‹ Essais sur l'histoire des religionsChapitre 8 sur 32 · LES V K 11. VS · texte numérisé non relu

LES V K 11. VS

de trois mille ans la prière journalière de tout brahmane, et qui est encore répété chaque matin par des millions de pieux adorateurs : « Méditons sur la lumière adorable du divin Créateur: puisse-t-il éveiller nos esprits (1). t Les subtiles théories de l’inspiration verbale, que nous trouvons dans les traités théologiques plus modernes, sont assurément bien différentes de celte conscience intime, propre aux poètes primitifs qui croyaient subir une influence plus haute, ou recevoir une aide divine, lorsqu’ils faisaient entendre pour la première fois ces simples paroles de prière, de louange, d’action de grAces. Ce n’est là en vérité qu’une autre manière d’exprimer ce sentiment profond de notre dépendance à l’égard de la Divinité, de cet abandon absolu que nous faisons de nousmêmes, sentiment qu’ont éprouvé plus ou moins toutes les nations, mais aucune, je crois, plus fortement, plus constamment, que les peuples indiens. Ce mot : « C’est lui qui l’a faite, » pour désigner la prière par laquelle l’Ame du poète se décharge de son fardeau, n’est qu’une variante de cette autre parole : « C’est lui qui nous a faits, » laquelle est la note fondamentale de toute religion, soit ancienne soit moderne, soit naturelle soit révélée.

Je ne dois pas expliquer plus longuement aujour-

(t) « Tat Savitur vareayam bhargo devasya dhitnahi, dhiyo yo na.li praAodayàt. » — Colebrooke, Miscelluneous Essuys, I, 30. Beaucoup de passages se rapportant à ce sujet ont été réunis par M. Muir dans le troisième volume de ses Sanskrit Texls, p. 114 et suiv.

d’hui ce qu’est le Véda, car je suis bien désireux de vous montrer, autant que cela m’est possible, en quoi le Véda me paraît avoir une véritable importance pour tous ceux qui font une élude de l’histoire, de la religion, de l’humanité.

Dans l’étude de l’humanité il ne peut guère y avoir de sujet plus profondément intéressant que l’étude des différentes formes qu’a prises la religion; et si précieuse que me paraisse la science du langage, qui nous aide à démêler quelques-uns des problèmes les plus compliqués de l’intelligence humaine, j’avoue qu’il n’y a pas pour mon esprit d’étude plus absorbante que celle des religions du monde, ou, si l’on veut, des diverses langues que l’homme a employées pour parler à son Créateur, et de ce langage que le Créateur « à diverses époques et de diverses manières » a parlé à l’homme.

Pour moi les grandes époques de l’histoire du monde ne sont point marquées par la fondation ou la destruction des empires, par les migrations des races, ni par les cataclysmes des révolutions. Tout cela n’est que de l’histoire extérieure, composée d’événements gigantesques et irrésistibles aux yeux de ceux-là seulement qui ne savent pas voir au delà des apparences, ni pénétrer sous la surface des choses. La véritable histoire de l’homme, c’est l’histoire de la religion, de ces voies merveilleuses par lesquelles les différentes familles de la race humaine se sont avancées vers une connaissance plus vraie et

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un plus profond amour de Dieu. C’est la fondation sur laquelle repose toute l’histoire profane ; c’est la lumière, c’est l’àme, c’est la vie de l’iiisloire, et sans elle toute histoire serait, en vérité, bien profane.

Sur ce sujet il y a d’excellents ouvrages en anglais, tels que le livre de M. Maurice, Leçons sur les religions du monde, ou celui de M. Hardwick, Le Christ et les outres Maîtres; en allemand, parmi beaucoup d’autres savants traités sur les différents systèmes religieux de l’Orient et de l’Occident, il suffit de citer La Philosophie de la religion d’Hegel. Mais dans tous ces ouvrages les religions sont traitées à peu près comme l’étaient les langues dans le dernier siècle. Elles y sont classées d’une manière peu scientifique, soit d’après les régions différentes où elles ont régné, de même que dans le Milhridate d’Àdelung vous trouvez les langues divisées en langues européennes, langues africaines, langues américaines, langues asiatiques, etc.; soit d’après leur âge, comme autrefois on distinguait les langues en langues anciennes et langues modernes; soit d’après leur dignité respective, comme on parlait de langue sacrée et de langues profanes, de langues classiques et de langues vulgaires. Or vous savez que la science du langage a fait prévaloir un système de classification complètement différent, et que la philologie comparative rejette d’une manière absolue toute distribution des langues faite suivant le lieu où elles sont parlées, suivant leur âge ou suivant leur degré de culture. De nos jours les

