‹ Essais sur l'histoire des religionsChapitre 7 sur 32 · Les choristes, qui chantent les hymnes sacrés · texte numérisé non relu

Les choristes, qui chantent les hymnes sacrés

3. Les récitateurs ou lecteurs, qui répètent certains hymnes ;

4. Les surveillants ou évêques, qui observent et surveillent ce que font les autres prêtres, et qui doivent être familiers avec tous les Védas.

Les formules et les versets qui doivent être répétés par la première classe sont Contenus dans la Ya#urvéda-sanhitâ.

Les hymnes qui doivent être chantés par la seconde classe sont dans la Sâma-véda-sanhitâ.

L’Âtharva-véda est destiné, dit-on, pour le Brahmane ou surveillant, dont c’est le devoir de suivre attentivement tous les actes du sacrifice, et de ré-

LIVRES SACRÉS DES BRAHMANES parer toutes les erreurs qui pourront être commises (1).

Heureusement, les hymnes qui devaient être récités par les prêtres de la troisième classe, n’avaient pas été arrangés dans un manuel pour les sacrifices, mais étaient conservés dans un vieux recueil d’hymnes, contenant tout ce que l’on avait sauvé de l’ancienne poésie sacrée et populaire, et ressemblant plutôt au livre des psaumes qu’à un rituel. Ce recueil avait été fait pour conserver les hymnes eux-mêmes, et non pas en vue du cérémonial des sacrifices.

Je bornerai donc mes remarques au Rig-véda, lequel, aux yeux de l’historien, est le Véda par excellence. Ce nom signifie le c Véda des hymnes de louange, * car Rih qui se change en jRig devant l’initiale molle de véda, dérive d’une racine qui signifie en sanscrit <r célébrer. »

Dans le Rig-véda nous devons encore distinguer le recueil original des hymnes ou Mantras, appelé la Sanhità ou le « recueil, » qui ne renferme que des compositions poétiques et rhythmées, et un certain nombre d’ouvrages en prose, appelés Bràhmanas et Sûtras, qui donnent des renseignements sur les hymnes qui doivent être chantés ou répétés aux sacrifices, sur leur sens sacré, sur leurs auteurs supposés, et autres sujets du même genre. Ces ouvrages sont aussi compris sous le nom de Rig-véda; mais

(t) Voir mon Histoire de l’ancienne littérature sanscrite, p. 449.

14 LES VÉDAS

quoiqu’ils soient fort curieux en eux-mêmes, ils appartiennent évidemment à une époque beaucoup plus moderne, et ils ne peuvent nous cire que d’un médiocre secours quand nous voulons étudier les commencements de la vie religieuse dans l’Inde. Pour cette étude nous ne devons absolument compter que sur les hymnes, tels que nous les trouvons dans la Sanhità ou le recueil du Rig-véda.

Or ce recueil se compose de dix livres et contient en tout 1,028 hymnes. A une époque aussi reculée que vers l’an 600 avant Jésus-Christ, nous voyons que dans les écoles théologiques de l’Inde on avait compté chaque vers, chaque mot, chaque syllabe du Véda. Le nombre des vers, comme nous le trouvons donné dans des traités qui remontent ix cette date, varie de 10,402 à 10,622; le nombre des mots est de 153,826; celui des syllabes de 432,000 (1). Nos manuscrits modernes du Véda concordent aussi exactement qu’on pouvait l’espérer avec ces chiffres , et avec la description que ces vieux traités nous donnent de chaque hymne, ainsi que du mètre dans lequel il est écrit, de la divinité à laquelle il est adressé, et du nombre de vers qu’il contient.

