformation et des mœurs des animaux sont expliquées comme étant le résultat d’événements arrivés au temps jadis : on raconte, par exemple, que l’ours a une queue si courte depuis le jour où lui arriva sa mésaventure, quand il alla pêcher sur la glace. De même, nous lisons dans les contes américains que « Hun-Ahpu et Xbalanqué, ayant saisi le rat, le serrèrent vivement à la tête, voulant l’étouffer. Ils lui brûlèrent la queue au-dessus du feu. C’est alors que le rat commença à porter une queue sans poil (1). » Ailleurs, un crapaud, qui portait un message, est avalé par le Zakicaz. « C’est depuis lors, ajoule-t-on, que les serpents prennent les crapauds pour leur nourriture (2). » Cette histoire,
. (1) Popol Vuh, p. 125.
(2) Jd., p. 135.
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bien digne d’attirer l’attention de ceux qui étudient la manière dont se sont formés et répandus les contes populaires, se poursuit jusqu’à la fin du second livre. Ce n’est que dans le troisième livre qu’il est de nouveau question de la création de l’homme.
Trois essais, ainsi que nous l’avons vu, avaient été faits, et avaient échoué. Maintenant nous lisons qu’avant l’aurore, avant le lever du soleil et de la lune, l’homme avait été créé : la nourriture qui devait former son sang se composait d’épis de maïs jaune et blanc. On cite les noms des quatre hommes qui furent les véritables ancêtres de la race humaine, ou plutôt de la race quichée. La femme ne leur donna pas le jour, et ils ne furent pas non plus engendrés par les dieux. Leur création fut un prodige. Ils étaient doués de la raison et de la parole; leur vue embrassait toutes choses; ils connaissaient le monde entier; et ils rendirent grâce à leur Créateur. Alors les dieux eurent peur, et ils soufflèrent un nuage sur les yeux des hommes , afin qu’ils ne pussent voir qu’à une certaine distance, et que l’homme ne fût pas semblable aux dieux eux -mêmes. Pendant que les quatre hommes dormaient, les dieux leur donnèrent de belles épouses, qui devinrent les mères de toutes les tribus, petites et grandes. Ils n’adoraient pas encore les dieux ; ils élevaient leurs regards vers le ciel, ne sachant pas ce qu’ils étaient venus faire dans ce monde. Leur figure était douce; doux aussi était leur langage, et grande leur intelligence.
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Nous arrivons maintenant à un passage fort intéressant, dans lequel on essaie d’expliquer la cause de la confusion des langues. Aucune nation, excepté le peuple juif, ne s’est beaucoup occupé de savoir pourquoi il y a beaucoup de langues, au lieu d’une seule. Grimm, dans son Essai sur l'origine du langage, fait ces remarques : « Il peut sembler surprenant que ni les anciens Grecs, ni les anciens Indiens n’aient songé à proposer ni essayé de résoudre la question de l’origine et de la multiplicité des langues humaines. L’Écriture sainte a essayé d’expliquer une de ces deux énigmes, celle de la multiplicité des langues, par la tradition de la Tour de Babel. Je ne connais qu’une pauvre légende eslhonienne, que l’on puisse placer à côté de cette explication biblique. < Le vieux dieu, disent les Esthoniens, quand les hommes trouvèrent leur demeure trop étroite, résolut de les disperser par toute la terre, et de donner à chaque nation sa propre langue. En conséquence il mit sur le feu un chaudron d’eau, ordonnant aux différentes races de s’en approcher, chacune à son tour, et de choisir les sons qui leur convenaient dans les gémissements de l’eau captive et torturée. »
Grimm aurait pu ajouter une autre légende, populaire chez les Thlinkithiens, et qui a évidemment pour objet d’expliquer pourquoi il existe des langues différentes. Les Thlinkithiens sont une des quatre races principales de l’Amérique russe. Les Russes
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les appellent les Kaljush, Koljush ou Kolosh. Ils occupent la côte à peu près depuis le 60° jusqu’au 45° de latitude nord. Ils s’étendent par conséquent au - delà de la frontière russe , presque jusqu’à l’embouchure de l’Oregon, et ils se sont établis également dans beaucoup des îles voisines. Weniaminow pense que leur nombre, dans les possessions russes et anglaises, est de vingt à vingt-cinq mille âmes. C’est évidemment une race qui tend à disparaître, et leurs légendes, qui semblent nombreuses et remplies d’idées originales, mériteraient bien d’être étudiées attentivement par les ethnographes américains. Wrangel soupçonnait une parenté entre eux et les Aztèques du Mexique. Ces Thlinkithiens croient qu’il y a eu une inondation ou un déluge universel, et que les hommes se sauvèrent dans un immense bâtiment qui flotta sur les eaux. Quand les eaux se retirèrent, le vaisseau échoua sur un rocher, et, par son propre poids, se brisa en deux parties. Dans l’une se trouvaient les Thlinkithiens avec leur langage ; dans l’autre, le reste des races humaines. Telle fut l’origine de la diversité des langues (1).
Ni la légende eslhonienne ni celle des Thlinkithiens n’offrent cependant aucune conformité frappante avec le récit mosaïque. Il y a donc lieu d’observer avec une attention particulière les analogies et les différences
(1) Holmberg, Elhnoyraphische Skizzen ïtbe.r die Vôlker des Russischen Ainerika. Hetsingfors. 1S55.
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qui existent entre le neuvième chapitre de la Genèse et le chapitre suivant du manuscrit quiché , traduit par l’abbé Brasseur de Bourbourg (1) :
« Tous n’avaient qu’une seule langue : ils n’invoquaient encore ni le bois ni la pierre; et ils ne se souvenaient que de la parole du Créateur et du Formateur, du Cœur du ciel et du Cœur de la terre.
« Et ils parlaient en méditant sur ce qui cachait le lever du jour : et remplis de la parole sacrée, remplis d’amour, d’obéissance et de crainte, ils faisaient leurs demandes; puis, levant les yeux au ciel, ils demandaient des filles et des bis.