langues sont classées généalogiquement, d’après leur parenté réelle entre elles; et les idiomes les plus importants de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique, c’està-dire de cette partie du globe qui a été la scène de ce que nous appelons l’histoire de l’homme, ont été groupés ensemble, de manière à composer trois grandes divisions, la famille aryenne ou indo-européenne, la famille sémitique, et la classe touranienne. D’après cette division, vous le savez, l’anglais, toutes les langues teutoniques du continent, le persan, le sanscrit, le celtique, le slave, le grec, le latin et ses rejetons modernes, ne sont qu’autant de variétés d’un type commun de langage ; et le sanscrit, le vieil idiome du Véda, n’est pas plus distinct du grec d’Homère, ou du gothique d’Ulfilas, ou de l’anglo-saxon d’Alfred, que le français ne l’est de l’italien. Toutes ces langues réunies forment une seule grande famille, dont chaque membre a certains traits en commun avec tous les autres, et se distingue en même temps par certains caractères qui lui appartiennent en propre. Nous pouvons en dire autant de la famille sémitique, dont les membres les plus importants sont l’hébreu de l’Ancien Testament, l’arabe du Coran, et les vieux idiomes dans lesquels sont composées les inscriptions qu’on retrouve sur les monuments de la Phénicie et de Carthage, de la Babvlonie et de l’Assyrie. Ces langues réunies forment aussi une famille compacte, et diffèrent entièrement de l’autre famille, qui, comme nous l’avons dit, est

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appelée aryenne ou indo-européenne. Le troisième groupe de langues, car on ne peut guère l’appeler une famille, comprend le reste des principaux idiomes de l’Asie, et compte parmi ses principaux membres le tongous, le mongol, le turc, le samoyède et le finnois, ainsi que les dialectes de Siam, des iles Malaises, du Tibet, et de l’Inde méridionale. Enfin, et à part, se trouve le chinois, langue monosyllabique, seul représentant du premier dge et de l’état primitif qu’a dû traverser le langage.

Or, j’en suis persuadé, la même classification qui a introduit dans l’histoire des langues un ordre nouveau et naturel, et jeté sur le développement du langage des lumières qu’on n’avait jamais entrevues dans les temps passés, se trouvera applicable à une étude scientifique des religions. Ce soir je ne parlerai pas des religions des Sémites, des Touraniens, ni des Chinois, mais je bornerai mes remarques aux religions de la famille aryenne.

Ces religions , quoique plus importantes dans l’histoire ancienne du monde, en tant qu’elles ont été les religions des Grecs et des Romains, de nos ancêtres teutoniques, des Celtes et des Slaves, ont néanmoins une grande importance même aujourd’hui. Car quoiqu’il n’y ait plus d’adorateurs de Zeus, de Jupiter, de Wodan, d’Ésus (1), ni de Per-

(1) Mommsen, Inscriptiones Helveticœ, 40. Becker, Die inschriftlichen Vberrestc der Keltischen Sprache, dans Beitr'àgc zur Vcrgleichenden Sprachforschung, vol. III, p. 341. Lucain, Phars. 1, 445, horrensque feris altaribus Hesus.

kunas (1), ceux qui professent les deux religions d’origine aryenne qui survivent encore, le brahmanisme et le bouddhisme, l’emportent par une majorité considérable, lorsqu’ils sont réunis, sur toutes les autres communions religieuses. Sur la population entière du globe,

31,2 pour cent sont bouddhistes,

13,4 pour cent sont brahmanistes,

ce qui nous donne 44 pour cent pour ce qu’on peut appeler les religions aryennes vivantes. Sur les 56 pour cent qui restent, 15,7 pour cent sont mahométans; 30,7 pour cent sont chrétiens; 8,7 pour cent sont païens, pratiquant des cultes fort divers, et seulement 0,3 pour cent sont juifs.

De même que l’étude scientifique des langues aryennes est devenue possible seulement après la découverte du sanscrit, ainsi une ère nouvelle a commencé pour l’étude scientifique de la religion aryenne du jour où l’on put lire le Véda. La connaissance du sanscrit a mis au jour les documents religieux de trois religions, les livres sacrés des brahmanes, ceux des mages, sectateurs de Zoroastre, et ceux des bouddhistes. Il y a cinquante ans, ces trois col-

(1) Cf. G. Bühler, Cher Parjanyu dans Orient und Occident de Benfey, vol. I, p. 214. Dans l’ancien irlandais on a fait remarquer arg « goutte, » comme dérivant de la même racine que parganya.