Je dis nos manuscrits modernes, car tous nos ma" nuscrits sont modernes, et très-modernes. Peu de manuscrits sanscrits ont plus de quatre ou cinq cents

(t) Histoire de l'ancienne littérature sanscrite, IIe édition, p. 219 et suiv.

uiqiuzeo t

LIVRES SACRÉS DES BRAHMANES ans, aucun papier ne pouvant durer plus de quelques siècles sous le climat humide de l’Inde. Comment alors, me direz-vous naturellement, peut-on prouver que les hymnes originaux furent composés entre l’an 1200 et l’an 1500 avant Jésus-Christ, si nos manuscrits ne remontent qu’au treizième ou au quinzième siècle de l’ère chrétienne? Cp n’est pas chose fort aisée de relier l’un à l’autre les deux bords de cet abîme de près de trois mille ans, mais tout ce que je puis dire, c’est qu’après avoir examiné avec une attention sévère toutes les objections qu’il est possible de faire contre la date assignée à la composition des hymnes védiques, je ne trouve pas qu’aucune d’elles, autant que j’en puis juger, infirme les titres de ces poëmes à l’antiquité reculée qu’on leur attribue. Je vais essayer d’expliquer sur quelle espèce de preuves ces titres sont fondés.

Vous savez que nous n’avons aucun manuscrit de l’Ancien Testament en hébreu auquel on puisse assigner une date beaucoup plus ancienne que le dixième siècle de l’ère chrétienne ; cependant la version des Septante suffirait seule pour prouver que l’Ancien Testament, sous sa forme actuelle, existait en manuscrit antérieurement, pour le moins, au troisième siècle avant notre ère. Par une argumentation semblable, les ouvrages dont j’ai parlé précédemment, et dans lesquels nous trouvons que de savants Indiens avaient compté exactement chaque hymne, chaque vers, chaque, mot et chaque syllabe du Véda environ

LES VÉDAS

cinq ou six cents ans avant Jésus-Christ, nous sont garants qu’à cette date, au plus tard, le Véda existait déjà, tel que nous le lisons aujourd’hui. Mais, dans les ouvrages de cette époque, le Véda ne passe pas seulement pour un livre ancien, il est déjà considéré comme un livre sacré; et, qui plus est, sa lang-ue avait cessé, d’être comprise du peuple. Le langage de l’Inde avait changé, depuis que le Véda avait été composé, et il fallait de savants commentaires, non seulement pour expliquer aux Indiens d’alors le vrai sens de leurs hymnes sacrés, mais aussi pour leur en apprendre la vraie prononciation. Il y a plus encore. Dans certains traités d’exégèse, compris communément sous le nom de Sùtras, et qui sont contemporains des ouvrages qui nous donnent les statistiques précitées, s’ils ne leur sont pas antérieurs, non seulement les anciens hymnes sont représentés comme ayant une autorité sacrée, mais cette autre classe de traités, les Bràhmanas, lesquels occupent une position intermédiaire entre les hymnes et les S ût ras, a aussi été élevée à la dignité d’une littérature révélée. Ces Bràhmanas, vous vous le rappel- * lerez, sont des traités en prose, composés en vue de donner des éclaircissements sur les rites sacrés et sur les hymnes qui y sont employés. De pareils commentaires durent sc produire seulement quand on eut commencé à sentir le besoin de quelque explication de la liturgie ainsi que des hymnes qui devaient être récités pendant certains sacrifices; aussi trouvons-

nous qu’en beaucoup de cas les auteurs des Bràhmanas avaient déjà cessé de pouvoir comprendre le texte des vieux hymnes dans son sens naturel et grammatical, et qu’ils proposaient les explications les plus absurdes des différentes cérémonies liturgiques qui, pour la plupart, avaient dans l’origine, nous pouvons le supposer charitablement, une signification raisonnable. De cette manière il devient évident que la période durant laquelle les hymnes lurent composés a dû être séparée au moins par plusieurs siècles de celle qui donna naissance aux Bràhmanas, pour que les hymnes aient eu le temps de devenir inintelligibles, et de revêtir un caractère sacré. En second lieu, la période durant laquelle les Bràhmanas furent composés a dû devancer de quelques siècles celle où vivaient les auteurs des Sùtras, pour que la langue ait eu le temps de s’altérer encore davantage, et plus particulièrement pour qu’une nouvelle théologie ait pu se développer, laquelle attribuait aux Bràhmanas le même caractère exceptionnel et révélé que ces derniers attribuaient aux hymnes. Antérieurement donc à l’an 600 avant notre ère, époque où chaque syllabe du Véda avait déjà été comptée, il faut qu’il y ait eu au moins deux périodes de développement intellectuel et littéraire, comprenant chacune deux ou trois siècles, et cela nous reporte à l’an 1100 ou à l’an 1200 avant Jésus- Christ, comme la date minimum où nous puissions supposer que la collection des hymnes védiques a pu

être achevée. En outre le texte même des hymnes nous montre que ce recueil contient des compositions anciennes et des compositions modernes, les hymnes des fils à côté de ceux des pères et des aïeux, de sorte qu’il ne nous est guère possible de placer à une date plus récente que l’an 1200 ou l’an 1500 avant notre ère la composition originale de ces poëmes simples et primitifs qui sont encore aujourd’hui pour le brahmane ce qu’est le Coran pour le mahométan, l’Ancien Testament pour le juif, l’Évangile pour le chrétien.