« Salut! ô Créateur, ô Formateur! toi qui nous vois et nous entends! ne nous abandonne, ne nous délaisse point! ô Dieu, qui es au ciel et sur la terre, ô Cœur du ciel, ô Cœur de la terre ! donne-nous notre descendance et notre postérité tant que marcheront le soleil et l’aurore; que les semailles se fassent, ainsi que la lumière. Donne-nous de marcher toujours dans des chemins ouverts et des sentiers sans embûches ; que nous soyons toujours tranquilles et en paix avec les nôtres; que nous coulions une vie heureuse; donne-nous donc une vie, une existence à l’abri de tout reproche, ô Ilurakan, ô Sillonnemenl de l’Éclair, ô Foudre qui frappe.... fais que les semailles aient lieu et que se fasse la lumière !
(1) opol Vu h, p. ‘211.
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« ... Et ils arrivèrent tous à Tulan : on ne pouvait compter le nombre des gens qui arrivaient et qui tous entraient en marchant en bon ordre.
« ... Or, c’est là que s’altéra la langue des tribus; là se fit la diversité de leurs langues : elles ne s’entendirent plus bien clairement entre elles, lorsqu’elles vinrent à Tulan. Or, c’est là qu’elles se divisèrent : il y en eut qui allèrent à l’Orient et beaucoup par ici.
,« ... Or, le langage de Balam-Quitzé, de Balam- Agab, de Mahucutah et d’Iqi-Balam [les quatre ancêtres du genre humain] était déjà différent : Hélas, donc! nous avons délaissé notre langue! Comment donc avons-nous . fait? nous sommes ruinés! D’où vient donc que nous avons été induits en erreur? Nous n’avions qu’une seule langue, lorsque nous vînmes de Tulan ; un était seulement notre mode de soutenir (l’autel), une était notre éducation. Ce n’est pas bien ce que nous avons fait, répétèrent toutes les tribus, dans les bois et sous les lianes. »
Le reste de cet ouvrage, qui se compose en tout de quatre livres, est consacré aux migrations des tribus parties de l’Orient, et à leurs établissements divers. Les quatre ancêtres de la race quichée semblent avoir eu une longue rôc; et quand enfin ils vinrent à mourir, ils disparurent d’une manière mystérieuse, laissant à leurs fils ce qui est appelé la Majesté enveloppée, qui ne devait jamais être dépliée par une main humaine. Qu’était-ce que cette Majesté ? c’est ce que nous ne savons pas.
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Les chapitres suivants renferment beaucoup de choses intéressantes ; seulement il n’y faut pas chercher des matériaux pour l'histoire, bien que l’auteur regarde évidemment tout ce qu’il raconte sur cette succession de rois comme des traditions parfaitement authentiques. Mais quand, après le récit des migrations, des guerres et des insurrections diverses, il en vient enfin à raconter l’arrivée des Espagnols, nous trouvons qu’il y a seulement quatorze générations entre les quatre premiers ancêtres de la race humaine ou de la race quichée et la dernière des dynasties royales, et l’auteur, quel qu’il soit, termine son ouvrage par cet aveu :
« Voilà tout ce qui reste de l’existence du Quiché; car il n’y a plus moyen de voir ce livre, où autrefois les rois lisaient tout, puisqu’il a disparu. Ainsi donc c’en est fait de tous ceux du Quiché, qui s’appelle Santu-Cruz. »
Mars 1802.
On ne peut rendre compte d’un ouvrage comme l’ Histoire générale et système comparé des langues sémitiques de M. Renan, qu’en l’examinant chapitre par chapitre. Il contient un exposé de l’histoire non seulement des langues sémitiques, ainsi que le ferait supposer son titre, mais encore des nations sémitiques ; et puisque, dans l’œuvre intellectuelle de l’humanité, la part active a toujours appartenu exclusivement à deux races, les Sémites et les Aryens (les peuples touraniens n’ayant fait qu’entraver de temps en temps par leurs incursions la marche de la civilisation générale), le travail de M. Renan embrasse en réalité une moitié de l’histoire du monde ancien.
(1) Histoire générale et système comparé des langues sémitiques, par Ernrst Renan, membre de l'Institut. Seconde édition. Paris,
(2) Nouvelles considérations sur le caractère général des }>euplcs sémitiques , et en particulier sur leur tendance au monothéisme, par E. Renan. Paris, 1859.
Nous n’avons reçu jusqu’à présent que le premier volume de celte importante publication; et avant que l’auteur ait eu le temps d’achever son tome deuxième, il a dû publier une seconde édition du tome premier, revue et augmentée, de manière à représenter les nouveaux progrès accomplis dans le champ de la philologie sémitique.
En écrivant l’histoire de la race sémitique, il est nécessaire d’établir d’abord certains caractères généraux communs à tous les membres de cette race, avant de pouvoir parler de nations aussi éloignées les unes des autres que les Juifs, les Babyloniens, les Phéniciens, les Carthaginois et les Arabes, comme ne composant qu’une seule race ou famille. Le lien le plus important, qui réunit en un ensemble idéal tous ces peuples dispersés, se trouve dans leur langage. Les idiomes de toutes les nations sémitiques procèdent d’un type commun aussi incontestablement que le français, l’espagnol et l’italien dérivent du latin, ou que le latin, le grec, l’allemand, le celtique, le slave et le sanscrit sont issus de la langue primitive des ancêtres de la race aryenne. Les preuves fournies par le langage suffiraient seules à établir ce fait, que toutes les nations sémitiques sont descendues d’ancètres communs et forment ce que, dans la science du langage, on peut appeler une famille distincte. Mais M. Renan n’a pas voulu se contenter de cet unique critérium de la parenté des divers peuples sémitiques. A l’aide de ses propres observations,
et mettant à proflt les recherches d’autres ^savants, tels que MM. Ewal elLassen, il s’est efforcé de tracer d’une manière plus complète le portrait du Sémite : tâche assurément difficile. Telle serait l’œuvre d’un peintre qui voudrait faire le portrait d’une famille entière, en omettant tout ce qui serait particulier à chaque membre individuel, mais en reproduisant les traits et la physionomie, qui constituent ce qu’on appelle l’air de famille. Le résultat a été ce qu’on pouvait attendre. Les critiques, à qui telle ou telle branche de la famille sémitique était la plus familière, ont protesté unanimement qu’ils ne pouvaient découvrir aucune ressemblance dans ce portrait. Les uns y trouvaient des traits qui, disaient-ils, ne devaient pas y être; d’autres se plaignaient de ne pas y voir l’expression qui leur paraissait la plus frappante dans la physionomie sémitique.
Voici, en résumé, quels sont, d’après M. Renan, les points saillants du caractère des Sémites.