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lections de monuments sacrés étaient presque entièrement inconnues ; leur existence même était mise en cloute; et il n’y avait pas un seul savant qui eut pu traduire une ligne du Véda, du Zend- Avesta, ou du Tripifaka bouddhique. Depuis on a publié et déchiffré en grande partie ces livres canoniques des religions les plus anciennes et les plus importantes de la race aryenne, et nous commençons à voir un progrès naturel, et presque une nécessité logique, dans le développement de ces trois systèmes religieux. La forme la plus ancienne, la plus primitive de la foi aryenne trouve son expression dans le Véda. Le Zend-Avesta nous représente dans sa langue, comme dans ses pensées, une branche détachée de cette tige plus ancienne, une opposition plus ou moins consciente au culte des déités de la nature, telles qu'elles sont adorées dans le Véda, et une aspiration à un Dieu plus spirituel, à un Dieu suprême et moral, comme celui que Zoroastre proclama sous le nom d’Ahura mazda, ou Ormuzd. Le bouddhisme, enfin, fait un schisme marqué, engage une lutte ouverte contre la religion établie des brahmanes, nie la divinité des dieux védiques, et proclame de nouvelles doctrines philosophiques et sociales.

Donc sans le Véda, ni les réformes de Zoroastre ni l’enseignement nouveau du Bouddha n’auraient été intelligibles pour nous. Nous ne connaîtrions pas ce qui était derrière eux, ni quelles forces poussèrent

Zoroaslre et le Bouddha à fonder de nouvelles religions ; et il nous serait impossible de déterminer ce que ces réformateurs ont reçu de leurs prédécesseurs, ce qu’ils ont détruit et ce qu’ils ont créé. Prenez un mot dans la phraséologie religieuse de ces trois systèmes. Dans le Véda les dieux sont appelés De va. Ce mot en sanscrit signifie « brillant, » l’éclat ou la lumière étant un des attributs les plus généraux appartenant en commun aux différentes manifestations de la Divinité, qui est invoquée dans le Véda sous le nom du Soleil, du Ciel, du Feu, de l’Aurore, ou de l’Orage. Nous pouvons voir comment, dans l’esprit des poètes du Véda, de va, après avoir signifié « brillant, » en est venu graduellement à prendre le sens de « divin. » Dans le Zend-Avesta le mot daêva signifie « esprit mauvais. » Beaucoup des dieux védiques, Indra en tête, ont été rabaissés au rang des daêvas, pour faire place à Ahura mazda « l’Esprit sage, » dieu suprême des Zoroastriens. Dans sa profession de foi le sectateur de Zoroastre déclare : « Je cesse d’être adorateur des daêvas. » Dans le bouddhisme , nous trouvons ces antiques Devas , Indrâ et les autres, devenus simplement des êtres légendaires, et montrés aux spectacles populaires, comme des serviteurs du Bouddha, comme des lutins ou des héros fabuleux; mais ils n’étaient plus adorés ni même craints par des hommes pour qui le nom de'Deva avait perdu jusqu’à la moindre empreinte de sa signification originelle. Ainsi ce seul

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mot De va marque les relations réciproques de ces trois religions. Mais il y a plus. Le même mot de va est le latin deus, et nous reporte à celle source commune du langage et de la religion, située au delà des hauteurs de l’Olympe védique, et de laquelle les Romains, aussi bien que les Hindous, ont tiré les noms de leurs divinités, et les éléments de leur langue de même que de leur religion.

Dans le tableau des religions de la race aryenne, le Véda, par sa langue et par ses pensées, est comme le fond lointain que tous les observateurs attentifs savaient devoir exister, mais sans pouvoir le rétablir à l’aide de simples conjectures, telles qu’on en pouvait faire autrefois. Comment les Perses en étaientils venus à adorer Ormuzd, et les bouddhistes à protester contre les temples et les sacrifices? Comment Zeus et les dieux de l’Olympe se sont-ils élevés au rang qu’ils occupent dans l’esprit d’Iloraère, et comment des êtres tels que Jupiter et Mars ont-ils pu devenir l’objet du culte du paysan italiote? Ce sont là autant de questions qui fournissaient autrefois matière à d’interminables spéculations ne reposant sur aucun fondement; et ces questions peuvent être résolues aujourd’hui par une simple étude des hymnes du Véda. La religion du Véda n’est pas la source de toutes les autres religions du monde aryen, pas plus que la langue sanscrite n’est la mère de toutes les langues aryennes. La langue sanscrite, dans sa relation au grec et au latin, n’est pas une