Cependant nous avons sous la main des preuves plus palpables encore pour montrer que le Véda n’est pas un de ces livres que l’on peut supposer avoir été forgés à une époque toute moderne. Hiouen-thsang, pèlerin bouddhiste, qui fit un voyage de la Chine dans l’Inde pendant les années 629-645 après J.-C., et qui, dans son journal traduit du chinois en français par M. Stanislas Julien, donne les noms des quatre Védas, Hiouen-thsang, dis-je, cite certaines formes grammaticales particulières au sanscrit védique, et nous dit que de son temps les jeunes brahmanes étaient entièrement occupés, depuis sept ans jusqu’à trente, à apprendre par cœur ces textes sacrés. Au temps où Hiouen-thsang voyageait dans l’Inde, le bouddhisme était manifestement sur son déclin. Mais le bouddhisme était originairement une réaction contre le brahmanisme, et principalement contre les privilèges exclusifs que les brahmanes revendiquaient, et

qu’ilsavaient représentés, dès le principe, comme étant fondés sur leurs livres révélés, les Védas, et comme étant, pour cette raison, à l’abri de toute attaque humaine. Le bouddhisme, quelle qu’ait été la date de sa naissance , devint le culte public de l’Inde sous Asoka, le Constantin indien, au milieu du troisième siècle avant Jésus-Christ. Cet Asoka était le troisième roi d’une dynastie nouvelle fondée par A'andragupta, le célèbre contemporain d’Alexandre et de Séleucus, vers l’an 315 avant notre ère. La dynastie précédente avait été celle des Nandas, et c’est sous cette dynastie que les traditions des brahmanes placent un certain nombre de savants distingués dont nous possédons encore les recherches sur le Véda, comme

Saunaka, Kâtyâyana, Asvalâyana et autres. Leurs ouvrages et d’autres encore, composés en vue du même objet et dans le même style, nous reportent environ à l’an 600 avant l’ère chrétienne. Les écrits de cette période, qui est appelée la période des Sûtras, furent précédés, ainsi que nous l’avons vu, par une autre classe de traités, les Bràhmanas, rédigés en un style fort prolixe et fastidieux, et contenant de longues élucubrations sur les sacrifices et sur les fonctions des diverses classes de prêtres. Chacun des trois ou des quatre Védas, chacune des trois ou des quatre classes de prêtres a ses propres Bràhmanas et ses propres Sûtras; et comme les Bràhmanas sont présupposés par les Sûtras, tandis qu’aucun Sùlra n’est jamais cité par les Bràhmanas, il est clair que

LES VÉDAS

la période de la littérature des Bràbmanas a dû précéder celle de la littérature des Sûtras. Dans les Bràbmanas, eux-mêmes divisés en anciens et modernes, se trouvent encore de longues listes de maîtres qui avaient transmis de mémoire de vieux Bràbmanas, ou qui en avaient composé de nouveaux : il semble donc impossible qu’il ait fallu moins de deux siècles, depuis l’an 800 environ jusqu’à l’an 600 avant notre ère, pour le développement de cette littérature. Mais avant qu’un seul Bràhmana pût être composé, il était nécessaire non seulement qu’il y eût déjà une collection d’hymnes anciens, comme celle des dix livres du Rig-véda, mais que les trois ou quatre classes de prêtres fussent établies, que les prêtres officiants et les choristes eussent leurs rituels particuliers, et que même ces manuels eussent subi certains changements, parce que les Brâhmanas présupposent des textes différents (appelés sâkhàs) de chacun de ces manuels, que l’on nomme la Yagrur-véda-sanhitâ, la Sàma-véda-sanhità, et l’Atharva-véda-sanhitâ. Pour réunir les prières que devaient réciter les diverses classes de prêtres, et ajouter de nouveaux hymnes et des formules qui devaient servir uniquement dans les sacrifices, il fallut un travail qui s’est opéré probablement dans le neuvième siècle avant Jésus-Christ, et trois générations, au moins, ont dû se succéder pour rendre possibles les différentes variantes adoptées dans ces livres de prières par des sectes différentes, et qui avaient pris une sorte d’autorité