Suivant l’auteur , ce qui prédomine chez eux , c’est l’instinct religieux plutôt que l’intelligence politique; et la source de leur religion est la conception de l’unité de Dieu. Leur terminologie religieuse est simple, sans aucun élément mythologique. Leurs sentiments religieux sont vifs, exclusifs, intolérants, et soutenus par une ferveur qui trouve son expression particulière dans les visions prophétiques. Si l’on compare ces peuples aux nations aryennes, oh voit qu’ils ont manqué d’initiative scientifique et philosophique.
LL' MONOTHÉISME SÉMITIQUE Leur poésie est principalement subjective ou lyrique, et l’on chercherait en vain dans leurs littératures des poêles qui aient excellé dans le drame et l’épopée. La peinture et la sculpture ont toujours été frappées chez eux d’une interdiction religieuse, leur naïf réalisme ne se prêtant pas à la fiction, condition essentielle de ces deux arts. Sous le rapport de la vie civile et politique, ils se distinguent par une extrême simplicité. Chez cette race, le pouvoir est resté patriarchal et despotique, et l’on ne trouve dans son sein ni grands empires organisés, ni commerce, ni esprit public. Le caractère le plus marquant peutêtre de la constitution intellectuelle des Sémites est tout négatif : c’est ce manque d’aptitude pour les vues générales et abstraites qui se trahit dans leur manière dépenser, dans leur langage, dans leur religion, dans leur poésie et dans leurs institutions politiques. En revanche, les idées individuelles et personnelles exercent sur eux une puissante attraction, qui les conduit au monothéisme en religion, au genre lyrique en poésie, tà la forme monarchique dans le gouvernement, au style abrupt dans les compositions littéraires, e't qui les rend incapables de se livrer aux spéculations de la métaphysique.
11 est impossible de parcourir des yeux cette esquisse hardie et rapide du caractère sémitique, sans remarquer combien elle renferme de points qui prêtent au doute et tà la discussion. Nos remarques porteront sur un seul de ces points, le plus important de tous
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dans noire pensée, et aussi, ce semble, dans la pensée de M. Renan : la tendance supposée de la race sémitique au monothéisme. M. Renan affirme que les Sémites ont conquis le dogme de l’unité divine, parce qu’ils l’ont trouvé dans les instincts les plus profonds de leur esprit et de leur cœur. Il dit que cette croyance était chez eux la règle, non l’exception; et il semble penser que, sans leur coopération, le reste de l’humanité ne serait jamais arrivé à connaître et à adorer le Dieu unique.
Si celte remarque sur la tendance instinctive des Sémites au monothéisme avait été faite il y a cinquante ans, elle eût rencontré peu de contradicteurs. Le terme sémitique était alors employé dans un sens plus restreint, et ne comprenait guère que les Juifs et les Arabes. N’ayant que ces deux peuples en vue, on aurait certainement eu le droit de dire (avec les réserves impliquées tacitement dans toute proposition générale formulée sur le caractère d’individus ou de nations) que le rôle spécial assigné par la Providence à ces peuples avait été de prêcher la croyance en un seul Dieu. Trois religions sont nées au sein de ce petit groupe sémitique, le judaïsme, le christianisme et le mahométisme ; et ces trois religions proclament, avec l’accent le plus énergique, le dogme de l’unité divine.
Mais, dans ces derniers temps, les limites du monde sémitique ont été considérablement reculées, de manière à comprendre certaines nations notoire-
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nient idolâtres. En outre, les explorations plus exactes dont les Juifs et les Arabes ont été l’objet ont fait découvrir dans l’histoire de ces tribus des traces multipliées d’un penchant au polythéisme.
La famille sémitique est divisée par M. Renan en deux grandes branches, différant l’une de l’autre par la forme de leur monothéisme, mais toutes deux, suivant leur historien, imbues dès le commencement d’une croyance instinctive en un Dieu unique :
l8 La branche nomade, renfermant les Arabes, les Hébreux et les tribus voisines habitant la Palestine, et appelées communément les descendants de Térah ou Tharé;
2° La branche sédentaire, composée des sociétés plus organisées de la Phénicie, de la Syrie, de la Mésopotamie et de l’Yémen.
Est-il possible de dire qu’un instinct monothéiste ait ôte départi à toutes ces nations, qui adoraient Elohim, Jéhovah, Sabaoth, Moloch, Nisroch, Rimmon, Nebo, Dagon, Ashlaroth, Baal ou Bel, Baal-peor, Baalzebub, Chemosch, Milcom, Adrammelech, Annamelech, Nibbaz et Tartak, Ashima, Nergal, Succoth-benoth, le soleil, la lune, les planètes et tous les astres du firmament? M. Renan admet que « le monothéisme a toujours eu dans la première de ces branches son boulevard le plus sûr ; » mais il soutient que la doctrine monothéiste était loin d’être aussi étrangère à la seconde branche de la race sémitique qu’on le suppose ordinairement. Mais où sont les critériums qui
permettent de faire pour les religions ce qu’on a fait pour les langues, et de distinguer les religions sémitiques des religions aryennes et touraniennes ? La trilitérité des racines nous fait reconnaître immédiatement n’importe quel idiome sémitique. Y a-t-il un critérium analogue pour les croyances religieuses? Peut-on découvrir dans toutes les religions sémitiques, de formation primaire ou secondaire, quelque élément essentiel qui leur soit commun à toutes et leur appartienne exclusivement? M. Renan pense que cela est possible. Il s’imagine entendre la note fondamentale d’un pur monothéisme dans les cris sauvages des prêtres de Baal et des idoles sémitiques ; et il nie qu’on puisse entendre celte même note dans aucune religion aryenne, chez les Grecs ou les Romains, chez les Germains ou les Celtes, chez les Perses ou les Hindous. Une telle assertion ne pouvait manquer de rencontrer une vive opposition; et plusieurs des confrères de M. Renan à l’Institut lui firent à ce sujet des objections si pressantes que, sans attendre l’achèvement du tome deuxième de son grand ouvrage, il a cru devoir en publier une partie sous forme de mémoire, afin de préciser sa notion du monothéisme sémitique. Dans ses Nouvelles considérations sur le caractère général des peuples sémitiques, et en particulier sur leur tendance au monothéisme, il s’efforce de répondre aux difficultés soulevées contre les idées qu’il avait émises sur le caractère général des peuples sémitiques. Cet essai n’est pas seulement
écrit avec la vaste science du savant : l’auteur y défend sa cause avec la chaleur et la vivacité de l’avocat. L’opinion qu’il s’est formée sur le caractère monothéiste de la race sémitique n’est pas seulement pour lui une théorie scientifique; c’est aussi une conviction morale. Il entend faire de cette thèse la base de son travail tout entier. C’est donc un devoir pour le critique d’examiner avec d’autant plus de soin la valeur des arguments sur lesquels il fonde sa doctrine favorite.