mère, mais une sœur aînée ; elle est le dépôt le plus ancien du langage aryen, connue le Véda est le dépôt le plus ancien de la foi aryenne. Mais la religion et la mythologie naissante du Véda possèdent celte simplicité et cette transparence qui distinguent la grammaire sanscrite des grammaires grecque, latine, ou allemande. Nous pouvons voir naître dans le Véda des idées et des expressions, que nous ne rencontrons en Perse, en Grèce et à Rome, qu’arrivées à leur entier développement ou subissant déjà une profonde et rapide altération. Quand nous étudions les poëmes védiques, nous faisons un pas de plus pour nous rapprocher de celte source lointaine de la pensée religieuse et du langage, laquelle a alimenté les grands fleuves nationaux de la Perse, de la Grèce, de Rome et de la Germanie; et nous commençons à voir clairement ce qui n’aurait jamais dù être mis en doute, qu’il n’y a point de religion sans Pieu, ou, comme saint Augustin l’a exprimé « qu’il n’y a pas de fausse religion qui ne contienne quelques éléments de vérité. » v ■ —

Je ne voudrais pas, par ce que je viens de dire, vous faire concevoir des espérances trompeuses sur la valeur de ces vieux hymnes du Véda et le caractère de cette religion qu’ils nous indiquent plutôt qu’ils n’en contiennent une exacte description. Il est presque impossible de se faire une trop haute idée de l’importance historique du Véda, mais beaucoup d’auteurs en ont singulièrement exagéré le mérite intrinsèque,

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et la beauté ou l’élévation des sentiments qui y sont exprimés. Nombre des hymnes védiques dégénèrent en puérilités excessives; ils sont ennuyeux, et remplis d’idées communes , et banales. On y demande constamment aux dieux de protéger leurs adorateurs, de leur donner la nourriture, de riches troupeaux, une famille nombreuse et une longue vie; en retour de ces bienfaits, on promet de célébrer leurs louanges et de leur offrir des sacrifices chaque jour, ou à certaines saisons de l’année. Mais cachées dans cet amas de choses sans valeur se trouvent des pierres précieuses. Seulement si nous voulons les estimer à leur prix, nous devons tâcher de nous défaire des opinions généralement reçues sur le polythéisme, et qui répugnent tant aux instincts de notre âme et même à notre intelligence. Sans contredit, s’il faut employer des termes techniques, la religion du Véda est le polythéisme, non le monothéisme. Les dieux y sont invoqués sous des noms différents, les uns clairs et intelligibles, tels qu’Agni « le feu, » Sùrya t le soleil, » Ushas « l’aurore, » Maruts « les orages, » Prithivi c la terre, > Âp « les eaux, » Nadî « les rivières, » tandis que d’autres, comme Varuna, Mitra, Indra, sont devenus des noms propres, dont nous ne voyons plus qu’obscurément l’application originelle aux grands spectacles de la nature, le ciel, le soleil, le jour. Mais toutes les fois qu’un de ces dieux individuels est in. voqué, il n’est pas conçu comme limité en puis-

f-kaogle

LIVRES SACRÉS DES BRAHMANES sance par d’autres dieux, ni comme supérieur ou inférieur en dignité à aucun d’eux. Dans l’esprit du suppliant chaque dieu vaut tous les dieux. Au moment de sa prière, le fidèle sent dans son cœur que le dieu à qui il s’adresse est une divinité réelle, suprême et absolue, et il n’a nulle idée de ces limitations qu’une pluralité de dieux nous semble devoir nécessairement imposer à chaque divinité particulière. Tous les autres dieux disparaissent pour l’instant aux yeux du poêle, et celui-là seul qui doit combler leurs vœux apparaît en une éclatante lumière devant l’esprit des adorateurs. Dans un hymne attribué à Manu, le pocte (lit : « Parmi vous, ô dieux, il n’en est aucun qui soit petit, aucun qui soit jeune : vous êtes tous grands en vérité. » Et c’est bien là la note fondamentale de la religion aryenne antique. Cependant il serait facile de trouver, dans les nombreux hymnes du Véda, des passages où presque chaque , divinité importante est représentée comme suprême et absolue. Ainsi dans un hymne Agni (le feu) est appelé « le maître de l’univers, b « le seigneur des hommes, » « le roi sage, le père, le frère, le fils, l’ami de l’homme; b et même tous les pouvoirs et tous les noms des autres dieux sont attribués expressément à Agni. Mais quoique Agni soit ainsi élevé si haut, il n’est rien dit qui puisse porter atteinte au caractère divin des autres dieux. Un autre hymne nous dépeint Indra comme le plus grand de tous : « Les dieux, b y est-il dit, «' n’atteignent pas jusqu’à toi, ù Indra,

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ni les hommes; tu surpasses en force toutes les créatures. * Un autre dieu, Sonia, est appelé « le roi du monde, le roi du ciel et de la terre, le vainqueur de tout. » Et que pouvait dire de plus le langage humain, en cherchant à exprimer l’idée d’une puissance divine et suprême, que ce qu’a dit un autre poète en s’adressant à Varuna : «Tu es le seigneur de tout, du ciel et de la terre; tu es le roi de tous, de ceux qui sont dieux, et de ceux qui sont hommes. »