LIVRES SACRÉS DES BRAHMANES sacrée longtemps avant la composition même des plus anciens Brâhmanas. Si donc nous désignons les années écoulées entre l’an 4000 et l’an 800 avant Jésus-Christ comme la période où ces collections ont été faites, c’est antérieurement à l’an 4000 qu’a dû se développer librement et naturellement ce qui était alors une poésie nationale et religieuse, et non pas encore une poésie liturgique. Quelle a été la durée de celte période la plus reculée, c’est ce qu’il nous est impossible de déterminer. Pour le présent, il nous suffit de pouvoir faire remonter les hymnes du Rig-véda au delà de l’an 4000 avant l’ère chrétienne.

Dans la chronologie de ces trois périodes de la littérature védique que nous supposons avoir succédé à la période primitive où furent composés les hymnes sacrés, il faut nécessairement faire une large part à l’hypothèse, et nous proposons ces calculs bien plutôt pour solliciter la critique que pour faire accepter ces dates sans aucune discussion. Afin de découvrir la vérité, il nous faut être sincères nous-mêmes, et à ceux qui signalent et redressent nos erreurs nous devons faire aussi bon accueil qu’à ceux qui approuvent et confirment nos découvertes. Toutefois ce qui semble constituer une forte présomption en faveur du caractère historique des trois périodes de la littérature védique, c’est l’uniformité de style qui distingue les productions de chacune d’elles. Dans la littérature moderne il arrive que des genres différents de prose et de poésie sont cultivés à la fois par

* 22 LES VÉDAS

un seul et même auteur. Un Gœthe écrit des tragédies, des comédies, des satires, des poésies lyriques, et de la prose scientifique; mais, dans la littérature primitive, nous ne voyons rien de semblable. Là l’individu est beaucoup moins en relief, et le caractère particulier du poêle disparaît dans le caractère général de la couche de littérature à laquelle il appartient. C’est la découverte de ces vastes couches littéraires superposées régulièrement l’une à l’autre, qui permet à l’historien critique d’assigner des âges aux productions littéraires successives de l’Inde ancienne. Nous savons qu’il y a eu, dans l’histoire de la littérature grecque, la période de l’épopée, où l’on chercherait en vain soit des poèmes dramatiques, soit des ouvrages en prose; et que, dans cette même histoire, il nous faut arriver à la lin du huitième siècle avant de rencontrer des exemples de véritable poésie élégiaque ou ïambique. Dans des temps plus modernes, nous voyons les Chansons de Geste faire leur apparition en Angleterre à la suite de la conquête normande, et les Minnesiinger naître et mourir en Allemagne avec la dynastie souahe. Ainsi, mais avec des caractères bien plus fortement accusés encore, se détache dans l’antique littérature de l’Inde une période de création poétique, suivie d’une période de collections et d’imitations, à laquelle en succède une autre de prose théologique, précédant à son tour une période de traités scientifiques. Des besoins nouveaux produisirent des œuvres nouvelles

LIVRES SACRÉS DES BRAHMANES répondant à ces besoins, et rien ne prit naissance, ni ne put vivre, soit en prose, soit en poésie, excepté ce qui avait réellement sa raison d’élre. Si les ouvrages des poctes, des auteurs de collections, des imitateurs, des théologiens et des maîtres qui enseignaient dans les écoles,, étaient tous mêlés ensemble; si les Brâhmanas mentionnaient les Sûtras, et que les hymnes continssent des allusions aux Brâhmanas, alors il serait presque impossible de reconstituer historiquement la littérature védique. On serait naturellement et bien justement porté à douter de l’authenticité d’un pareil amalgame littéraire, et à le regarder comme une œuvre tout artificielle. Mais si l’on veut révoquer en doute l’antiquité duVéda, il faut expliquer comment se sont formées ces diverses couches d’œuvres littéraires superposées à la couche primordiale de la poésie des Rishis. Si Ton soupçonne qu’il y a eu fabrication littéraire, il faut prouver par qui, à quelle époque, et pour quel objet les 1 ,000 hymnes du Rig-véda auraient pu être forgés, et devenir la base de la vie religieuse, morale, politique et littéraire des anciens habitants de l’Inde.