En étudiant les sentiments de M. Renan, il n’est que juste d’accorder une attention particulière aux modifications, même légères, qu’il a pu apporter, dans son dernier mémoire, à l’expression de sa pensée. Dans son Histoire, il affirme sans hésitation et en termes généraux que « le monothéisme résume et explique tous les caractères de la race sémitique. » Dans son récent mémoire, il s’exprime avec plus de circonspection. En avocat expérimenté, il est prêt à faire bien des concessions pour nous amener à donner plus facilement notre assentiment à sa proposition générale. II indique lui-même, avec beaucoup de bonne foi, les points plus faibles de son argument; mais il revient avec la même énergie et une entière conviction à sa thèse première, à savoir, que de toutes les races humaines la race sémitique seule a été douée de l’instinct du monothéisme.
Il serait impossible de nier que les nations sémitiques, malgré cet instinct monothéiste supposé,
sont souvent tombées dans le polythéisme le plus grossier, et que même les Juifs, le peuple monothéiste par excellence, provoquèrent mainte fois le courroux du Seigneur en offrant de l’encens à d’autres dieux; aussi M. Renan fait-il observer que quand il parle d’une nation en termes généraux, il a seulement en vue l’aristocratie intellectuelle de cette nation. « On répète tous les jours, dit-il, et avec raison, que les Français sont une nation spirituelle; cela veut-il dire que tous les Français sont des gens d’esprit, ou qu’il n’v a des gens d’esprit que parmi les Français? » Ici, nous pouvons accorder àM. Renan (pie si l’on parle d’esprit, on pense naturellement à la minorité intellectuelle, et non à la grande masse d’une nation ; mais si l’on parle de religion, le cas est tout différent. Si nous disons que les Français croient en un seul Dieu, ou qu’ils sont chrétiens, nous ne pensons pas seulement à l’aristocratie intellectuelle de la France, mais à tous les hommes, femmes et enfants , qui y sonl nés et y ont été élevés. Même si nous disons que les Français sont catholiques, c’est parce que nous savons que la grande majorité de la nation appartient à l’Église catholique. Mais si nous disions en termes généraux que les Français sont un peuple sans religion, parce que quelques-uns de leurs écrivains les plus distingués ont étalé leur mépris pour tout dogme religieux, on nous rappellerait justement à l’ordre, pour abus des privilèges légitimes de la généralisation. Le fait qu’Abra-
ham, Moïse, Klie et Jérémie ont cru fermement en un Dieu unique ne suffit pas à prouver cette proposition générale, que la nation juive était monothéiste par instinct. Rappelez-vous maintenant qu’on chercherait en vain, dans les autres branches de la race sémitique, quatre noms comme ceux que nous venons de citer, et sans doute cette proposition paraîtra insoutenable à tout autre que M. Renan.
Nous ne pouvons croire que M. Renan se contenterait de ces deux concessions, qu’il y a eu parmi les Juifs un petit nombre d’esprits croyant à l’unité de Dieu, et que ce même dogme n’était pas complètement inconnu chez les autres peuples sémitiques; cependant il n’a guère prouvé davantage. 11 a recueilli avec beaucoup de science et de talent tous les vestiges de monothéisme conservés dans les annales des nations sémitiques; mais il ne s’est pas donné la peine de découvrir les traces faibles ou distinctes de polythéisme, visibles dans ces mêmes annales. En jouant un rôle d’avocat, il s’est dépouillé pour un temps du caractère plus noble d’historien.
Si M. Renan avait recherché avec un zèle égal les vestiges dispersés et du monothéisme et du polythéisme, il eût dessiné de l’homme sémitique un portrait moins saisissant peut-être, mais assurément plus fidèle. Nous pouvons accepter tous les faits allégués par M. Renan, car ils sont presque toujours d’une grande exactitude; mais nous ne saurions accepter ses conclusions, parce qu’elles seraient en contradic-
tion avec d’autres faits auxquels l’auteur n’attache pas assez d’importance, ou qu’il passe entièrement sous silence. En outre, dans les conclusions mêmes auxquelles il est forcément conduit par des faits rassemblés avec trop de parti pris, il y a quelque chose qui choque l’oreille et révèle un manque d’harmonie dans les prémisses d’où ces conclusions ont été déduites. Partant de ce point, que la race juive est la première de toutes les nations du monde qui soit arrivée à la connaissance de l’unité de Dieu, M. Renan fait ce raisonnement, que si le monothéisme judaïque avait été le résultat d’un effort mental persévérant, s’il avait élé élaboré comme les découvertes philosophiques ou scientifiques des Grecs, il faudrait admettre que les Juifs surpassaient tous les autres peuples du monde en vigueur d’intelligence et en aptitude pour les spéculations abstraites. 11 reconnaît que celte supériorité ne leur a jamais appartenu.
« A part la supériorité de son culte, dit-il, le peuple juif n’en a aucune autre ; c’est un des peuples les moins doués pour la science et la philosophie parmi les peuples de l’antiquité ; il n’a une grande position ni politique ni militaire. Ses institutions sont purement conservatrices ; les prophètes qui représentent excellemment son génie sont des hommes essentiellement réactionnaires, se reportant toujours vers un idéal antérieur. Comment expliquer, au sein d’une société aussi étroite et aussi peu développée, une ré-
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volution d’idées qu’ Athènes et Alexandrie n’ont pas réussi à accomplir? »
Pour M. Renan, le monothéisme des Juifs et des nations sémitiques en général représente plutôt un humble degré de culture intellectuelle qu’un degré élevé. « 11 s’en faut, dit-il (p. 40), que le monothéisme soit le produit d’une race qui a des idées exaltées en fait de religion ; c’est en réalité le fruit d’une race quj a peu de besoins religieux. C’est comme minimum de religion, en fait de dogmes et en fait de pratiques extérieures, que le monothéisme est surtout accommodé aux besoins des populations nomades. ï
M. Renan va jusqu’à refuser aux nations sémitiques même ce minimum de réflexion religieuse, qui est nécessaire, suivant lui, pour la perception de l’unité divine; et il finit (p. 73) par expliquer le monothéisme sémitique comme étant le produit d’un instinct religieux , analogue à l’instinct qui a guidé chaque race dans la formation de sa propre langue.