Sûrement ce n’est pas là ce qu’on entend communément par polythéisme. Cependant il serait également faux de donner à celte religion le nom de monothéisme, et s’il me fallait absolument créer une dénomination pour la caractériser, je proposerais celle de ccithenothcismc (1). Il est vrai que nous voyons percer çà et là dans leVéda le sentiment intime que tous les dieux ne sont que des noms différents d’une seule et même Divinité; mais il s’en faut de beaucoup que ce soit la règle générale. Un poète, par exemple, dit (Rv. I, 164, 46) : « On l’appelle Indra, Mitra, Varuna, Agni; puis il est le céleste Garutmat aux belles ailes. Ce qui est un, les sages le nomment de diverses manières : ils l’appellent -Agni , Yama, Màlarisvan. » Et ailleurs (Rv. X, 114, 5), nous lisons:

(l) [Par ce mot M. Max Millier entend désigner le culte, pour ainsi dire suprême, dont chacun des dieux est l'objet individuellement (xotO’sva), au moment où la divinité est invoquée par les adorateurs. • » Tr.]

LIVRES SACRÉS DES B R AH MANES « Quoique celui qui porte les belles ailes soit un, les sages poêles le rendent multiple par les noms. »

Je vais vous lire quelques vers védiques dans lesquels prédomine le sentiment religieux, et dans lesquels nous apercevons un élan de l’âme vers la vérité, et vers le vrai Dieu, qui n’est encore arrêté par nuis noms, ni par nulles traditions (Rv. X, 121) (1) :

1 . Au commencement s’est élevé l’enfant resplendissant comme l’or; il était le seul seigneur né de

(1) Histoire de l’ancienne littérature sanscrite, p. 569.

[Après vingt années consacrées à l'étude du Rig-véda, ainsi que du commentaire perpétuel de Sàvana et de tous les ouvrages indiens qui peuvent éclaircir ces hymnes antiques, tels que les Bràhmauas, les Ârauyakas, les Prâtisàkhyas, les Sûtras, et beaucoup d'autres, M. Max Millier se prépare en ce moment à publier une traduction critique du Rig-véda, laquelle paraîtra en huit volumes, et sera accompagnée du texte original en caractères latins et de notes nombreuses. Cette publication ne contiendra cependant pas tous les hymnes, car, malgré les progrès des études védiques, il est beaucoup de passages qu’on n'a pas encore pu déchiffrer de manière à y découvrir un sens raisonnable.

Il existe déjà en anglais une traduction donnée par Wilson des hymnes qui sont contenus dans les trois premiers volumes de l’édition du Rig-véda publiée par M. Max Millier, Ce célèbre indianiste s’était proposé de se conformer strictement à l’interprétation traditionnelle des hymnes, telle qu’on la trouve dans Sàyana, lequel résume les explications qui avaient cours dans les écoles brahmaniques; mais il dut assez souvent se séparer de son guide, quand les explications de ce dernier étaient manifestement insoutenables.

Le commentaire de Sàyana avait précédemment servi de base à la traduction bien connue de Langlois, qui proclame avec reconnaissance dans sa Préface que sans cette aide l'œuvre qu’il avait entreprise eût été inexécutable. Mais souvent aussi Langlois s'est vu dans l’impossibilité d’adopter le sens proposé par Sàyana : il avait d’ailleurs à compter avec les exigences de la langue française, bien au-

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tout ce qui existe. Il a affermi la terre et ce ciel. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice?

2. Celui qui donne la vie, celui qui donne la force; celui dont tous les dieux brillants révèrent le commandement; dont l’ombre est l’immortalité, dont l’ombre est la mort. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice?

3. Celui qui par sa puissance est le seul roi du monde qui respire et s’éveille; celui qui gouverne tous, les hommes et les bêles. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice?

treinent grandes que celles de l'anglais, et à donner toujours un contour net et un sens parfaitement clair aux pensées vagues et mystérieuses des vieux poêles. Je citerai plus loin quatre hymnes traduits par Langlois, afin que tous les lecteurs de M. Max Müller puissent juger des mérites de cette traduction.