L’idée d’une révélation, et j’entends plus particulièrement une révélation écrite, n’est pas moderne, ni particulière au christianisme. Nous chercherions en vain cette idée dans la littérature de la Grèce ou dans celle de Rome, mais la littérature de l’Inde en est imprégnée depuis le commencement jusqu’à la fin. Je ne crois pas que dans aucun pays la théorie

24 LES VÉDAS

de la révélation ait été élaborée aussi minutieusement que dans l’Inde. En sanscrit le nom de la révélation est Sruli, qui signifie « ouïe; » et ce titre distingue les hymnes védiques, et, postérieurement, les Bràlimauas, de tous les autres ouvrages reconnus comme ayant été composés par des hommes, quel que soit d’ailleurs leur caractère de sainteté et d’autorité pour l’esprit hindou. Les lois de Manu, par exemple, d’après la théologie brahmanique, n’appartiennent pas à la révélation; elles ne font pas partie de la Sruti, mais seulement de la Smriti, qui signifie « souvenir » ou « tradition. » Si l’on peut prouver que ces textes, ou tout ouvrage faisant loi, se trouvent en désaccord sur un point quelconque avec un seul passage du Véda, leur autorité est sur-le-champ discréditée. Suivant les vues orthodoxes des théologiens indiens, il n’est pas une seule ligne des Yédas qui puisse être attribuée à un auteur humain. De façon ou d’autre le Véda est l’œuvre de la Divinité; et même ceux qui ont reçu la révélation, ou, selon l’expression indienne, qui l’ont vue, ne passent pas pour avoir été des mortels ordinaires, mais des êtres élevés au-dessus de notre commune humanité, moins sujets par conséquent à se tromper en recevant la vérité révélée. Les doctrines des théologiens orthodoxes de l’Inde sur la révélation sont bien plus minutieuses et raffinées que celles des défenseurs les plus outrés de l’inspiration verbale en Europe. L’élément humain, nommé en sanscrit paurusheyatva, est exclu avec la dernière

rigueur de toute la littérature révélée ; et comme c’est un article de foi pour les Indiens que le Véda existait dans l’esprit de la Divinité avant l’origine du monde, ils mettent un zèle et une habileté dignes d’une meilleure cause à trouver des explications pour se débarrasser des allusions historiques, assez nombreuses, contenues dans le Véda.

Je m’empresse toutefois d’ajouter qu’il n’ÿ a rien dans les hymnes eux-mêmes qui autorise des théories aussi extravagantes. Bien souvent l’auteur déclare que que lui ou ses amis ont fait tel hymne pour plaire aux dieux; tel autre, comme un ouvrier fait un char (Rv. I, 130, 6; V, 2, 11), ou comme un beau vêtement ( Rv . V, 29, 15); ailleurs, qu’il a façonné son poëme dans son cœur et qu’il l’a conservé dans son esprit (Rv. I, 171, 2); qu’il attend pour récompense la faveur du dieu qu’il célèbre (Rv. IV, 6, 21). Mais quoique les poètes du Véda ignorent complètement les théories artificielles de l’inspiration verbale, ils ne sont pas sans avoir quelque conscience d’influences plus hautes : ils parlent même de leurs hymnes comme ayant été donnés par un dieu (devattam, Rv. III, 37, 4). Un poëte dit (Rv. VI, 47, 10) : « O dieu [Indra], aie pitié de moi, donne-moi mon pain de chaque jour ! Aiguise mon esprit, comme le tranchant du fer. Quoi que je puisse proférer maintenant, en soupirant après toi, daigne l’accepter; fais que je sois possédé de Dieu ! » Un autre récite pour la première fois l’hymne célèbre, la Gâyatrî, quia été pendant plus

Page 1