Ici nous ne trouvons plus cette clarté, cette précision qui distinguent d’ordinaire les écrits de M. Renan. Quand des expressions appartiennent spécialement à une certaine science, il est toujours dangereux de les employer dans une science différente. Le mot instinct est à sa place en histoire naturelle, où il s’applique aux actes irréfléchis, inconscients, de créatures inconscientes. Nous disons que les oiseaux bâtissent leur nid par instinct, que les poissons nagent par instinct, que les chats attrapent les souris par
mites a-t-il pu s’obscurcir si souvent qu’on vit les Juifs dresser des autels sur toutes les hauteurs qui environnent Jérusalem? L’instinct polythéiste des Aryens a-t-il pu se perdre si complètement que les Grecs et les Romains sont devenus les disciples de Jésus-Christ? Les instincts véritables ne varient jamais : jamais les poissons ne volent ; jamais les chats n’attrapent les grenouilles. Voilà les difficultés qu’on ne peut pas éviter; et elles proviennent uniquement de l’emploi de mots choisis pour leur son plutôt que pour leur sens. Nous commençons par jouer avec les mots, mais à la longue nous devenons à notre tour le jouet de ces mêmes mois.
Il y a plusieurs degrés dans le monothéisme, et nous devons examiner plus attentivement ce qu’ils sont et comment ils se produisent.
Il y a d’abord une espèce de monothéisme, à laquelle il serait plus correct de donner le nom de théisme ou de hénothéisme, et qui est l’héritage de tout homme venant en ce monde. Ce qui distingue l’homme des autres créatures, ce qui non seulement l’élève au-dessus du règne animal, mais le place complètement en dehors de la sphère des existences purement naturelles, c’est le sentiment qui se trouve au fond de toute conscience, et qui atteste à l’homme qu’il y a eu une cause de son existence, qu’il est fils d’un Pcre plus puissant que lui. Ce sentiment, inséparable de la nature humaine, peut se traduire de mille manières; mais, dans ces expressions di-
verses, se retrouvera toujours cette conviction indestructible : C'est lui qui nous a faits, et non pas nous-mêmes. Chez certaines races, ce sentiment peut se manifester par la crainte et la terreur, et il peut conduire des générations tout entières à la folie religieuse et au culte des démons. Dans d’autres pays, il peut porter la créature à se permettre une familiarité irrévérente et funeste vis-à-vis du Créateur, et à rêver enfin l’apothéose de l’âme humaine ou son absorption dans l’être divin. Il peut prendre la forme d’une simple assertion, comme chez les Juifs, qui disaient qu’Adam était le fils de Dieu; ou bien il peut revêtir une forme mythologique, comme chez les Hindous, d’après lesquels Manu, l’homme, était le descendant de Svayambhu, « celui qui existe par lui-même, s Mais, sous une forme ou sous une autre, le sentiment de notre dépendance à l’égard d’une puissance plus haute éclate dans toutes les religions du monde. C’est ce qui nous explique la parole de saint Paul, que « Dieu, quoique dans les temps passés il ait permis à toutes les nations de suivre leurs propres voies, ne s’est pas laissé sans témoignage, car il nous a comblés de biens et nous a donné la pluie du ciel et des saisons propices, nous accordant l’abondance et remplissant nos cœurs de joie. »
Cette intuition primitive de la Divinité et le sentiment inextinguible de notre dépendance à l’égard de Dieu n’ont pu être que le résultat d’une révéla-
tion primitive, dans le sens le plus vrai de ce mot. L’homme, qui devait son existence à Dieu, et dont l’être avait en ce divin Créateur son centre et son point d’appui, voyait et sentait que Dieu était l’unique auteur de sa vie et de tout ce qui existait. Par l’acte même de la création, l’Être suprême s’était révélé. 11 était dans l’univers, se manifestant dans ses œuvres, avec toute sa majesté et toute sa puissance, devant ceux à qui il avait donné des yeux pour voir et des oreilles pour entendre, et dans les narines desquels il avait soufflé le souffle de vie, le souffle divin.
Toutefois cette intuition primitive de Dieu n’était par elle- même ni monothéiste ni polythéiste, quoiqu’elle pût devenir l’un ou l’autre, suivant l’expression qui la désignerait dans les langues humaines. C’est cette intuition primitive qui a fourni soit le sujet, soit l’attribut dans toutes les religions du monde, et sans elle aucune religion, vraie ou fausse, révélée ou naturelle, n’aurait pu avoir même un commencement. Les personnes qui pensent qu’un culte polythéiste était le but le plus naturel de la vie religieuse oublient trop facilement que le polythéisme a dû être précédé partout d’un théisme plus ou moins réfléchi. Dans aucune langue du monde le pluriel n’existe avant le singulier. Nul esprit humain n’aurait pu concevoir l’idée de plusieurs dieux sans avoir préalablement conçu l’idée d’un dieu. Mais ce serait une erreur tout aussi grande de s’ima-
giner que, parce que l’idée d’un dieu a dû exister avant celle de plusieurs dieux, la croyance en plusieurs dieux a été précédée partout de la croyance en un Dieu unique. Cette dernière implique la négation formelle de plus d’un seul Dieu; et cette négation est possible seulement' après la conception, réelle ou imaginaire, de plusieurs dieux.