Venu après ces devanciers, M. Max Müller se plaît à reconnaître hautement les inappréciables services rendus par Sàyana à tous ceux qui font du Yéda l'objet de leurs études; mai3 quoiqu'il n'ait pas traduit un seul vers sans avoir au préalable examiné attentivement le commentaire, il a été guidé avant tout par les principes de la critique moderne. Pour tous les endroits obscurs, il s’est efforcé de préciser la signification des mots, soit en en faisant l’analyse étymologique, soit en comparant soigneusement entre eux tous les passages 1 où le même mot se rencontre, soit en consultant le vocabulaire et la grammaire des langues congénères ; et, comme je l'ai dit plus haut, il a compulsé non seulement tous les commentaires et les glossaires indiens, mais les ouvrages liturgiques et exégétiques, les traités de grammaire et de métrique, et même ceux de législation et de philosophie, qui pouvaient porter quelque clarté dans ces ténèbres.

En rendant en français la traduction que M. Max Müller a donnée des hymnes que l'on va lire, je n'ai dû avoir et je n'ai eu d'autre préoccupation que de calquer mes phrases sur les siennes, afin que cette version soit le plus utile possible à ceux qui voudraient s’en aider pour lire les hymnes originaux. Tr.]

LIVRES SACRES DES BRAHMANES il

4. Celui dont ees montagnes neigeuses, dont la mer, ainsi que la rivière éloignée, proclament la grandeur; celui à qui appartiennent ces régions, comme si c’étaient ses deux bras. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice?

• 5. Celui par qui le ciel est rendu brillant et la terre solide; celui par qui le ciel, le plus haut des deux, a été affermi ; celui qui a mesuré la lumière dans l’air. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice?

6. Celui que le ciel et la terre, consolidés par sa volonté, révèrent, en tremblant intérieurement; celui sur qui luit le soleil levant. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice?

7. De l’endroit où sont allées les grandes nuées qui contiennent la pluie, où elles ont déposé la semence et allumé le feu, de là s’est élevé celui qui est la seule vie des dieux brillants. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice?

8. Celui qui par sa puissance a regardé par-dessus les nuées chargées de pluie, les nuées qui ont donné la force et allumé le sacrifice; celui qui seul est Dieu au-dessus de tous les dieux. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice ?

9. Puisse-t-il ne pas nous détruire, lui le créateur de la terre, ou lui, le juste, qui a créé le ciel : il a aussi créé les éclatantes et puissantes eaux. Qui est le Dieu à qui nous offrirons notre sacrifice (1)?

(1) A cet hymne est ajouté un dernier verset, qui en gâte complètement le caractère et la beauté poétique, et dont l’origine plus

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Je cilerai maintenant quelques spécimens d’hymnes adressés à des divinités individuelles, dont les noms sont devenus les centres de la pensée religieuse, des traditions et des légendes, et qui, comme Jupiter, Apollon, Mars, ou Minerve, ne sont plus de simples germes, mais des formes de la pensée et du langage primitifs arrivées à leur entier développement :

Hymne à Indra (fie. I, 53) (1).

1 . Gardez un religieux silence (2) ! Nous offrons des louanges au grand Indra dans la maison du sacrificateur. Trouve-t-il des trésors pour ceux qui

moderne semble avoir frappé les critiques indiens eux-mêmes, car l’auteur du texte Pada ne l'a pas admis dans sa récension. <t O Praÿàpati, nul autre que toi n'a embrassé toutes ces choses créées : puissions-nous obtenir ce que nous avons désiré en t’invoquant; puissions-nous posséder des richesses. »

[La récension du texte du Véda appelée Pada a été ainsi nommée parce que chaque mot ou pada y est séparé, tandis que dans la récension qu’on appelle Sanhità les mots sont liés ensemble selon les règles phonétiques du sandhi. Tr.]

(1) Pour certains des hymnes que je traduis ici, j’ajoute en note la traduction de feu M. Wilson, afin de montrer jusqu'à quel point l’interprétation traditionnelle des hymnes védiques, même dans la mesure où il l’a adoptée, diffère de l’interprétation à laquelle on arrive par la méthode philologique :

1. Nous offrons toujours au puissant Indra, dans la demeure de l'adorateur, les louanges qui lui conviennent, et ainsi il a promptement [lui le dieu] acquis des richesses, comme [un voleur] emporte à la hâte [le trésor] de l'homme endormi. Ceux qui sont généreux et libéraux ne font aucun cas de louanges mal exprimées.

2. Tu donnes, ô Indra, des chevaux, des bestiaux, de l'orge; [tu es] le maître et le protecteur de la richesse, le premier en libéralité, [ô toi qui as vu] de longs jours; tu ne refuses pas d'exaucer les

(2) Favele linguis.

sont comme des hommes endormis? Ceux qui sont généreux et libéraux ne font aucun cas de faibles louanges.

2. C’est toi, ô Indra, qui donnes des chevaux, qui donnes des vaches, qui donnes du grain : [tu es] le puissant maître de la richesse, le vénérable guide de

vœux [qui te sont adressés]; tu es un ami pour nos amis: tel est l’Iridra que nous louons.

3. Sage et resplendissant Indra, toi qui accomplis de grands exploits, les richesses qui sont répandues tout alentour sont connues pour être à toi : après les avoir rasseniblées, ô vainqueur [de tes ennemis], apporte-les-nous : ne frustre point l’attente de l'adorateur qui met sa confiance en toi.

4. Rendu propice par ces offrandes, par ces libations, chasse la pauvreté [en nous donnant] des bestiaux et des chevaux : puissionsnous, victorieux de notre adversaire, et délivrés de [nos] ennemis par Indra [satisfait] de nos libations, jouir tous ense.i ble d'aliments abondants.

5. Indra, puissions-nous acquérir des richesses et des aliments; et [doués] de forces agréables à beaucoup [d'hommes], et resplendissants de toutes parts, puissions-nous prospérer, grâce à ta divine faveur, source de vaillance, de bestiaux et de chevaux

(3. Ceux qui étaient tes alliés [les Maruts] t'ont causé de la joie : ô protecteur des [hommes] pieux, ces libations [faites en ton honneur], ces offrandes [qui te furent présentées quand tu mis Yritra à mort] t'ont réjoui, lorsque, sans être empêché par des ennemis, tu détruisis les dix mHle obstacles opposés à celui qui te louait et t’offrait des libations.

7. O toi qui humilies [les adversaires], tu vas de combat en combat, et par ta puissance tu détruis cité après cité : aidé de ton auxiliaire [la foudre] qui terrasse les ennemis, tu as tué de bien loin le trompeur nommé NamuAi.

8. Avec ta lance brillante, étincelante, tu as donné la mort à Karanga et à Parnaya, en [défendant] la' cause d’Atithigva : sans le secours de personne, tu as rasé les cent villes de Vangrida, quand [elles étaient] assiégées par Bij/isvan.

9. O illustre Indra, avec la roue de ton char que nul ne peut atteindre tu renversas les vingt rois des hommes, lesquels étaient

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l’homme, ne trompant nuis désirs, un ami pour les amis: — à lui nous adressons ce chant.

3. 0 puissant Indra, qui accomplis de nombreux exploits, dieu très-brillant, toutes ces richesses qyi nous environnent sont connues comme t’appartenant à toi seul : prends-en [une part], ô vainqueur, ap-

venus contre Susravas, qui n’avait point d’allié, ainsi que leurs soixante mille quatre-vingt-dix-nçuf soldats.

10. O Indra, tu as sauvé Susravas par ton secours, Tùrvayâna par ton assistance: tu as assujetti Kulsa, Atithigva, et Ayu au puissant quoique jeune Susravas.

11. Protégé» par les dieux, nous restons, ô Indra, en terminant le sacrifice, tes amis les plus fortunés : nous te louons, tenant de ta faveur une nombreuse famille, et une vie longue et heureuse.

[Voici maintenant la traduction de ce même hymne par Langlois (t. 1, p. 102) :

1. [Réunis] dans la maison d'un fidèle serviteur, nous offrons à Indra nos prières et nos hymnes. Avec la même célérité que [le voleur emporte] le trésor de l’homme endormi, que [ce dieu] prenne l’offrande que nous lui présentons. Qu'il se rappelle [que] chez les riches on ne recueille que des hymnes honorables.

2. O Indra, tu peux nous donner des chevaux, des vaches, de l’orge; tu es le maitre et le gardien de la richesse. De tout temps tu fus célébré pour ta libéralité; tu ne sais pas tromper nos désirs, tu te montres l’ami de tes amis. C’est pour cela que nous t’adressons cet hymne.

3. Brillant Indra, tes exploits sont nombreux; noble époux de Satchï, ton opulence éclate de tout côté. Que la victoire soit à toi! et donne-nous les richesses que lu auras recueillies. Ne trompe pas les vœux du serviteur qui t'implore.

4. Accueille avec bienveillance ces holocaustes et ces libations. Préviens nos besoins en nous donnant des vaches, des chevaux. Puissions-nous, avec le secours d’Indra charmé de nos libations, vaincre le Uasyou , nous délivrer de nos ennemis, et obtenir l’abondance !

5. Puissions-nous acquérir des richesses, des aliments, de ces biens qui font le bonheur et la gloire des hommes! Puissions-nous

LIVRES SACRÉS DES BRAHMANES porte-la ici! Ne refuse pas de combler les désirs de l’adorateur qui soupire après toi !