L’intuition primitive de la Divinité n’est ni monothéiste ni polythéiste, et elle trouve son expression la plus naturelle dans cet article de foi, le plus simple et cependant le plus important de tous : Dieu est Dieu. Telle a dû être la croyance des ancêtres du genre humain avant toute dispersion des races et toute confusion des langues. A la vérité il pourrait sembler que l’unité divine, sans être expressément énoncée dans cette croyance, y était néanmoins impliquée, et que la première révélation de Dieu contenait cette vérité, quoiqu’elle y fût à l’état latent. Cependant l’histoire nous prouve que la question de l’unité divine était demeurée indécise dans cette religion primitive, et que l’intuition de Dieu y restait encore exposée aux illusions d’une double vision. L’unité est de deux espèces, et, quand nous abordons les discussions métaphysiques, il faut soigneusement distinguer ces deux sortes d’unités, dont la différence est bien marquée dans la pratique par l’emploi de l’article défini et de l’article indéfini. U y a une unité qui n’exclut pas l’idée de la pluralité ; il y en a une autre qui l’exclut. Si nous disons en " * -V
anglais que Cromwell était a Protector of Englan u.y nous n’affirmons pas qu’il ait été le seul protecteur de l’Angleterre. Mais si nous l’appelons lhe Protector of England, nous voulons dire que Cromwell est le seul homme qui ait porté ce litre. Si on avait voulu exprimer celte intuition primitive de la Divinité, on eût dit : t II y a un Dieu , » mais non pas encore : « Il y a un seul et unique Dieu. » La croyance en un Dieu unique s’appelle proprement le monothéisme, tandis que hénothéisme serait le terme le plus correct pour la croyance en un dieu.
II ne faut pas perdre de vue que nous parlons ici d’une époque reculée dans l’histoire de l’humanité où, en même temps que s’éveillaient les idées, on faisait les premières tentatives pour exprimer les conceptions les plus simples dans une langue d’une simplicité extrême, d’un caractère tout physique et matériel, et complètement dénuée de souplesse pour rendre les délicatesses de L pensée. Il n’existait pas encore de mot assez épuré par le travail intellectuel pour servir d’expression adéquate à l’idée abstraite d’un être immatériel et* surnaturel. Il y avait des mots signifiant « marcher » et « crier, » « couper » et « brûler, » « chien » et « vache, t « maison » et t mur, » « soleil » et « lune, » « jour » et « nuit. » Chaque objet était nommé d’après certaine qualité qui frappait les yeux des créateurs du langage comme particulièrement caractéristique. Mais quelle qualité pouvait suggérer un nom pour cet Être dont l’homme
ne connaissait absolument rien, excepté son existence? Le langage n’avait pas encore de verbes auxiliaires. L’idée de l’existence pure et simple, abstraction faite des attributs de la qualité ou de l’action, n’était même jamais entrée dans l’esprit humain. Quelle appellation pouvait-on donner à cet Être qui remplissait l’univers par sa présence? Il avait révélé son existence ; il continuait à la faire sentir dans tout ce qui produisait les impressions les plus profondes sur l’esprit humain au moment de sa première éclosion; mais on ne le connaissait encore que par les effets multipliés de sa puissance, comme on connaît une source souterraine par les eaux qui en jaillissent avec une abondance inépuisable. Quand, fuyant devant la tempête et les éclairs, un père se réfugiait dans la forêt avec ses enfants saisis d’effroi; quand il voyait les grands arbres déracinés à son côté et écrasant dans leur chute ceux qu’il aimait avec tendresse, son cœur était frappé sans aucun doute d’épouvante et de terreur, et le sentiment de sa faiblesse et de sa dépendance éclatait en un cri implorant la pitié ou l’assistance du seul* Être qui pût commander aux fureurs de l’orage. Mais le langage ne lui fournissait aucun nom pour invoquer ce maître des éléments. S’il y avait des mots désignant la tempête et la foudre, ils n’étaient pas applicables à celui dont la demeure est au plus haut des cieux. De même quand, après une nuit passée dans les larmes sous quelque pauvre toit insuffisant pour
servir d’abri contre la pluie et les rafales, on voyait, lorsque venait le malin, le soleil se lever radieux ; quand, après le triste hiver, où tout semble mort dans la nature, le printemps ramenait les beaux jours et les fleurs, tous les cœurs humains se sentaient pénétrés de joie et de reconnaissance, d’amour et de religieuse vénération. Mais quoiqu’il y eût des noms pour le soleil et pour le printemps, pour le ciel brillant et pour l’aurore resplendissante, il n’y avait pas encore de mot pour désigner l’auteur de toute cette joie, la source de la lumière et de la vie.
A l’époque où nous pouvons supposer que furent faites les premières tentatives pour trouver un nom applicable à Dieu, la divergence des langues humaines avait déjà commencé. Nous ne pouvons nous occuper ici des causes, qui produisirent cette divergence; mais quelque opinion que l’on ait sur la confusion des langues, qu’on la regarde comme un événement naturel ou comme un événement surnaturel, la science du langage a prouvé que cette diversité dans le langage était inévitable. Les ancêtres des nations sémitiques et ceux des nations aryennes avaient cessé depuis longtemps de pouvoir se comprendre, même dans les conversations sur les sujets les plus usuels, quand ils commencèrent, chacun à leur manière, à chercher une appellation pour la Divinité. Or voici une des différences les plus frappantes entre le langage sémitique et le langage aryen : — dans les langues sémitiques, la racine ex-
4Ki LE MONOTHÉISME SÉMITIQUE .
primant l’attribut qui fournissait une dénomination ne
pour un objet quelconque restait tellement distincte ca
dans le corps du vocable, que ceux qui employaient se
le mot ne pouvaient pas oublier sa signification si!
attributive , et conservaient dans la plupart des qc
cas le sentiment bien net de sa valeur appellative.
Dans les langues aryennes, au contraire, l’élément de
significatif ou la racine d’un mot était souvent si inl
complètement absorbé par les éléments dérivatifs, gii
préfixes ou suffixes, que la plupart des substan- se
tifs cessaient presque immédiatement d’être des ap- de
pellations proprement dites, et se changeaient en tjq
simples noms ou en noms propres. On comprendra ait
mieux ce que nous voulons dire si l’on se rappelle nu
que dans la plupart des dictionnaires des langues tr2
sémitiques, les mots ne sont pas rangés par ordre ifo,
alphabétique, mais sont groupés sous leurs racines |e
respectives. Quand nous avons besoin de trouver le im
sens d’un mot hébreu ou arabe, nous nous demandons d’abord quelle en est la racine, soit trilitère, ,jU
soit bilitére, et nous cherchons ensuite dans le die- pr(
tionnaire celte racine et ses dérivés. Dans les langués aryennes, au contraire, un tel arrangement se- \>\
rait extrêmement incommode. Dans bien des mots, il Di
est impossible de découvrir l’élément radical. Quel- cjL
quefois, après avoir dégagé la racine d’un mot, nous • Se]
trouvons qu’elle n’a pas produit d’autres dérivés, pe]
dont l’existence éclairerait la signification radicale ies
du mot en question, comme autant de rayons lumi- ,
neux convergeant vers un même point. En d’autres cas encore , la hardiesse du nomenclateur primitif semble avoir été telle qu’il ne nous est guère possible d’entrer dans la disposition particulière d’esprit qui lit choisir tel nom pour désigner tel objet.