4. En ces jours tu [nous] es propice, et dans ces nuits (1), éloignant l’ennemi de nos vaches et de notre haras. Mettant en pièces (2) le démon nuit après nuit avec l’aide d’Indra, réjouissons-nous dans l’abondance, délivrés de ceux qui nous haïssaient.

ressentir les effets de cette prudence divine qui multiplie le nombre de nos hommes, de nos vaches, de nos chevaux !

6. Ces boissons enivrantes, [ces holocaustes] qui augmentent ta force, ccs libations offertes pour la mort de Vritra, ô maitre de la vertu, ont toujours flatté ton âme ; et l'on t’a vu, facilement vainqueur, détourner des milliers de malheurs loin de l’homme qui t'offre le sacrifice et un siège de cotisa.

7. Avec ta force victorieuse tu vas de combats en combats, tu détruis successivement les villes [des Asouras]. La foudre est ta compagne, et de cette arme meurtrière tu vas, sous un autre ciel, frapper le magicien Namoutchi.

8. En faveur d’Atithigwa, tu as, avec une vigueur puissante, donné la mort à Carandja et à Parnaya. Ton bras seul a suffi pour briser les cent villes de Vangrida, assiégées par Ridjiswan.

9. Vingt rois, suivis de soixante, de quatre-vingt-dix-neuf mille soldats, étaient venus attaquer Sousravas, qui n'avait d’autre allié que toi : ô noble défenseur, la roue de ton char formidable les a tous écrasés.

10. Non moins heureux que Sousravas, que tu as sauvé par ton secours, ô Indra, Toùrvayàna a obtenu ta protection. Tout jeune qu’il était, grâce à tes bontés, Coutsa, Atithigwa et Ayou l'ont reconnu pour leur suzerain.

11. O Indra, en terminant le sacrifice, nous osons nous vanter de la protection des dieux et de ton heureuse amitié. Puissions-nous plus tard te louer encore, tenant de ta faveur l’avantage d’une famille nombreuse et d une longue vieillesse!]

(1) Cf. Jiv. 1, 112, 25, dvûbhiraktûbhiA « jour et nuit; » voir.aussi Rv. III, 31, 16. Cf. Max Millier, TodtertbeslatlunQ, p. v.

(2) M. Benféy lit ce mot comme si c'était durayanta/», mais tous les manuscrits qui me sont connus, sans aucune exception, donnent darayantaA.

LES VÉDAS

5. Puissions-nous nous réjouir, ô Indra, dans la possession des trésors et de l’abondance, ainsi que de la richesse qui donne le bonheur et la magnificence. Réjouissons-nous dans la bénédiction des dieux, laquelle multiplie nos enfants, et nous donne des vaches d’abord et des chevaux.

6. Ces boissons t’ont inspiré, ô seigneur des braves! ces libations ont été [ta] force dans les batailles, quand, en faveur du poêle, le sacrificateur, tu frappas de ton bras irrésistible des myriades d’ennemis.

7. De combat en combat (1) tu avances vaillamment, de ville en ville tu détruis tout ceci par ta puissance, quand, ô Indra, avec Nàmî pour ton allié, lu as terrassé de loin le trompeur Namu/;i.

8. Tuas tué Karanga et Pavnaya avec la plus brillante lance d’Atithigva. Sans aucun auxiliaire, lu as rasé les cent villes de Vangrida, qui étaient assiégées par üigfisvan.

9. Avec la roue de ton char tu as renversé ces vingt rois des hommes, lesquels avaient attaqué Susravas (2) qui était sans allié, et [lu as abattu] glorieusement les soixante mille quatre-vingt-dix-neuf forteresses.

10. O Indra, tu es venu en aide à Susravas par * tes secours, et à Tûrvayàna par ta protection. Tuas

(1) Pour une traduction différente voir Roth, dans la Deutsche Monatsschrift, p. 80.

(2) Sur l'identité de Kliai Khosru avec Susravas, voir Spiegel, Erân, p. 269.

fait de Kitlsa, d'Atithigva, et d’Âyu, les sujets de ce puissant jeune roi.

11. Nous qui à l’avenir, protégés par les dieux, désirons être tes amis les plus favorisés, nous te louerons, obtenant de toi des enfants, et jouissant dorénavant d’une plus longue vie.

Je vais maintenant citer un des nombreux hymnes adressés à Agni en sa qualité de Dieu du feu; et dans ces hymnes on ne considère pas seulement le feu comme étant un élément puissant, mais on a aussi en vue le feu du foyer domestique et de l’autel, le gardien de la maison, le ministre du sacrifice, le messager entre les dieux et les hommes.

Hymne à Agni (Ri\ II, 6) (t)

1. Agni, accepte celte bûche que je t’offre; agrée mon hommage : prêle à mes chants une oreille attentive.

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