Ces procédés différents des langues sémitiques et des langues aryennes ont dû exercer la plus grande influence sur la formation de la phraséologie religieuse des Sémites et des Aryens. Les premiers ne se servaient, pour invoquer Dieu, que d’adjectifs ou de mots qui renfermaient toujours un sens épithétique. Chacun de leurs mots étant plus ou moins attributif, ils étaient limités dans leur choix aux mots qui exprimaient quelqu’une des qualités abstraites de la Divinité. Les Aryens jouissaient d’une liberté plus grande. Prenons un exemple. Lorsque le tonnerre éclatait, ils exprimaient leur première impression de frayeur par cette seule phrase : Il tonne, — fSpovrâ. Ici, l’idée de Dieu est sous-entendue plutôt qu’exprimée, à peu près comme dans les noms propres sémitiques Zabd « présent, » Abd « serviteur, » Au s « présent, » que l’on emploie dans l’usage habituel au lieu de Zabd-allab, Aus-allah « don de Dieu, » Abd-allah « serviteur de Dieu. » Notre traduction de ces verbes qu’on appelle impersonnels serait plus en harmonie avec les sentiments et les pensées des hommes qui les créèrent pour exprimer les phénomènes de la nature, si nous mettions en anglais le pronom masculin au lieu du pronom neu-
tre , si nous disions He thunders, He retins , He snows, au lieu de it thunders, il rains, it snows. Le tonnerre venait du ciel ; le ciel était souvent appelé Dyaus « le brillant, » en grec ztùç. Ce n’était pas, il est vrai, le ciel brillant qui tonnait, mais le ciel obscur , chargé de nuages ; cependant Dyaus ne conservait plus clairement son sens attributif; c’était devenu un nom traditionnel. Rien n’empêchait donc un Aryen de dire : Dyaus ou le cieljtonne, en grec zs-iç pporr&. Remarquons ici l’influence presque irrésistible du langage sur l’esprit. Le mot Dyaus, qui avait d’abord signifiée brillant, » avait perdu son sens radical, et ne signifiait plus maintenant que « ciel. » Alors commença pour ce mot une troisième phase. L’idée qui avait d’abord été exprimée par le pronom ou par la terminaison de la troisième personne, Ppovri « 11 tonne, ï fut rattachée au mot Dyaus ou ciel. Il tonne et Dyaus tonne devinrent des expressions synonymes, et, par la seule force de l’usage, 11 se confondit avec Dyaus et Dyaus avec II. A partir de ce moment, Dyaus resta comme appellation de cette Puissance invisible, mais toujours présente, qui avait révélé son existence à l’homme depuis le commencement, mais qui était restée sans] être nommée longtemps après qu’Adam eut donné des noms à toutes les bêtes des champs et à tous les oiseaux de l’air.
Ce qui arriva pour ce nom de Dyaus arriva mainte et mainte fois pour d’autres noms. Quand les hom-
tu
rei
Mû
le
sot
le
ori
av<
coi
exj
sai
ma
de
con
bl G!
idéi
rep
eid
nor
qu
les,
ou
(Vu
U s ent con
mes sentirent la présence de Dieu dans lèvent impétueux, dans le tremblement de terre, dans le feu, ils dirent d’abord : 11 vente, Il fait trembler, Il brûle. Mais ils dirent aussi : « le grand vent (Maru t) souffle, le feu (Agni) brûle, le feu souterrain (Vulcanus) soulève la terre. « Après quelque temps le résultat fut le même qu’auparavant : les mots qui signifiaient originairement « vent » ou « feu » furent employés avec certaines restrictions comme noms du Dieu inconnu. Tant qu’on se rappela que tous ces noms exprimaient des attributs d’une seule et même Puissance divine, il n’y avait pas encore de polythéisme; mais, on le conçoit, chaque nom nouveau menaçait d’obscurcir de plus en plus l’intuition primitive de Dieu. Au commencement, les noms de Dieu, comme des figures ou des statues, étaient de louables tentatives pour représenter ou exprimer une idée, pour laquelle il était impossible de trouver une représentation ou une expression adéquate. Mais cet eidolon ou image devint une idole; le nomen ou nom se changea en nuinen (1) ou déité, aussitôt qu’ils s’écartèrent de leur signification originelle. Si les Grecs s’étaient rappelé que Zeus n’était qu’un nom ou un symbole de la Divinité, il n’y aurait pas eu
(1) [ c J’aime à rappeler, dit M. Renan (Journal asiatique, 18."9, p. 430, note), que l’initiative de ces vues appartient à Eugène Burnouf (Voir la] préface du t. III du Bhagavata Pourana , p. i.xxxvi-vin). Il se plaisait à répéter l'axiome Nomina numina, qui est devenu, entre les mains de M. Kuhn et de son école, la clef de la mythologie comparée. » Tr.]
pins de mal à invoquer Dieu sous ce nom que sous tout autre. S’ils s’étaient rappelé que Kronos, Uranus et Apollon n’étaient que des essais pour nommer les divers côtés, ou manifestations, ou aspects, ou personnes de la Divinité, ils auraient pu se servir de ces noms aux heures de leurs divers besoins, comme les Juifs invoquaient Jéhovah, Elohim et Sabaoth, comme les catholiques implorent l’assistance de la Vierge sous les noms de Nunziala, Dolores et Notre- Dame-île- Grâce.
Quelle est donc la différence entre les noms de la Divinité chez les Aryens et chez les Sémites? Pourquoi dit-on que les pieuses* invocations du monde aryen se changèrent en blasphèmes, tandis que les nations sémitiques, à ce que l’on suppose, trouvèrent dès l’origine le vrai nom de Dieu? Avant de chercher ailleurs une réponse à cette occasion, il nous faut examiner le langage lui-même. Là nous voyons que ces dialectes sémitiques n’auraient jamais pu produire des noms tels que les noms sanscrits Dyaus (Zeus), Varuna (Uranos), Marut (tempête, Mars), on Ushas (Eos). Ils avaient certainement des noms pour le ciel brillant, pour la tente céleste, pour l’aurore. Mais les races qui parlaient ces langues voyaient si distinctement le sens qu’avaient ces mots comme appellations, qu’elles ne pouvaient jamais songer à les employer comme noms propres, soit comme noms de la Divinité, soit comme noms de déilé. Ceci a été pleinement mis en lumière
par M. Renan. Nous ne partageons pas son avis lorsqu’il essaie d’expliquer la différence entre la phraséologie mythologique de la race aryenne et la phraséologie théologique des Sémites, en attribuant à chacune de ces deux races un instinct religieux particulier. Quand même on admettrait l’existence de cet instinct, c’est-à-dire d’une faculté inconnue et incompréhensible, nous ne pouvons voir en quoi cela nous aiderait le moins du monde à comprendre ce curieux phénomène mental. Mais le problème de M. Renan est exactement le même que le nôtre, et il serait impossible d’exposer ce problème en termes plus expressifs qu’il ne l’a fait :
« La pluie, dit-il (p. 79), dans toutes les mythologies primitives de la race indo-européenne, est représentée comme le fruit des embrassements du Cie x et de la Terre. » Le Ciel pur, dit Eschyle, dans un passage qu’on croirait emprunté aux Védas, aime à pénétrer la terre; la Terre de son côté aspire à l’hymen ; la pluie tombant du Ciel amoureux féconde la Terre ; et celle-ci produit pour les mortels les pâturages des troupeaux et les biens de Cérès. s Dans le livre de Job (1), au contraire, c’est Dieu qui crève les outres du ciel (xxxvm, 37), qui ouvre des rigoles aux ondées (ibiil, 25), qui engendre les gouttes de la rosée (ibid., 28) :
(!) Ces extraits sont pris dans la traduction du livre de Job, par M. llcnan. Paris, 1859, Michel Lévy.
« Il attire à lui les émanations des eaux, ; anc
« Qui se fondent en pluie et forment ses vapeurs ; non
* Les nuages les répandent ensuite ; norr
« Elles tombent en gouttelettes sur la foule des nait
hommes. » de 1
(Job, xxxvi, 27, 28.) ^
Tou
« 11 charge la nue de vapeurs humides; n’av
« 11 pousse devant lui les nuages qui portent sa que
foudre : app<
« Ceux-ci se portent de côté et d’autre sous sa di- men
rection, mytl
« Pour exécuter tout ce qu’il leur ordonne Quar
« Sur la face de la terre habitée, (ix?
« Soit qu’il veuille punir ses créatures, man<.
« Soit qu’il en fasse un instrument de miséri- sceau
corde. » ordre
(Job, xxxvii, 11-13.) pour
en s.
Dans le Livre des Proverbes (xxx, 4), nous lisons : Rena
« Qui a retenu le vent dans ses mains? Qui a lié ne de
les eaux comme dans un vêtement? Qui a affermi tou- des y
les les extrémités de la terre? Quel est son nom, et d’Éo
quel est le nom de son fils, si vous le savez? » épou
possj
On a montré à l’aide de nombreux exemples pris . quelr dans le Rig-véda combien de mythes furent suggé- hébr<
rés à l’esprit aryen par les divers noms de l’aurore, son
cette source de la vie de chaque jour. Le langage des subii-
anciens Aryens de l’Inde avait produit beaucoup de noms pour cette céleste apparition, et chacun de ces noms, à mesure qu’il cessait d’être compris, devenait, comme une semence qui se décompose, le germe de nombreux mythes et légendes. Pourquoi n’en a-til pas été de même des noms sémitiques de l’aurore? Tout simplement parce que les mots sémitiques n’avaient pas de tendance à la corruption phonétique; parce qu’ils conservaient toujours leur force appellative, et qu’ils auraient fait échouer inévitablement toute tentative pour former une phraséologie mythologique comme celle de l’Inde et de la Grèce. Quand il est question de l’aurore dans le livre de Job (ix, 7), c’est à Dieu que pense le poëte : « Il commande au soleil, et le soleil ne se lève pas; il met un sceau sur les étoiles. » C’est Dieu « qui donne des ordres au matin, qui enseigne sa place à l’aurore, pour qu’elle saisisse les bords de la terre, et qu’elle en secoue les méchants. » (Job, xxxvm, 12, 13; Renan, Livre de Job, p. lxxi). Schahar «l’aurore» ne devient jamais un agent indépendant. Le caprice des poètes grecs a pu se donner carrière en parlant d’Éos, et nous la représenter se levant du lit de son époux Tithonos, le soleil couchant , mais il n’était pas possible de faire de Schahar le sujet d’un mythe quelconque, pour celle simple raison que le mot hébreu n’a jamais pu cesser d’être compris dans son sens appellalif, et par conséquent n’a jamais pu subir aucune métamorphose mythologique.
Même en Grèce il y a certains mots restes tellement transparents qu’il ne peut pas y avoir de réfraction mythologique. Sélcné en grec est si clairement la lune que son nom percerait les plus épais nuages des mythes et des fables. Appelez-la Hécate, ci elle pourra prendre les déguisements les plus bizarres. Il en est de même de Luna en latin. On voit si distinctement qu’elle est la lune, qu’il est impossible de la prendre pour autre chose; mais qu’on l’appelle Lucina, et elle traversera facilement diverses phases mythologiques. Si donc les noms du soleil et de la lune, du tonnerre et de l’éclair, de la lumière et du jour, de la nuit et de l’aurore ne pouvaient pas fournir aux peuples sémitiques des dénominations pour la Divinité, où devaient-ils en trouver? Si les noms du Ciel et de la Terre leur paraissaient indignes du Créateur, où pouvaient-ils trouver des termes mieux appropriés pour désigner le Maître de toutes choses? Ils auraient bien accepté des noms véritables tels que Jupiter Optimus Maximus, ou zsùç zvSurrof lù/i7roç, si de tels mots avaient pu cire formés dans leur langue, et si les noms de Jupiter et de Zeus avaient pu devenir assez abstraits pour être synonymes du terme général pour Dieu. Les Juifs mêmes n’auraient pas pu caractériser l’Être suprême en termes plus nobles et plus magnifiques que ceux qui l’avaient appelé Optimus Maximus, le Meilleur, le Plus Grand. Le nom de Dieu en hébreu, Jéhovah, ne signifie pas autre chose que ce qui fut dit de Zeus parles Péléia-
ile
vai
ou
ép
res
Plt
noi
noi
qui
lilé
Ad
Gaz
tard
El],
Hat